Hyl-photo2(c)MDHML

HYL dévoile La vie en jaune : « Retrouver le plaisir simple de faire de la musique »

Jour J de la sortie de La vie en Jaune, l’artiste toulousain HYL se confie sur le plaisir brut de créer. Né d’une résidence entre amis, cette nouvelle mixtape mêle explorations musicales et une écriture plus intime. Interview.

©Maxime Duhamel

Après l’expérience de l’EP Les Croisements, tu as ressenti le besoin de revenir à l’essentiel. Comment s’est fait ce déclic ? Comment est né ce projet ?

Le projet précédent a été particulièrement éprouvant à porter sur le plan personnel. J’avais tellement voulu tout calculer, déterminer à l’avance quel morceau devait répondre à quel format, que j’en avais perdu le plaisir fondamental de créer.

À la sortie, j’ai réalisé qu’il fallait absolument que j’arrête de me perdre dans ces réflexions stratégiques. Mon seul mot d’ordre est devenu de retrouver le goût simple et brut de faire de la musique.

Nous nous sommes donc enfermés en résidence avec mes deux musiciens, Simon et Flo, pour composer titre par titre, sans jamais nous poser la question de savoir si nous faisions de la pop ou du rap, mais simplement en nous faisant plaisir. C’est dans cette énergie et ambiance qu’est né La vie en Jaune.

Une mixtape, pas un album ?

Cette ambiance de créa nous a offert une liberté immense. Nous avons pris davantage de temps, expérimenté énormément, et composé un grand nombre de morceaux pour n’en conserver finalement que douze.

J’ai fait le choix de ne pas retoucher mes textes à l’infini
pour préserver l’urgence et la sincérité du premier jet

HYL

Même si le projet effectue de grands écarts stylistiques très affirmés entre des morceaux épurés et des sonorités plus nerveuses, le fait de l’avoir façonné en équipe resserrée lui donne une véritable cohérence dans son histoire, son énergie et sa couleur globale.

Ce projet, c’est un peu l’assemblement de singles. C’est pour cela que le format mixtape s’est imposé naturellement.

HYL dans La vie en jaune : une écriture profonde

©Maxime Duhamel

Tu présentes ce projet comme le plus ambitieux et intime de ta carrière, abordant la dépression ou la rupture. Qu’est-ce qui t’a poussé à ne pas “lisser” tes textes et à privilégier la sincérité des premiers jets ?

C’est un projet ambitieux parce que je suis allé chercher des émotions beaucoup plus profondes sans chercher à les masquer derrière de la technique pure.

J’aborde la dépression de manière directe dans le morceau 27 octobre. J’évoque aussi la thématique de la rupture amoureuse avec plus de brutalité que par le passé. J’ai fait le choix de ne pas retoucher mes textes à l’infini pour préserver l’urgence et la sincérité du premier jet.

Les morceaux qui me bouleversent chez des artistes comme Orelsan, Gaël Faye ou Bigflo & Oli sont ceux qui semblent avoir été écrits sur un bout de canapé. Je voulais offrir cette même vérité à ceux qui m’écoutent.

Ces morceaux très personnels comme 27 octobre ou J’aime auraient pu ne jamais sortir sans l’intervention de tes musiciens. Quels rôles ont joué Simon et Flo pour t’aider à assumer cette mise à nu ?

Simon et Flo, avant d’être des musiciens, ce sont deux de mes meilleurs amis. Ils m’ont vu traverser ces étapes difficiles et connaissaient parfaitement mon état d’esprit.

Ma mère, pour la première fois, il y a un morceau qu’elle ne peut pas écouter.
Ce genre de truc ça marque. Ça me montre que je suis allé loin dans l’écriture, que je n’ai pas mis de filtre.
HYL

Lorsque j’ai écrit 27 octobre, je pensais ne jamais le sortir tant le texte était intime. Mais à quatre heures du matin en résidence, ils m’ont arrêté en me disant qu’il se passait quelque chose d’essentiel et qu’il fallait absolument le garder.

