L’auteur-compositeur JusteNiels a dévoilé son dernier EP en janvier. Retrouvez son interview en 10 questions.
Auteur-compositeur et chanteur, JusteNiels s’impose comme une voix sensible et singulière de la nouvelle scène française. Dès ses débuts sur les réseaux sociaux, il a su créer un lien fort avec sa communauté en abordant des thèmes intimes et universels, de la santé mentale à la poésie du quotidien. Après plusieurs projets remarqués, il a dévoilé en janvier dernier son dernier EP, L’Enfant Indigo, un disque autobiographique où se mêlent émotion, sincérité et énergie live. Nous lui avons posé 10 questions avant son concert à La Marquise à Lyon, le 24 janvier. C’est notre interview Dix-Moi !
L’interview Dix-Moi de JusteNiels :
1 – Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore ?
Je m’appelle Niels, et mon nom de scène est aussi mon vrai prénom. Je fais de la musique depuis que j’ai 14 ans, donc ça fait une dizaine d’années maintenant. J’ai commencé par le piano, puis, avec l’influence du collège, je me suis tourné vers le rap. J’ai écrit mes premiers textes à ce moment-là, mais assez vite, je me suis rendu compte que ça ne me correspondait pas vraiment.
J’ai alors eu envie d’écrire autre chose, quelque chose de plus personnel. Ça a commencé sur les réseaux sociaux avec des formats vidéo axés sur la motivation pour notre génération, notamment dans le contexte post-Covid.
Un jour, on m’a demandé si ces textes existaient sur les plateformes. À la base, je n’avais aucune prétention musicale, c’était juste un format que je testais. C’est comme ça que j’ai sorti mon premier morceau “Présent” en piano et voix. À l’époque, je n’étais pas du tout connu : le titre a fait environ 2 000 vues en un an.
À ce moment-là, je travaillais comme primeur, je vendais des fruits et légumes. J’avais postulé en fac de psychologie, mais je n’ai pas été pris. Entre deux clients, je me suis mis à écrire de la poésie. Je me suis lancé le défi d’écrire tous les jours pendant presque deux mois. J’écrivais la journée, j’enregistrais le soir et je postais sur les réseaux. C’est vraiment là que JusteNiels est né, en 2024, et tout a pris très vite. J’ai senti un vrai engouement, alors j’ai enregistré “Utopie”, puis j’ai sorti le projet Hyper. Le morceau “Hyper” a vraiment marqué un tournant, c’est grâce à lui que je suis là aujourd’hui.
2 – Comment décrirais-tu ton univers à quelqu’un qui ne t’a jamais écouté ?
Ma musique, c’est avant tout une volonté de mettre des mots sur ce que je ressens. À la base, c’était un exutoire. J’ai grandi entouré d’hommes, avec trois frères, et dans ce contexte, exprimer ses émotions, ce n’était pas forcément bien vu notamment dans mes groupes de potes. J’ai toujours été très sensible, et l’écriture m’a permis de poser des mots là-dessus.
Quand j’ai vu que des gens se reconnaissaient dans mes textes, je me suis dit que je n’étais pas seul. Au début, je mettais surtout l’accent sur les mots et la voix, pas sur l’image. C’est pour ça que j’ai longtemps caché mon visage : je voulais que les textes soient au centre, avec un fond noir et les mots qui défilent.
Avec le temps, j’ai eu envie de chanter davantage et de créer une vraie connexion avec les gens. Le virtuel, ça reste très virtuel, et j’avais besoin de ressentir les choses en vrai. Aujourd’hui, mon univers est très sensible, poétique, mais aussi très ancré dans le réel, avec des refrains chantés pour créer un lien collectif.
3 – Dans ton processus créatif, est-ce que l’écriture vient avant la musique ou l’inverse ?
Il n’y a pas vraiment de règle. À une période, j’écrivais beaucoup de textes sans musique, puis je cherchais un piano qui collait au texte. Aujourd’hui, je compose davantage avec des musiciens. Un riff de guitare peut m’inspirer une phrase, ou l’inverse.
Je reste très ouvert, parce que je n’ai pas envie de passer à côté d’une belle idée. J’écris tous les jours, je note des phrases dès que j’en entends une qui me marque. J’ai beaucoup de notes, et parfois, une phrase me revient au bon moment et s’imbrique parfaitement avec une émotion ou une musique.
L’intention, ce n’est pas du tout de refaire du Fauve ou d’être un Fauve 2.0. C’est de faire du JusteNiels, et que ma musique parle indépendamment d’un style.
JusteNiels, exclusivité aficia
4 – On compare souvent ton univers à celui de Fauve. Comment tu vis cette comparaison ?
