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Camille Yembe en Interview Dix-Moi : débuts dans l’industrie, écriture pour d’autres, projets solo…

C’est une prochaine grande qu’aficia vous permet de découvrir aujourd’hui ! Dans les magnifiques loges de l’Olympia, nous avons pu nous entretenir avec Camille Yembe – qui se prépare à la sortie de son premier EP en soloa près des années passées à écrire pour d’autres artistes. Une interview lors de laquelle on a pu revenir sur ses débuts, sur son expérience d’écriture pour Eva, ou encore sur son dernier single sorti hier : Encore !

1) Peux-tu te présenter à nous et nous expliquer comment tu as commencé la musique ?

Alors, je m’appelle Camille Yembe, je suis une chanteuse belge. J’écris, je compose, j’interprète… Et comment j’ai commencé la musique ? Franchement c’est toujours dur à dire parce que j’ai pas eu un moment phare, une révélation on va dire… J’ai juste toujours été très curieuse par rapport à la musique, dès qu’il y avait un télé-crochet par rapport à la musique ça me donnait les frissons, je me disais “wow, j’aimerais trop vivre ce rêve-là aussi”, tu vois. Mais s’il fallait me raccrocher quand même à quelque chose, ce qui m’a un peu baigné dedans c’est les karaokés avec ma maman. Elle a toujours fait des karaokés quand j’étais petite, et moi je l’accompagnais.

D’ailleurs, je pense que secrètement elle rêvait d’être chanteuse. C’est le moment où j’ai mis le pied à l’étrier au niveau du chant, mais sans m’en rendre compte. Cela fait quelques années que j’y pense dès qu’on me pose cette question, mais en règle générale les choses qui sont évidentes dans la vie sont très difficiles à cibler. Mais sinon, je ne viens pas forcément d’une famille qui a baigné dans la musique ou qui m’a inculqué une certaine culture musicale, c’était vraiment ma curiosité.

2) Est-ce que tu as eu une éducation musicale particulière pour pouvoir assouvir cet amour naissant pour la musique ?

Ben justement, pas du tout… Ni dans ma famille il y avait cette richesse-là, ni on m’a inscrite… Je dis bien qu’on ne m’a pas inscrite parce que ce n’est pas que je ne voulais pas. Au contraire j’étais attirée par la musique et je sentais que j’avais besoin de cultiver cette éducation, mais pour une raison que j’ignore ça ne s’est jamais fait. Du coup j’ai appris de façon autodidacte à composer, j’ai attendu d’avoir mon premier job pour acheter ma guitare et m’en servir.

3) Et comment tu décrirais ton ADN musical ?

Je dirais qu’il est vaste. Je sais que ça veut absolument rien dire, mais il est vaste dans le sens où moi je suis… Je suis une enfant de MTV, de MCM, je suis une enfant de la radio, de la musique populaire… Parce que, comme je l’ai dit plus tôt, autour de moi ça ne consommait pas des trucs super pointilleux ou quoi, on écoutait ce qui était populaire. Et, finalement, je suis une personne de ma génération donc j’ai également consommé énormément de rap, du rock aussi sans le savoir… Plus tardivement j’ai découvert l’électronique, la variété française aussi avec Charles Aznavour…

Et donc je pense que ma musique est un peu un brassage de beaucoup de choses. C’est de la pop, ça c’est sûr, je pense que c’est un projet pop, mais je pense qu’on pourrait entendre différentes choses dans ma musique. Elle est méga big cette réponse, bonne chance pour tout retranscrire après ! (rires)

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4) Du coup, s’il fallait donner 3 artistes qui sont tes plus grandes inspirations, tu dirais qui ?