Pour le titre J’aime, c’est Flo qui m’a convaincu de ne pas laisser ce texte mourir dans un ordinateur. Il m’a poussé à le réécrire en résidence, et c’est devenu l’un des morceaux les plus réclamés par le public aujourd’hui.

De l’intimité… mais aussi beaucoup d’optimisme

À travers des titres comme Pupille dilatée et Pas grand-chose à perdre, le projet navigue entre la pression du quotidien et l’envie de profiter malgré tout. Est-ce cette résilience que tu voulais faire passer ?

Exactement. Pupille dilatée aborde ce train de vie oppressant et cette pression quotidienne que nous sommes nombreux à subir.

De son côté, Pas grand-chose à perdre part du constat que si le monde tourne mal, la meilleure réaction reste encore de danser, de profiter et de célébrer l’instant présent.

Le projet reflète cette dualité. Une grande lucidité sur les difficultés de l’époque, associée à une résilience vitale pour se vider la tête et apprécier les moments partagés.

Une mixtape d’exploration

Sur le plan musical, comment as-tu travaillé ?

Historiquement, je construisais mes morceaux à partir de textes posés sur du rythme. Sur ce projet, j’ai commencé à composer des top-lines mélodiques avant même d’écrire les paroles.

Simon m’a également fait de superbes propositions. Le travail avec notre nouvel ingénieur du son en enregistrement m’a aussi énormément bousculé. Il m’a poussé à chercher les bonnes notes, à travailler le chant et les harmonies.

Cela m’a fait passer un vrai cap vocalement et a permis de lier naturellement le rap et la pop, tout en veillant scrupuleusement à ne jamais sacrifier la puissance et le sens des mots.

Si tu devais donner un petit “tuto” à quelqu’un qui découvre ton univers aujourd’hui, par quels morceaux le ferais-tu passer ?

Je lui dirais de commencer par Une vie, un morceau fondateur qui illustre ma passion pour les grands textes narratifs sans refrain. Tout de suite après, je lui ferais faire un grand écart complet en lui faisant écouter Pas grand-chose à perdre, qui est beaucoup plus récent, lumineux et festif.

En découvrant ces deux extrêmes, l’auditeur comprend immédiatement l’étendue du spectre musical dans lequel nous évoluons et tout ce qui peut se déployer entre ces deux univers.

« Il se passe quelque chose, je suis comme un fou »

©Maxime Duhamel

Les premiers retours en concert et l’accueil des extraits sur les réseaux sociaux montrent un engouement inédit pour ce projet. Comment expliques-tu cette résonance particulière auprès des auditeurs ?

C’est la première fois dans l’histoire du projet que des contenus cumulent près d’un million de vues sur les réseaux sociaux, notamment grâce aux extraits de Pupille dilatée et Pas grand-chose à perdre.

Sur scène, lors des festivals d’été ou de notre tournée au Québec, nous avons vu un public de plus en plus large reprendre ces titres et lever leurs téléphones.

La sincérité sans filtre de ces morceaux a créé un point de connexion très fort avec des gens qui ne me connaissaient pas forcément auparavant. Il se passe quelque chose, je le sens bien, je suis comme un fou..

Si l’envie de découvrir le projet sur scène nous prend, on te retrouve où ?

La scène est le véritable cœur de notre travail. Après une intense série de dates estivales et une tournée au Québec, nous préparons deux rendez-vous majeurs : le 6 novembre au Point FMR à Paris et le 26 novembre au Flashback à Toulouse.

Ce seront des concerts d’une heure trente où on jouera la mixtape dans son intégralité avec des invités. Nous repartirons ensuite pour une tournée d’un an au printemps et à l’été pour défendre ce projet partout en France.

HYL : cap vers le premier album !?

Avant de partir… On me siffle à l’oreillette que cette mixtape est la dernière marche avant un album ? On confirme l’info ?

Eh oui, la mixtape nous a servi de laboratoire pour tester de nouvelles sonorités, dont certaines annoncent déjà la couleur du premier album à venir…

Lucas Laberenne