On me l’a déjà dit, oui. Pour la petite histoire, quand j’ai sorti “Présent”, au tout début, quand je n’avais pas l’intention de faire de la musique, on a commencé à me dire : « c’est incroyable, on dirait le chanteur de Fauve, il a le même timbre de voix. »
Moi, j’écoutais Fauve à l’époque, au collège et lycée. Je n’étais pas non plus le plus grand fan, mais je me suis dit : ok, c’est cool. Il a aussi ce truc de mettre des mots sur quelque chose d’assez viscéral, donc je me suis dit que c’était cool.
Après, effectivement, ça revient assez souvent. Je n’ai pas du tout l’intention de faire du Fauve, ni de vouloir prendre sa place ou quoi que ce soit. C’est un peu à double tranchant, parce que d’un côté, on m’associe vite à ça, et de l’autre, je me suis rendu compte qu’ils avaient une grosse communauté qui était restée sur sa faim.
Mais l’intention, ce n’est pas du tout de refaire du Fauve ou d’être un Fauve 2.0. C’est de faire du JusteNiels, et que ma musique parle indépendamment d’un style.
5 – À quel point ta musique est-elle autobiographique ? Y a-t-il des sujets que tu n’oses pas encore aborder ?
Ma musique est 100 % autobiographique. Il n’y a pas de sujet tabou. Je parle de moi, mais parfois à travers les autres, parce que les autres sont souvent des miroirs pour moi.
Je suis avec ma copine depuis presque six ans maintenant. On a grandi ensemble, car on s’est mis ensemble assez jeunes. Il y a beaucoup de choses qu’elle a vécues et que j’ai ressenties moi aussi, d’une certaine manière.
Par exemple, la chanson “Existentielle” parle du deuil qu’elle a dû traverser après la mort d’un très bon ami d’enfance, qui s’est tué dans un accident de voiture. Cette chanson explore son processus de deuil, mais elle résonne aussi avec mon propre vécu, puisque j’ai moi-même fait face à des expériences de deuil. Mon écriture s’inspire donc fortement de ma vie et de celle de mes proches. Je n’écris pas sur des choses que j’invente.
J’ai essayé d’inventer à un moment, mais c’est ce qui me parle le moins, et ce qui parle le moins aux autres. Du coup, je me dis : j’offre ce que je suis réellement, et c’est finalement ce qui fonctionne le mieux, là où les gens se reconnaissent le plus.
6 – Ton dernier projet est plus rock que le précédent. Est-ce que c’était une évolution que tu as cherchée consciemment, ou est-ce que c’est quelque chose qui est finalement venu assez naturellement au moment de la composition ?
Oui, totalement. Le premier projet que j’ai fait, je l’ai réalisé avec un musicien qui était aux États-Unis. Il postait des choses sur YouTube, et je me disais : « ça, c’est trop cool, j’ai envie de le voir ». Je le contactais, récupérais la musique, et posais ma voix dessus.
Pour les nouvelles chansons, avec les musiciens avec qui je suis sur scène, on les a composées ensemble. On se retrouvait dans notre garage musique, on travaillait en live. C’était très acoustique, d’où ce côté très rock. Cet EP est vraiment pensé pour le live.
On a été un peu limités par nos moyens et nos connaissances au début. On a commencé ce projet avec juste guitare, piano, voix et batterie, ce qui donne ce son très rock et acoustique. Mais au final, ce n’est pas quelque chose sur lequel on veut se cantonner. Le style va continuer à évoluer : on a acquis de nouvelles compétences, on maîtrise de nouveaux logiciels, on s’équipe de nouveaux instruments… Ça va se préciser avec le temps.
La musique est vivante. Que ce soit mes textes, les personnes avec qui je travaille, ou les instruments qu’on utilise, j’adore que ça évolue. Et même pour ceux qui adhèrent au projet, ça grandit avec eux, et c’est ça qui est génial. Je me ferme donc à rien.
7 – Peux-tu nous parler de ton dernier EP dévoilé en janvier, L’Enfant Indigo ?
Le titre de cet EP, c’est L’Enfant indigo. C’est un terme un peu new age, un peu ésotérique, qui désigne des personnes très sensibles, avec une sensibilité décuplée. Moi, ce n’est pas tant l’aspect spirituel qui m’intéresse, mais plutôt le terme de l’enfant. J’ai une chanson dans l’EP qui s’appelle “Comme un gosse”, qui parle de cette sensation d’avoir grandi sans vraiment le vouloir, tout en gardant ses émotions intactes, là où beaucoup d’adultes autour de moi semblent avoir réussi à les contenir. Moi, je me dis : « Mais comment vous faites ? Si j’essaie, j’explose ».