Je dirais que j’ai plusieurs inspirations, mais chacune pour des raisons différentes. Il n’y a pas vraiment d’artiste qui m’inspire exclusivement sur le plan musical, moi j’aime parler de “package”. Et, par exemple, Thom Yorke m’inspire énormément parce que j’aime son audace artistique, il expérimente beaucoup. Mais, par exemple, je peux aussi être très inspirée par [Rahim Redcar], anciennement Christine and the Queens. Même si sa musique, au premier abord, elle ne va pas me parler, c’est un personnage tellement fort en ce qui concerne la scène et la performance. Et puis, une troisième personne, si je devais dire… Je ne sais pas, il y en a plein ! Je dirais peut-être Little Simz, mais encore une fois c’est pas forcément pour sa musique, mais pour son originalité, sa créativité, son image…

5) En faisant quelques recherches sur toi, j’ai vu que t’as commencé en écrivant pour d’autres, notamment pour Eva. Quel a été le déclic qui t’a incitée à lancer ton projet en tant que soliste ?

C’est marrant cette question, parce que ça ne s’est pas fait dans ce sens-là dans ma tête, c’est à dire que j’ai jamais anticipé d’écrire pour les autres. Mon plan A, c’était moi tu vois. Et puis il y a une chanson qui, par hasard, a atterri entre les mains de l’actrice Stéfi Celma et elle a voulu la prendre. Moi, je connaissais rien au game, et j’étais pas d’accord du tout… mais après, on m’a expliqué que c’était possible d’écrire pour les autres, et c’est comme ça que tout doucement je me suis retrouvée dans les projets des uns et des autres mais c’était pas quelque chose que j’avais anticipé. Donc j’ai pas vraiment eu de déclic en tant que soliste, c’est juste mon plan de base tu vois… et j’écris, à côté, pour les autres.

6) Est-ce que tu comptes poursuivre l’écriture pour d’autres une fois que ta carrière solo aura pris ?

Totalement, parce que ça me nourrit dans mon propre art. Des fois je me retrouve à écrire sur des types de sons sur lesquels je n’aurais pas forcément écrit de base, mais sur lesquels je me retrouve presque forcée car ce n’est pas mon projet… Et finalement je me dis que ça vient enrichir mon projet personnel, donc je continue.

7) Est-ce qu’il y a un projet qui t’a marquée plus qu’un autre ?

Ouais, j’ai l’impression que c’est l’album d’Eva. C’était la première fois que j’allais dans un grand studio, à Bruxelles, et j’étais méga impressionnée… Je me disais “mais qu’est-ce que je fais là en fait ?” Et j’ai pu y rencontrer des gens hyper talentueux, c’est une expérience qui m’a nourrie de fou. Et d’ailleurs, pour revenir sur la question du déclic,au moment où j’ai fait cette résidence avec Eva, j’ai quand même eu une sorte de déclic où je me suis dit, “Mais meuf, en fait, il faut que tu te donnes les moyens, bosse encore plus et tu y arriveras !” J’ai même pleuré pendant les sessions, c’était vraiment intense tu vois…
À la base je n’étais pas invitée à cette résidence en fait, c’est parce que Gandhi [son manager, NDLR] l’était, et c’est lui qui a dit “mais en fait, j’ai une autrice, il faut qu’elle vienne aussi”. Il a forcé, je suis entrée, je n’étais même pas prévue dans les plans. Donc le fait que je me retrouve sur la majorité des chansons du projet, c’est assez fou finalement.

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8) C’est compliqué de cultiver son propre style musical lorsqu’on a passé tant de temps à écrire pour d’autres ?

Comme je l’ai dit un peu plus haut, mon univers personnel était déjà pas mal développé lorsque j’ai commencé l’écriture pour d’autres, même si m’en rendais âs compte j’avais déjà quelque chose de bien défini. C’est au moment où j’assistait aux sessions des autres que j’ai réalisé que j’ai une patte assez forte, et qui fait que parfois je me pose même la question de savoir si cette patte n’est pas trop forte, et que l’artiste va penser que je souhaite m’approprier sa chanson.

