Revoilà Ben PLG. Avec “L’histoire sans fin”, le rappeur conte l’éternel tourbillon de la vie, toujours en s’appuyant sur sa propre existence. Passé. Présent. Et enfin le futur.
Une spirale et des maux. Un an et demi après Parait que les miracles n’existent pas, Ben PLG est de retour aux affaires avec un troisième album, L’histoire sans fin, sorti ce vendredi 2 octobre. Une cover plus sobre qu’à l’accoutumée, mais tout autant évocatrice. Le rappeur, habillé d’un pull rouge, est à peine visible, caché par ce qui s’apparente à une plaque de glace. Au centre de celle-ci, un cercle dessiné à la main qui annonce la ligne directrice du projet : l’éternel recommencement. A travers ces quatorze titres, l’artiste originaire du Nord navigue entre passé, présent et futur, comme un voyage dans le temps. Épaulé par Orelsan, Camille Yembé, Mathilde, et les instrumentales de Murer et Lucci, Ben PLG nous livre un album des plus intimes, comme s’il remuait le couteau dans ses plaies pour mieux les soigner.

La famille comme point d’accroche entre le passé et le futur
Dès “paiement refusé”, qui fait office d’introduction, on comprend que ce projet sera différent de ses prédécesseurs. Un beat violent pour une topline qui l’est tout autant. A la manière d’un Rocky Balboa dans le troisième film de la saga, Ben montre qu’il a réussi à sortir de sa condition : “je fais des rêves où je suis enfin libre, je fais des crises d’angoisse de paiements refusés”. Sur ce premier titre que l’on peut qualifier de musicalement chaotique, le rappeur évoque par bribes les sujets qui vont construire cet album, la famille, les amis… et l’avenir : “il y a enfin de la lumière à l’horizon, elle est belle comme le premier cri d’un nourrisson”.
Dans ses derniers projets, Ben PLG excellait par sa capacité à raconter son enfance en accentuant sur certains détails qui parlent à tous. Pour les fans de la première heure, n’ayez crainte, L’histoire sans fin n’échappe pas à la règle. Mais là où le rappeur surprend, c’est dans sa capacité à parler de son présent… jusqu’à imaginer son futur. Une nouvelle facette, signe d’une maturité plus forte. Sa jeunesse, passée dans le Nord de la France, est mise en avant dans plusieurs titres à l’image de “Les pièces jaunes de la fontaine”, ou plus épisodiquement au travers de punchlines bien placées.
« Il y aura de l’espoir tant qu’il y aura des gamins »
Mais lorsque l’on écoute l’album, l’éternel recommencement prend place au sein même de la famille. Ben PLG évoque son père comme un fantôme, parti alors “que j’étais qu’un foetus” (Toujours un gamin). Un manque qu’il évoque sans artifice, laissant transparaître sa vulnérabilité sur les instrumentales épurées de “Musique pour fermer les yeux” et “Laisse moi te dire”, titre dédié à son futur fils.
Preuve que Ben PLG commence à envisager le futur à travers les yeux d’un être qui n’existe pas encore. Le rappeur montre que l’histoire est amenée à se répéter en passant par l’image de la famille, et des enfants. Le titre “Toujours un gamin” en est l’expression la plus vive : “il y aura de la vie tant qu’il y aura des gamins, il y aura de l’espoir tant qu’il y aura des gamins”.
Prendre du recul, l’énième preuve de maturité
L’histoire sans fin agit à la manière d’un certificat de maturité pour Ben PLG. Alors qu’il réagit à chaud sur “Paiement refusé”, l’artiste prend de plus en plus de recul sur ses choix. Intitulé “Mentir au psy”, le featuring avec Orelsan en est le titre le plus symbolique : “parfois il n’y a que le temps pour enlever les tâches” / “je dis pas la vie c’est simple je vais pas mentir aux petits”.
Une prise de recul visible dans le domaine amoureux, sujet auquel Ben PLG accorde une place importante, d’abord sur “Si tu pars” avec Camille Yembé. Une prise de conscience qui amène à un constat : il ne vaut mieux pas s’accrocher à une relation vouée à l’échec. Un thème décidément privilégié ces derniers mois dans le rap français, notamment par Yamê et son “Ne reviens pas”.
Puis, comme un cri du cœur, la déclaration d’amour. Pas celle de France Gall et Michel Berger, mais une “Chanson d’amour”, titre sobre mais sincère, sans artifice. “Je peux qu’avancer j’ai la force des miens / J’construirais ton chateau a la force des mains / C’est toi qui me tiens quand le sol s’errinte / Toi qui m’éclaire quand le sun s’éteint.”
En somme, “L’histoire sans fin” se veut intime, à l’image du titre éponyme, diffusé à l’occasion du documentaire de Clemquicourt, qui affole les charts. Le single se classe 57ème au Top Radio la semaine du 25 septembre. Ses doutes, ses peines, mais aussi ses espoirs et son envie d’avancer, Ben PLG s’est livré. Peu importe si le tourbillon de la vie vient tout bousculer.
Découvrez le clip de « L’histoire sans fin »
Un Ben PLG plus libre musicalement ?
Et musicalement alors ? Sur cet aspect, Ben PLG a encore dépassé les limites de son art en choisissant des instrumentales diverses, mais qui ne nuisent pas à l’homogénéité du projet. A la baguette, on retrouve les habituels Lucci (PLK, Bekar, Georgio) et Murer, présents sur la quasi-totalité des morceaux.
A la manière d’un circassien, le rappeur parvient à jongler habilement entre le côté plus trap de “Paiement refusé”, l’inspiration rock de “Les glaçons” et la guitare solaire de “Musique pour fermer les yeux”. Des instrumentales où les mélodies occupent une place importante, venant renforcer ou contrebalancer la puissance vocale de Ben PLG. Une chose est sûre, avec ce nouvel opus, le rappeur espère bien que l’histoire avec son public… sera sans fin.

