Barbara Pravi en interview : « Le fondement d’un artiste est d’avoir des choses à dire »

À l’occasion de la sortie de son premier EP éponyme porté par le titre « Pas grandir », Barbara Pravi  a accepté de se confier sur ce projet autobiographique et authentique qu’elle défendra prochainement sur scène. Rencontre avec aficia.

Projetée sur le devant de la scène avec la comédie musicale ‘Un été 44‘ en 2016, Barbara Pravi est incontestablement l’une des plus belles révélations du paysage musical français. Étoile montante de la pop, l’artiste aux multiples facettes arrivait sur les ondes l’été dernier avec le dansant « Pas grandir », un premier titre qui évoque notamment les difficultés auxquelles se heurtent les femmes pour exister dans une société dictée par des codes et des normes bien plus favorables aux hommes.

Lors de notre première rencontre l’année dernière, Barbara Pravi confiait vouloir prendre son temps pour s’imposer durablement dans le paysage musical. Mais aujourd’hui, l’artiste pourrait bien surprendre avec son premier EP éponyme riche de 7 pistes autobiographiques d’une grande fraîcheur. Disponible en écoute et en téléchargement sur toutes les plateformes le 15 juin, ce mini-album annonce les réjouissances d’un concert exceptionnel aux Étoiles le 28 juin prochain. aficia est parti à la rencontre de Barbara Pravi afin de parler de son EP, de son duo avec Calum Scott baptisé « You are the Reason (L’automne avant l’heure) » mais aussi de son rapport à la scène…

Barbara Pravi… l’interview !

Dans quel état d’esprit es-tu à l’approche de la sortie de ton premier EP ?

Je suis super excitée, je suis super contente parce que pour la sortie de l’EP, nous avons tourné quatre clips. J’ai vraiment hâte de faire découvrir tout ça. Je suis actuellement au montage et je vais aller regarder la première version des clips avec toute l’équipe, c’est réjouissant !

Ton EP est composé de sept pistes autobiographiques, dans « Je sers », tu abordes les galères de serveuse. C’est ton histoire mais on peut facilement s’y identifier. Quel regard portes-tu sur ces cinq années en tant que serveuse ?

C’était une super expérience, je suis hyper reconnaissante de cette époque parce que j’ai rencontré des gens formidables et aussi parce que ça m’a formé. Déjà, j’ai compris que je n’étais pas faite pour faire serveuse et surtout humainement, ça m’a apporté beaucoup et je pense que c’est ce qui motive. Ça veut dire que si tu te rends compte que tu n’es pas à ta place, ce qui était mon cas, je voyais bien que je n’étais pas une très bonne serveuse car je préférais parler aux gens en terrasse, donc si tu comprends que tu n’es pas à ta place, c’est à toi de transformer ta vie pour la trouver. Grâce à ces cinq années à passer de restaurants en restaurants, j’ai fini par rencontrer Jules Jaconelli (réalisateur et compositeur de l’EP), on a fait notre première chanson ensemble, j’ai signé chez Capitol. Donc cette expérience était nécessaire pour moi, c’était formateur.

Pendant ces années de serveuse, est-ce que tu faisais déjà de la musique ?

Pas vraiment non. Je me considérais chanteuse mais je ne l’étais pas vraiment parce que je n’avais jamais chanté devant des gens. Et donc justement, pour me prouver que j’étais chanteuse, j’ai écrit une première chanson avec Jules la dernière année de mon service.

Dans cet EP, tu évoques aussi les problèmes de la société, les inégalités entre les hommes et les femmes dans « Pas grandir » mais aussi les guerres et conflits dans « On s’éveillera », des thématiques assez sombres mais toujours sur des mélodies dansantes et enjouées. Était-ce un choix d’avoir ce paradoxe ?

En fait, je pense que c’est à ça que ressemble la vie, c’est-à-dire que les gens qui ont des vies très tristes, j’ai des amis autour de moi qui ont des vies difficiles d’un point de vue familial notamment, mais je remarque pourtant que ce sont les personnes les plus heureuses que je connaisse. Je trouve ça hyper beau, c’est une vraie force dans la vie d’être capable de se rendre compte des problèmes, de faire état de problème mais sans s’apitoyer dessus ou en tout cas, ne pas rajouter du mélodrame au drame. « On s’éveillera », c’est vraiment le cas. Comme « Pas grandir », c’est une chanson qui est très générale et au final, ce sont des problèmes qui concernent tout le monde mais la vie ne s’arrête pas. Et comme la vie ne s’arrête pas, dansons !

Écoutez le titre « Pas grandir » :

Est-ce que tu penses que c’est important pour un artiste de s’engager et de dénoncer de tristes réalités ?

Mais je pense que c’est essentiel même. Pour moi, un artiste a des revendications, on ne lui demande pas de plaider mais le fondement d’un artiste, que ce soit un chanteur, un danseur, un réalisateur ou un comédien, le fond de ce métier est d’avoir des choses à dire. Sinon tu n’es pas un artiste mais un imposteur. C’est vrai ! Sinon c’est qu’on t’as simplement mis là et qu’on a essayé de te faire dire des choses qui ne te correspondent pas puisque tu ne les penses pas.

