Oria - © Adèle Boterf
Oria - © Adèle Boterf

Oria en interview ‘sans filtre’ : “Je prends le temps de vivre avec mes émotions et c’est comme ça que mes chansons se font”

Alors que le tube “Soirée mondaine” continue sa percée sur les ondes et en streaming, Oria dévoile un premier disque sans fausses notes qu’elle nous présente sur aficia !

S’il y a bien une révélation qui aura marqué l’année 2026, c’est Oria. Difficile en effet de passer à côté de son grain de voix singulier et de ses mélodies chaloupées, entre pop, variété et sonorités orientales. Une artiste dont on ne peut que saluer la force d’interprétation, qui fait mouche avec l’imparable “Soirée mondaine”. Un titre qui n’est que la partie émergée de l’iceberg, puisque son album regorge d’autres tubes en puissance qui pourraient aisément s’imposer auprès du grand public.

Car oui, Oria a levé le voile sur son premier album studio, Ça ira, le 16 octobre dernier. Au programme, ce ne sont pas moins de 11 pistes soignées, aux propositions musicales particulièrement intéressantes. Un premier opus de grande qualité que l’artiste défendra sur les routes de France en 2027. Mais avant cela, elle montera vendredi sur la scène des NRJ Music Awards avec l’espoir de décrocher le prix de la Révélation féminine francophone. Tous les voyants sont au vert pour cette artiste qui a rêvé ce jour et qui continuera sans nul doute de briller dans les prochains mois.

Pour aficia, Oria revient sur la genèse de son premier album, évoque ses collaborations et se confie sur son rapport à l’interprétation. Rencontre !

L’interview d’Oria

Ton premier album Ça ira est sorti. Tout d’abord, dans quel état d’esprit es-tu à l’occasion de cette sortie ?

Je suis trop contente, tellement heureuse ! J’ai attendu ce moment pendant très longtemps. Je suis prête et donc très heureuse de me livrer un peu plus avec ce premier album.

Sur ce disque, il y a le tube “Soirée mondaine” qui est certifié single de platine. Est-ce que ça te permet d’appréhender cette sortie de manière un peu plus sereine dans une actualité musicale très dense ?

Alors oui mais je dirais que ma sérénité ne dépend pas des autres sorties, car la musique est quelque chose de vivant et il y aura toujours des gens qui créent de la musique et le besoin de musiques différentes. Je peux ressentir de la pression par rapport aux choses à faire pour la sortie de mon album, mais je suis très heureuse et tous les feux sont au vert. Quand “Soirée mondaine” draine un projet comme le mien, c’est un pur bonheur pour une artiste qui revient de très loin.

Tu avais fait tes premiers pas dans la musique sur les réseaux sociaux en vidéo, mais aussi dans la rue. Qu’est-ce que ces expériences t’ont appris sur l’interprétation de tes chansons et sur les émotions ?

Elles m’ont appris à transcender mes peurs, car j’avais une peur viscérale de chanter devant les gens. J’avais vraiment la crainte du regard des autres. Quand on apprend à transformer ses peurs, on comprend qu’on ne peut pas faire l’unanimité et c’est normal car on a tous des goûts très différents. Ça m’a appris à dépasser mes peurs, à aller à la rencontre de cette part de moi qui n’attendait que de s’exprimer et de donner aux gens. Je crois que finalement, le fait d’avoir franchi cette peur, ça m’a permis de me rencontrer et de rencontrer les gens. Je pense que c’était ma destinée.

“Aucune chanson n’a été difficile à faire sur ce projet car tout a été fluide, c’est arrivé au bon moment dans ma vie”

ORIA

Tu as choisi pour ce disque le titre Ça ira. Est-ce l’idée d’une promesse, d’une volonté de te rassurer, ou est-ce un peu ironique dans un quotidien assez tourmenté ?

Inconsciemment, je pense que c’est un petit peu de tout ça, mais c’est surtout pour donner de l’espoir et rassurer nos enfants intérieurs, comme lorsqu’on est enfant et qu’un proche nous réconforte. C’est un petit peu le message que je voulais me passer à moi-même. D’où la double couverture d’album où il y a mon visage qui est en grand format dans le fond avec une larme à l’œil et moi qui suis plus petite devant et qui me regarde avec un petit air enfantin. C’est comme si la petite regardait la grande, et réciproquement, pour lui dire t’inquiète, ça ira. C’est donc une façon de me rassurer et quelque part, si je me rassure, je peux aussi rassurer les gens.

