Après sa sélection aux iNOUïS du Printemps de Bourges 2026, l’artiste était programmée au MaMa Convention & Music. Entretien fascinant avec Tessina sur aficia !
Tessina se définit comme un projet de “rock céleste”, une appellation inventée pour mieux échapper aux cases et laisser libre cours à son imagination. Au chant et à la guitare, l’artiste marseillaise forme avec Stella, à la batterie, un duo qui mêle rock, folk, sonorités orientales et influences psychédéliques. Un univers singulier, aussi aérien qu’intense, dans lequel la musique devient un terrain d’expression et d’exploration des émotions. Après la sortie de son premier EP, The Night, en juin 2026 et sa sélection aux iNOUïS du Printemps de Bourges, Tessina poursuit son chemin avec un deuxième EP attendu début 2027. Rencontre avec une artiste qui revendique autant sa liberté créative que le droit de ne pas entrer dans les cases. Nous lui avons posé 10 questions pour en savoir un peu plus. C’est notre format DIX-MOI !
1- Première question Tessina, qui es-tu, ou qui étais-tu, avant de monter le projet Tessina ?
J’étais Tessina ! Je pense que j’ai toujours fait de la musique et que j’ai toujours composé, depuis que je savais parler. Quand j’avais deux ou trois ans, j’écrivais déjà des chansons pour ma mère. J’ai toujours fait de la musique, et c’est difficile de me séparer de mon projet. Aujourd’hui, j’existe en tant qu’entité.
2- Est-ce qu’il y a eu un déclic à un moment donné ? Celui où tu t’es dit : “OK, je veux devenir professionnelle de la musique avec mon projet” ?
Je pense que ce n’est pas vraiment à un moment où j’ai réalisé que je voulais devenir professionnelle, mais plutôt lorsque j’ai compris que je voulais faire de la musique tout court.
Comme ça a toujours été quelque chose de très naturel pour moi, je n’avais jamais réalisé que c’était quelque chose qui existait vraiment dans ma vie, que c’était une activité que je pratiquais. Je ne me distinguais pas vraiment de la musique et je n’arrivais donc pas à lui donner de l’importance dans ma vie.
C’était comme respirer, tu vois. C’est comme si on te disait : “Tu peux gagner de l’argent en respirant”. C’est absurde, ce n’est pas un vrai truc ! Pour moi, la musique, c’était un peu ça. J’ai donc enregistré un album en solo, en 2022, vraiment entièrement seule, en autoproduction sur GarageBand, qui est très nul ! Mais c’était une manière de marquer le début de quelque chose, sous le nom de Tessina.
3- Tu parlais de rock céleste, c’est un nom que tu t’es donné, inventé ?
C’est un peu la question phare qu’on me pose. C’est toujours très difficile pour les artistes de savoir ce qu’ils font, mais aussi de se mettre dans une case. Alors, quoi de mieux qu’une case qui n’existe pas. Ça apaise les esprits. Je donne un nom à mon style, mais comme il n’existe pas vraiment, cela me permet aussi de faire un peu tout ce que je veux.
4- Pour dessiner cette direction artistique, musicale, mais aussi visuelle, as-tu fait appel à des directeurs artistiques, ou est-ce plutôt toi qui as construit tout cela ?
La direction artistique, c’est entièrement moi. J’avais fait une année de prépa en art et design. J’adore l’art sous toutes ses formes. Je pensais que mon chemin serait celui des arts plastiques, mais finalement, ce n’était pas fait pour moi. C’est quand même quelque chose que je chéris dans la musique. C’est aussi une manière de m’exprimer à travers différentes formes, que ce soit le dessin, la vidéo ou la photo.
J’ai également beaucoup d’amis qui travaillent dans le design et avec qui je collabore. Mais j’ai une vision de quelque chose de spécifique, que je ne pourrais pas vraiment expliquer. C’est venu naturellement.
5- En termes d’inspirations et d’influences musicales, quand on écoute tes chansons, qu’on te voit sur scène ou qu’on découvre ton style, on pense immédiatement à des artistes comme The Cranberries ou Aurora. Tu as certainement déjà vu passer ces comparaisons. Est-ce que ce sont des artistes que tu apprécies et qui t’ont influencée, consciemment ou inconsciemment ?