Je voulais également parler de la pochette très fleurie de ton EP, je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec le texte d’« On s’éveillera » et notamment quand tu dis « Quand le printemps reviendra alors / Je sais qu’on s’éveillera » ou encore « De nouveau les roses pourront éclore ». Comment t’es venue l’idée de cette pochette ?

La pochette de l’EP est l’évolution de la pochette de mon premier single « Pas grandir ». Ça m’est venue parce que les fleurs me vont bien, je suis une nana à fleurs ! J’adore ça et j’en ai tout le temps chez moi ! Mais en plus, je pense que ça exprime plein de choses. Les fleurs, c’est ce que l’on offre lors d’une naissance, pour un anniversaire, c’est ce que l’on met sur ta tombe quand tu meurs… Mais il y a aussi tout le concept de la fleur qui éclot et qui se « perfectionne », c’est la même chose pour l’humain. L’humain naît et plus il grandit, plus il va se perfectionner s’il décide de se perfectionner bien sûr, parce qu’il peut aussi décrépir. Je trouve le parallèle assez joli.

Dans l’EP, il y a également « Saint-Raphaël » une chanson lumineuse dans laquelle tu évoques des souvenirs d’enfance. Retournes-tu régulièrement à Saint-Raphaël ?

J’y retourne tout le temps, tous les ans ! Sinon, ce n’est pas drôle ! Mon grand-père vit là-bas en fait.

Est-ce que tu retrouves les mêmes souvenirs et les mêmes plaisirs là-bas ?

Les mêmes souvenirs oui, les mêmes plaisirs non parce que mes amis n’y sont plus, ils sont un petit peu partout dans le monde maintenant. Donc nous n’avons plus toutes nos petites réunions d’été, on se retrouvait chaque année lorsque nous étions enfants. Mais j’ai des souvenirs de dingue, j’ai toujours plaisir à y aller parce que ma famille est là-bas et puis rien n’a changé. Franchement, c’est pas comme Paris où tu pars trois mois et un immeuble a poussé ! Là-bas, il y a la mer et le cadre naturel est toujours aussi beau. J’y retourne souvent pour écrire aussi.

Pour ton duo avec Calum Scott, comment avez-vous décidé de collaborer ensemble et d’adapter sa chanson « You Are The Reason » après votre rencontre à ‘Taratata’  ?

C’est lui qui me l’a proposé. Après ‘Taratata’, on s’est tellement bien entendus qu’il m’a proposé de faire sa première partie au Yoyo le 26 avril dernier et puis il voulait faire un duo français-anglais parce que le français est une langue qu’il apprécie beaucoup. Et du coup, tout naturellement il m’a proposé d’adapter sa chanson. J’ai accepté tout de suite évidemment !

Tu avais fait les premières parties de Florent Pagny lors de sa dernière tournée mais également de nombreux concerts au Réservoir à Paris, quelle sensation ça fait d’être seule sur scène avec ses musiciens ?

J’ai hâte de revivre ça le 28 juin puisque je serai en concert aux Étoiles à Paris ! Ce sera la première fois depuis le Réservoir que je vais chanter mes chansons avec mes musiciens et surtout avec tout ce qui s’est passé cette année car quand on jouait au Réservoir, il n’y avait pas tellement de monde qui venait réellement pour me voir. C’était essentiellement la presse et des amis mais là je commence à avoir un petit public ! Du coup ce sera la première fois que je vais jouer devant des personnes qui ont pris leurs places pour venir me voir et ça c’est dingue. Donc je te dirai le 28 juin !

Est-ce que tu as prévu des surprises pour ce concert par rapport aux concerts passés ? 

Mais oui, bien sûr ! Ça va être un vrai concert, 1h15 de show !

Tu es plutôt scène ou studio ?

Scène, sans hésitation. C’est très différent, je suis très à l’aise en studio, j’ai tellement l’habitude parce que je fais des maquettes tout le temps. Mais par contre la scène, ça n’a rien à voir.

Et justement, écris-tu de nouvelles chansons en ce moment ?

Oui, toujours. J’écris tout le temps.

Ton EP est un avant-goût de ton premier album Déda, Sarah et les autres, est-ce qu’il est achevé ? 

Oui, il est fini. S’il doit sortir demain, il peut sortir demain. Mais quitte à le retravailler, j’ai deux chansons en cours de réalisation. Peut-être que je vais les rajouter du coup.

Quelles thématiques vas-tu aborder dans cet album ? 

Ça parle toujours beaucoup de moi, c’est très autobiographique. Il y a une chanson qui parle d’une femme qui s’appelle Sarah mais je n’en dirai pas plus ! Plein de choses qui racontent ma vie, il y a une chanson sur ma grand-mère qui a la maladie de l’Alzheimer par exemple mais encore une fois, c’est une chanson avec un thème assez grave mais la chanson ne l’est pas du tout, elle est plutôt très dansante. Un album dans la continuité de l’EP !

Découvrez l’histoire de Barbara Pravi, de Paris à Saint-Raphaël : 

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