Mais c’est ça qui est beau aussi, on est dans une génération où je pense que les labels, lorsqu’ils appellent des auteurs pour leurs artistes, ils s’attendent à ce qu’on arrive avec notre background, c’est notre touche personnelle qui les intéresse finalement. J’ai l’impression que c’est comme ça que je laisse une marque, et j’arrive à trouver un équilibre entre ce que l’artiste veut et ce que moi je peux ramener.

Donc non, je ne plonge pas à proprement parler dans leur univers, mais ça a grandement influencé mon ADN d’aujourd’hui dans le sens où je sais ce que je veux dire et que je ne me perds pas au contact des autres. Au contraire, je dirais que je me trouve au contact des autres, tu vois.

9) Ton premier single s’intitule Plastique. Comment est née cette chanson ?

En fait, je devais faire une chanson pour un festival et aucune des chansons que j’avais en stock ne correspondait alors je me suis posée pour en faire une nouvelle. J’aime bien être enfermée pour écrire alors je me suis allongée dans mon lit, je me suis blottie sous la couette et j’ai cherché. J’ai pas vraiment de façon d’écrire, parfois ça part de rien, parfois ça peut partir d’une prod, et là pour le coup j’étais tombée sur la compo d’un artiste qui s’appelle Daniel Paris, qui m’a directement inspirée.

Et j’ai écrit ça, c’est venu très naturellement. La peau en plastique, c’est une thématique qui me colle à la peau depuis l’adolescence, je l’ai vécu tout simplement, et donc j’en ai parlé sans même réfléchir. Les mots sont venus, c’était vraiment un cri du cœur, donc j’ai couché les mots sur le papier. Enfiler une peau en plastique, ça veut dire mettre une sorte de masque, se déformer, se travestir pour plaire aux autres, parfois même pour plaire à soi et correspondre à un fantasme. C’est même pas que physique, c’est aussi, en tout cas dans mon cas , c’est aussi comportemental dans le sens où des fois t’as envie d’être plus cool, avoir du caractère, être plus cultivé, être toujours plus… Et je pense que moi, je me suis beaucoup travestie, j’ai beaucoup fait semblant d’être ce que je ne suis pas.

10) Quelle est la suite pour toi, en 2025 ? Je crois qu’il y a un premier EP de prévu ? Est-ce qu’il va y avoir une tournée ?

Il y a, en effet, un EP qui arrive au printemps. Ce que je peux dire à son sujet c’est que… niveau sonorités, j’aime bien dire que c’est de la “nouvelle pop” parce qu’il y a plein de trucs qui se mélangent. Mais principalement je trouve qu’on entend quand même beaucoup d’indie rock, parfois des petites touches d’électro. Il y a aussi un titre qui est tout simple, en acoustique, juste avec un instrument. C’est un peu varié, mais c’est de la pop.

Et actuellement j’assure la première partie d’Adèle Castillon dans toute la France.

J’ai également sorti un nouveau morceau, qui s’intitule Encore… Ce que je peux dire par rapport à ce morceau, c’est que j’espère que les gens ne se sont pas trop attachés à Plastique parce que, comme je l’ai dit je suis diverse. Même s’il y a quelque chose de commun partout, c’est une chanson qui nous emmène ailleurs niveau sonorités, et qui raconte autre chose. C’est la chanson la plus intime de mon EP puisque j’y parle un peu de tout ce que j’ai vécu, et j’y parle aussi surtout de l’envie de réussir. J’ai pas peur de dire que je veux le succès, je veux être une star, je veux que ça fonctionne, je veux tout péter et j’ose avoir cette prétention-là dans ce titre-là. Donc c’est un peu une chanson ego-trip finalement, et elle me tient à cœur parce que je pense qu’elle m’envoie à moi-même un message de conviction et d’ambition que j’ai besoin d’entendre.

Découvrez le dernier single de Camille Yembe, Encore :