Sur cet album, tu t’es entourée de plusieurs grands noms comme Mosimann ou Barbara Pravi. Comment as-tu choisi tes collaborateurs et comment as-tu fait pour qu’ils restent au plus près de ce que tu voulais raconter ?

En général, quand je leur apporte les chansons, elles sont déjà maquettées avec le sujet, la mélodie, le propos et l’ADN. Ensuite, on vient les habiller et apporter une dimension supplémentaire à laquelle je n’avais pas pensé. J’adore procéder ainsi parce que quand on travaille de son côté, on est focément un petit peu dans son monde. Et c’est très bien mais le fait de partager permet de s’ouvrir à d’autres choses. Les rencontres se sont faites naturellement sur cet album. Mosimann, nous sommes quand même allés le chercher parce que je voulais vraiment avoir sa couleur sur une chanson précise et il a accepté. J’en suis très honorée. Quant à Barbara Pravi, on s’est rencontrées en studio sur le titre “Comme ils sont”. la chanson était déjà à un stade avancé mais elle a apporté une autre perspective très enrichissante.

Tu as travaillé cet album sur plusieurs années, jusqu’à 10 ans. Comment sais-tu qu’une chanson est terminée et comment le disque a-t-il évolué ?

Quand je dis que j’ai passé 10 ans à faire cet album, ce ne sont pas 10 ans sur ces mêmes chansons. Il m’aura fallu 10 ans pour trouver mon ADN, même si mon ADN était déjà présent mais pour sublimer ce qui était déjà là, savoir comment me servir de mon histoire et sublimer mes émotions en y apportant de l’amour, de la résilience mais aussi de la colère ou des frustrations. Je pense que le temps m’aide beaucoup à faire en sorte que les choses soient dites au bon moment. Lorsqu’une thématique ou une idée me revient souvent en tête, je sais qu’il faut que j’écrive dessus. C’est une évidence parce que je prends le temps de vivre avec mes émotions et c’est comme ça que mes chansons se font.

Quelle a été la chanson la plus difficile à écrire ou à finaliser, et pour quelle raison ?

Aucune chanson n’a été difficile à faire sur ce projet car tout a été fluide, c’est arrivé au bon moment dans ma vie. Et donc tout le travail que j’ai fait avant sur moi m’a emmenée à avoir une certaine confiance et une certaine facilité face à ce qui s’offre à moi quand j’écris une chanson. Cependant, celle qui a été très simple à écrire mais très bouleversante est “Comme ils sont”, qui parle d’identité sexuelle. C’est un sujet qui fait bouger les choses en nous et qui me bouleverse particulièrement à chaque fois que je la chante sur scène.

“La fatalité n’existe pas et je pense qu’on a le libre arbitre et qu’on peut toujours venir transcender son destin et choisir sa voie,
avec amour et avec son cœur, tout en se réalisant.”

ORIA

Dans la chanson “Femme de”, tu chantes “Je suis pas la femme de, je suis pas la fille de, je suis moi”. Dans ton parcours, as-tu eu le sentiment de devoir prouver ta légitimité là où un homme n’aurait pas eu à le faire ?

Malheureusement oui. J’aimerais te dire que non mais ce n’est pas le cas. D’où ce cri du cœur, cette soif d’indépendance, de liberté, de n’appartenir à personne et ce besoin d’individualité au sens noble du terme pour écrire ma propre histoire, sans interférence. C’est encore une fois un chemin de vie de plein de choses, de ce que je veux garder de mon éducation, de ce que je veux prendre de mes parents, de ma culture, de ce que je ne veux pas prendre aussi, et de cheminer comme ça avec tout ça et d’assumer mon positionnement en tant que femme. Je pense que c’est très important d’entendre ce genre de discours pour toute personne qui cherche simplement à être sans appartenir.

Dans le disque, on retrouve beaucoup le récit de personnages à la troisième personne. Est-ce une façon de te protéger ou de rendre ces histoires plus universelles ?

C’est peut-être inconsciemment un mélange des deux. Dans “Soirée mondaine”, quand je parle de cette jeune demoiselle à la troisième personne, je me cachais certainement derrière elle et ça donne cette chanson. Mais c’est vrai que j’aime beaucoup conter les histoires des autres, utiliser le prisme de la deuxième ou la troisième personne. Je trouve que ça me fait imaginer des images.

As-tu puisé ton inspiration dans des scènes du quotidien ou d’expériences personnelles ?