L’Enfant indigo traite de beaucoup de choses, y compris des sujets très durs. “Les chemins rouges” parle de tentatives de suicide et de scarifications, “Un million de fois” aborde la dépression, et “Existentielle” évoque l’insomnie et le deuil. Même l’affiche de l’EP, très colorée et représentant mon visage, crée un contraste avec ces thèmes tabous.
Le fil rouge de l’EP, c’est la santé mentale : se sentir perdu dans une société où l’on a parfois l’impression de ne pas avoir le droit de trop exister ou trop ressentir. C’est un cri du cœur d’une génération qui dit : « Quand est-ce que tout a foiré ? Moi, je n’ai rien demandé. J’ai juste envie d’exister ». Cet EP montre qu’on peut ressentir des choses, traverser la dépression ou parler de scarification, sans honte, et que ce n’est pas la fin du monde. Les personnes qui vivent ces expériences sont extrêmement fortes, et c’est le message que je veux transmettre : on n’est pas seuls, nous sommes des milliers à ressentir la même chose.
En live, c’est encore plus fort. Les gens se retrouvent, et j’appelle ma communauté les cœurs de cristal. On se rassemble, et cela crée de petits groupes de soutien où chacun se dit : « Je ne suis pas seul ». C’est incroyablement bienveillant et ça rend l’expérience collective tellement spéciale.
8 – La pochette de l’EP ressemble presque à un tableau. Comment est née cette idée ?
J’ai travaillé avec une artiste qui s’appelle Zinzification. Ça faisait un moment que je voulais réaliser un portrait pour la cover de l’EP, mais je n’avais pas d’idée d’artiste et je ne trouvais pas. Puis je tombe sur son travail sur les réseaux sociaux : elle n’avait pas beaucoup d’abonnés, à peine 1 300, j’ai tout de suite adoré ses choix de couleurs et son univers.

Je l’ai contactée, je lui ai envoyé le projet, elle a écouté les chansons et m’a proposé plusieurs idées. On a ensuite travaillé ensemble sur les couleurs, sur le regard, sur la composition et même sur la forme arrondie qui rappelle la lune, pour raconter une vraie histoire à travers l’image.
9 – Si tu devais choisir un seul titre dans ton dernier projet, ce serait lequel et pourquoi ?
Je dirais que c’est surtout “Existentielle” qui se détache sur cet EP, parce qu’il aborde un peu tous les thèmes. Il parle de l’espoir, mais aussi de sa perte : dans la première partie du texte, on ressent vraiment une descente aux enfers. Ensuite, le morceau contrebalance cette noirceur en montrant qu’on rêve encore plus fort pour lutter contre les effets de la dépression.
À la fin, il y a cette phrase : « Tu cherches encore les réponses dans le ciel ». C’est ce côté perpétuel de la vie, cette quête de réponses à nos questions, parce qu’on se questionne toujours, qu’on se sent parfois trop intense. Mais il y a aussi un grand drop avec les voix qui vient apaiser, comme si, au milieu de ce chaos, on parvenait quand même à trouver une forme de sérénité. C’est le titre qui me parle le plus.
10 – Comment t’es-tu préparé pour cette tournée, mentalement et artistiquement ?
Mentalement, ça a été un vrai travail. Je suis allé voir un psy pendant longtemps, pas forcément pour ça au départ, mais parce que j’ai eu et j’ai encore un trouble anxieux généralisé. C’était à la suite d’une grosse période de dépression. J’ai beaucoup travaillé sur la gestion du stress, des émotions, apprendre à décompresser et à lâcher prise. Ça m’a beaucoup aidé à me préparer mentalement pour cette tournée.
Je me suis aussi entouré de personnes en qui j’ai confiance et avec qui je me sens bien. Sur scène, je suis avec deux de mes frères et deux de mes meilleurs amis. On fait tout ensemble, et le projet L’Enfant indigo est vraiment un projet très humain. J’ai également un super tourneur qui veille à ce qu’on soit bien et dans les bonnes conditions.
Artistiquement, ça a coulé de source : on a travaillé ce projet ensemble, en live, avec des centaines d’heures de répétition jusqu’à atteindre un niveau où on se sentait prêts. J’ai aussi pris des cours de chant avec un coach vocal qui est justement présent ce soir. Tout cela a abouti à cette tournée, et on en est très heureux : le remplissage est bon, et ce soir, nous sommes complets.
Découvrez le dernier l’EP de JusteNiels :

