White Corbeau @ Eliott de sousa
@ Eliott de sousa

White Corbeau en interview sans filtre : “La vie, c’est surmonter des obstacles, craquer, puis en affronter d’autres” 

C’est depuis le Bise Festival que nous avons croisé la route de White Corbeau. Un artiste d’une rare sensibilité… aficia lui a proposé une interview sans filtre… 

Naviguant habilement entre soul, pop, rap et afro, White Corbeau transcende les frontières musicales et proposait 4 titres résolument positifs qui viennent marquer l’ouverture d’un nouveau chapitre. 

Artiste belge installé depuis trois ans dans le paysage, véritable conteur moderne, White Corbeau façonne une pop organique, à la croisée de la soul, du rap et des sonorités afro, toujours portée par le piano. En 2025, White Corbeau proposait avec un troisième EP, intitulé FORÊT. Absolument divin. Sa place est sur scène. Il nous a déjà bouleversé auparavant (Bars en Trans). En showcase au Bise festival, il revient pour aficia sur son rapport au live, à l’indépendance et à cette quête d’émotions brutes qui traverse ses chansons. Le tout, sans filtre… 

White Corbeau en interview :

Tu mêles soul, pop, rap, afro, le tout en français. C’est un défi assumé dès le départ ?

Non, je ne l’intellectualise pas. De base, je réfléchis énormément, parfois trop. Justement, là, je suis dans l’inverse : le lâcher-prise, la spontanéité. Aller chercher des choses qui coulent naturellement. Arrêter de vouloir tout contrôler.

Quel est le plus beau compliment qu’on t’ait fait après un concert ?

Quelqu’un est venu me dire que ça faisait très longtemps qu’elle n’avait pas pleuré et qu’elle me remerciait de l’avoir fait pleurer. Pour moi, ce ne sont pas tant les larmes que la connexion avec son propre cœur. Ça, c’est le meilleur compliment. Et quand on me dit que ma musique a aidé, comme elle m’a aidé moi.

Ça arrive souvent ?

Oui, beaucoup. Mon art est basé sur les émotions et la connexion humaine avec le public. L’idée, c’est de casser la vitre très tôt pour qu’on soit ensemble. Je reçois beaucoup de messages de gens qui me disent que ça les a touchés, qu’ils ne s’étaient pas laissés porter comme ça depuis longtemps.

“Libère” est l’un de tes morceaux les plus forts, mais pas le plus streamé. Comment tu l’expliques ?

Le développement n’est jamais linéaire. Une bonne chanson reste une bonne chanson. À tout moment, l’algorithme peut décider. Il y a des reprises de Stromae qui ont tout cassé sans prévenir. Les chansons sont là. Quand ça tombe dans le cœur des gens, ça prend.

En live, quand j’entends le public chanter “Libère-moi”, je me dis qu’il y a un truc. Petit à petit, ça va venir.

Tu le considères comme l’un de tes titres les plus authentiques ?

Dans une vibe, oui. Au départ, je n’étais pas sûr du refrain. Je le trouvais peut-être trop technique. Mais un refrain n’a pas besoin d’être technique. Ça peut être un mantra. La première fois que le public a chanté “Libère-moi” en boucle, j’ai compris. Le son s’est terminé, ils continuaient à chanter. Là, je me suis dit : OK, on va les faire chanter à fond.

Il y a aussi des morceaux hyper personnels. Si je croise le regard de quelqu’un qui pleure, je dois rester hyper concentré, regarder le sol, sinon il y a trop d’émotions.

“Mon essence, c’est piano-voix”

– White Corbeau

Tu joues souvent en piano-voix. C’est un choix ?

Oui. Pour le début de ma découverte de la France, je reviens aux fondamentaux : piano-voix. Ma formation élargie, c’est basse, percussions et backing track. Mais là, je conconstruis petit à petit.

Quel est ton lien au piano ?

Très fort. J’ai commencé à 6 ans. Au début, c’était un rapport amour-haine avec l’académie. Puis quand j’ai arrêté les partitions pour expérimenter, j’ai vraiment pris du plaisir. Aujourd’hui, je continue à apprendre, à me former, à aller vers des accords plus jazz. Ça grandit avec moi.

Certains pourraient dire que piano-voix, c’est minimal.

C’est autre chose. Une version studio et une version acoustique n’ont rien à voir. Le challenge, c’est d’apporter de l’alliance entre des chansons plus motrices et d’autres plus intimes.

Aujourd’hui, quelle est ta situation ? Tu es signé en label ?

Je suis en autoproduction, mais je suis en édition à La 75e Session. Je finance moi-même, donc oui, on peut dire artiste indépendant.

C’est difficile aujourd’hui d’être indépendant ?

Je pense que c’est difficile d’être artiste tout court. Il n’y a rien de facile dans ce qu’on entreprend. Mais heureusement que c’est difficile, sinon ce serait trop facile. La vie, c’est surmonter des obstacles, craquer, puis en affronter un autre plus gros.

Tu vises plus grand pour la suite ?

Oui, bien sûr. Se fixer des objectifs et les atteindre, ça fait partie de la mentalité d’artiste indépendant. Mais j’aspire aussi à mieux. Ma musique est très intime. Mon objectif, c’est d’aller encore plus profond, d’aborder des thèmes que je garde pour moi, des choses dont j’ai honte de parler. Avoir le courage de les dire.

On peut écrire sur tout. Il faut établir la connexion tête-cœur. On vit vite, on prend rarement du recul sur ce qu’on ressent vraiment. Ces questions sont les portes vers des thématiques universelles qui partent d’un sentiment hyper personnel.

Cela passe par de nouvelles sorties ?

Oui. L’idée est de retransmettre l’esprit du live sur les plateformes. Il y a encore un décalage entre les versions studio et le piano-voix. Mon essence, c’est piano-voix. Quand je chante dans la rue ou sur scène, c’est ça. Et il n’y a aucun morceau piano-voix sur les plateformes.

Ça va se faire. C’est ce que je fais le mieux : transmettre des émotions avec un piano et une voix. “Less is more”. Ça me vient aussi de mes études d’architecture : faire tenir une chose avec le moins possible.

Tu vis de ton projet aujourd’hui ?

Oui. Très vite, j’y ai cru. Quand tu chantes dans la rue et que des gens pressés s’arrêtent, tu te dis : j’arrive à capter l’attention. Mets-moi sur n’importe quelle scène, je fais la même chose. Le fait d’avoir commencé dans la rue m’a rassuré. Donne-moi un piano et des oreilles, même de personnes, ça me va.

On est au Bise festival, à Nantes. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Pour moi, c’est encore une étape supplémentaire : faire un festival, un showcase, pour rencontrer des pros en France. Comme je viens de Belgique, de Bruxelles à la base, c’est important.

Il y a des retombées après ce type d’événement ?

Oui, souvent. Ce n’est jamais immédiat, c’est plus une graine. À long terme, ça pousse. Ça peut être du booking. Là, par exemple, j’ai mon premier concert à Marseille, je viens de l’annoncer avant d’arriver. Les fruits arrivent au fur et à mesure de l’année. En vrai, je ne me prends pas trop la tête : je fais la date, je me donne à fond et on verra quand ça reviendra.

Qu’attends-tu d’un festival comme celui-ci ?

Des rencontres. Ça me frustre de chanter et de partir sans retour. J’attends des retours constructifs ou moins constructifs, mais des retours. J’aimerais réussir à faire chanter les gens, les mettre assez à l’aise pour qu’ils se disent : “Vas-y, j’y vais”. À part ça : de bonnes vibes, un bon concert et des relations humaines. C’est déjà super.