Pas du tout ! J’écoute un peu The Cranberries, mais pas beaucoup. Je ne comprends pas trop pourquoi on nous compare. Je pense que c’est simplement au niveau de la voix. Mais je ne trouve pas qu’on chante pareil. Je ne sais pas… Et Aurora, je ne l’écoute pas beaucoup non plus. Je n’écoute pas énormément de pop. Mais il est vrai que c’est très céleste, aérien, planant. Il y a aussi ce côté un peu rattaché à la musique traditionnelle. Je pense qu’il y a des résonances, mais ce ne sont pas du tout mes influences principales. Ce qui est marrant, c’est que les artistes auxquels les gens me comparent sont rarement ceux que j’écoute.
Moi j’écoute en ce moment une sainte du Moyen Âge qui a composé des chants sacrés. C’est trop bien ! J’écoute beaucoup de musiques médiévales.
6- Est-ce quelque chose que tu aimerais intégrer davantage à ta propre musique ?
Oui, je pense que je le fais déjà un peu intuitivement, notamment avec la musique traditionnelle, mais j’aimerais pousser cette exploration un peu plus loin. J’aimerais faire des morceaux plus lents, plus longs et plus ambiants.
7- D’après toi, Tessina, c’est un concept, un concert ou un spectacle ?
Ah, c’est une question intéressante ! Franchement, je pense que je vais dire que c’est un concept. Je ne sais pas exactement si c’est un spectacle, parce que j’ai l’impression qu’être sur scène est un moment très vulnérable. Il n’y a pas vraiment cette notion de performance.
En même temps, ce n’est pas non plus un concert où il n’y a que la musique. Il y a la musique, bien sûr, mais aussi tout ce qu’elle peut faire ressentir. Je dirais donc que c’est un concept. Chacun peut aussi aller là où il veut. Parfois, il y a des gens qui pleurent… C’est un partage.
8- Qu’as-tu envie de proposer, de transmettre ou de faire ressentir aux gens à travers ton projet ?
Je pense que le plus important, c’est la liberté et l’acceptation. La liberté artistique, d’abord, qui permet de montrer des schémas différents. Mais aussi, en tant que femme, la liberté de faire ce qu’on veut et d’accepter tout ce qui peut arriver à l’intérieur de nous, y compris les parties que l’on montre moins.
J’ai envie de montrer ce qui n’est pas beau, ce qui est dérangeant, de confronter les gens à cela et de leur montrer que c’est OK.
9- Si je reviens sur les auditions des iNOUïS du Printemps de Bourges, tu étais avec d’autres groupes qui n’avaient pas forcément grand-chose à voir avec ton univers. Il y avait notamment du rap, et aussi un peu de pop. Quel était ton état d’esprit pendant cette soirée ?
Cette année, c’était différent parce qu’on avait déjà participé l’année dernière. Apparemment, on était presque passées, mais ça ne s’était finalement pas fait. Les auditions sont toujours une bonne occasion de découvrir des artistes. J’en ai rencontré certains comme ça et je les écoute encore aujourd’hui parce que je trouve leur musique trop bien.
Cette année, on était davantage dans l’état d’esprit de se dire : “On le fait, on est contentes de là où on en est, et tout ce qui est censé arriver arrivera”. C’est OK si cela ne se fait pas : c’est peut-être que ce n’est pas le bon chemin. Mais en même temps, l’année précédente, on n’était pas prêtes. Même si on était passées, cela n’aurait pas été le bon moment.
10- Vous avez été lauréates de Quart de tour, finalistes de Class’Eures Rocks en 2024 et vous avez participé aux auditions des iNOUïS du Printemps de Bourges. Est-ce qu’aujourd’hui, pour un artiste émergent, le parcours passe nécessairement par ces dispositifs, ces tremplins et ces différentes étapes ?
Je pense que cela aide. Mais ce n’est pas tout. Pour entrer dans une sphère plus professionnelle, j’ai l’impression que c’est presque inévitable. S’il n’y a pas de scène locale, c’est difficile d’émerger.
La question bonus : quelle est ton actualité en ce moment ?
On vient de terminer l’enregistrement de notre deuxième EP, qui sortira début 2027. Je suis également en train de monter un clip. Il y aura quelques petites sorties autour de ce projet. À la base, je voulais que le premier et le deuxième EP forment un album. Mais j’ai réalisé que cela faisait peut-être beaucoup à offrir aux gens d’un seul coup : un album de douze morceaux.
C’est donc une histoire qui se poursuit sur les deux EP. Le deuxième est un peu plus discret que le premier, mais il vient conclure une phase qui est prête à l’être. J’ai hâte de conclure ce chapitre. Il y aura quand même de la batterie, mais l’ensemble est plus doux, moins électrique, plus discret. Il y a aussi un morceau sur lequel je joue du violoncelle.