C’est vraiment les deux, il y a beaucoup de choses que j’ai vues au quotidien. Par exemple, dans “Rêves de comptoir”, quand je dépeins le profil de cette duchesse et de ce monsieur qui s’appelle Daniel, ce sont de vraies personnes et des histoires qui existent réellement. Mais je vais y apporter une dimension de rêve pour montrer que même quand on se sent seul et qu’on s’isole, peut-être en raison de l’alcool ou d’autres addictions, il faut donner foi aux gens et inviter à prendre son destin en main. Il n’y a pas de fatalité, à part si on le décide par soi-même.

Découvrez le titre “Comme ils sont” :

Comment est née la collaboration avec Claudio Capéo sur “Place Masséna” ?

On s’est rencontrés lors d’un show il y a un an dont je faisais la première partie, on a eu l’occasion d’échanger et c’est vrai qu’on a tout de suite bien accroché. On a le même langage d’âme si je puis dire. C’est un Méditerranéen, c’est quelqu’un qui parle avec la gestuelle, qui parle avec le cœur, qui est très simple. Et ça m’a fait du bien de rencontrer Claudio Capéo sur mon tout petit parcours parce que j’ai eu cette première image d’artiste qui avait déjà écrit, façonné sa voix de façon reconnue. Et donc on est restés en contact et un jour il m’a dit qu’il aimerait chanter avec moi. J’étais en train d’écrire “Place Masséna” et je lui ai envoyé, et puis on s’est vus en studio et on a enregistré la chanson !

L’album se conclut sur la chanson éponyme du projet “Ça ira” après des chansons comme “Tombola” et “Rêves de comptoir” dans lesquelles on retrouve les notions de hasard, de vies ordinaires et puis de désillusions aussi. Je vois la chanson finale comme une réponse pour rappeler le droit de rêver. Est-ce que c’est ce message que tu voulais transmettre à la fin du disque ?

C’est même le message que je souhaite transmettre à la fin tout court ! S’il y a vraiment un message à retenir, c’est celui-ci. Je pense que nous avons tous un jeu de cartes et même si ça part mal, on peut quand même gagner la partie si on apprend à jouer et à faire ce qu’on peut avec ce qu’on a. La fatalité n’existe pas et je pense qu’on a le libre arbitre et qu’on peut toujours venir transcender son destin et choisir sa voie, avec amour et avec son cœur, tout en se réalisant. J’en suis la preuve ! Il était très important pour moi de clôturer ce projet avec “Ça ira” pour donner de l’espoir et je pense qu’on en a besoin, plus que jamais.

Quel morceau de l’album est pour toi le plus personnel ?

Comment veux-tu que je choisisse un morceau ? Chaque morceau est très personnel et raconte un bout de moi. Vraiment, je ne peux pas choisir. Par exemple, le titre “Princesse de la nuit” a été écrit quand j’habitais à Londres et raconte une histoire qui est tellement folle et qui me bouleverse tout autant que les autres. Tous les titres ont leur place dans ce disque.

Si tu devais faire écouter une seule chanson à quelqu’un qui ne te connaît pas, laquelle choisirais-tu ?

Je pense que je choisirais “Soirée mondaine”.

Visionnez le clip de la chanson :

Y a-t-il un titre que tu appréhendes particulièrement de faire écouter au public ?

“Comme ils sont” et “Femme de”, car ce sont des titres très singuliers et engagés. J’appréhende les retours de flamme dans tous les sens du terme, mais c’est un choix assumé.

Avec quel artiste rêverais-tu de collaborer à l’avenir ?

Il y a beaucoup d’artistes avec qui j’aimerais collaborer, notamment des artistes internationaux. C’est vrai que j’aimerais beaucoup apporter à mon univers français une touche internationale.

Comment imagines-tu tes nouvelles chansons sur scène lors de ta tournée en 2027 ?

Comme une expérience de rêve et d’espoir. Ce sont vraiment mes deux maîtres mots : faire rêver les gens et leur donner de l’espoir. En grandissant, on se permet moins de rêver, mais je me suis toujours accrochée à mon rêve d’enfant et je veux redonner cette part de rêve au public tout en y apportant aussi une certaine vérité et comme tu l’as dit tout à l’heure, faire face aussi aux désillusions.

Qu’écoutes-tu en ce moment dans ta playlist ?

J’écoute beaucoup de musiques américaines comme “True Story” d’Ariana Grande mais aussi du Billie Eilish. En classique, je conseille “On ne change pas” de Céline Dion.