June The Girl - © Elisa Grosman
June The Girl - © Elisa Grosman

June The Girl danse sur ses névroses avec le délicieux ‘Sweet Thérapie’

Deux ans après la parution de son dernier EP, June The Girl revient avec un opus pop qui s’inscrit dans le sillage de ses précédentes productions, mais avec encore plus de mordant. Chronique !

Des mots acérés pour conter un monde oscillant entre folie douce et fantaisie, des mélodies pop aussi dansantes qu’enivrantes, June The Girl cultive sans aucun doute un univers artistique fantasque et singulier. Avec à son actif un premier album paru il y a déjà près de dix ans, ainsi que deux EP dévoilés en 2020 et 2023, l’artiste cumule aujourd’hui plus de 4 millions de streams sur les plateformes et entend bien poursuivre sur sa lancée avec l’arrivée de son nouvel opus, Sweet Thérapie, désormais disponible.

Ce disque de 11 titres réunit 4 morceaux issus de ses deux précédents EP (“Hello Mr Slender Man”, “Eternel Sunshine”, “Cavales au Bates Motel” rebaptisé sobrement “Bates Motel” et “Tinder Terreur”) ainsi que 7 compositions inédites qui sauront, à n’en pas douter, faire mouche. Les contours de Sweet Thérapie seront par ailleurs dévoilés en live le 18 septembre, à l’occasion d’une release party au Théâtre Les Étoiles, à Paris. Alors, que penser de cet album ? Réponse avec aficia !

Un album cinématographique, miroir du réel

Dès les premières notes, June The Girl affirme son attachement à la pop culture. Se plonger dans l’écoute de son album, c’est franchir les portes d’un univers cinématographique et hautement imagé. Les scènes défilent aisément dans notre esprit, peuplées de névroses et de démons personnifiés qui illustrent à quel point la lutte intérieure peut être difficile. La piste d’ouverture intitulée “Dancing With My Monsters” plante d’emblée le décor en conviant toutes les angoisses sur la piste de danse, comme un véritable exutoire.

Si cet univers nous entraîne volontiers du côté du rêve — ou d’un cauchemar hanté par Slender Man et ses grincements électro fantomatiques addictifs sur la piste “Hello Mr Slender Man” —, la chanteuse n’en reste pas moins attentive aux questions sociétales. En témoigne ainsi le très réussi “Pretty Girls Always Smile”, où elle s’insurge contre le jeunisme et les injonctions faites aux femmes dans une course effrénée à la beauté, une quête vaine qui ne mène jamais à l’épanouissement. Même les sites de rencontre prennent des allures de film d’horreur sur “Tinder Terreur” où les relations toxiques se confondent avec le terrifiant Freddy Krueger, le tout sur une mélodie envoûtante et diablement efficace.

Visionnez le clip de “Mr Slender Man” :

Des images et jeux de mots saisissants

Du rythme, ce disque n’en manque pas, offrant des pépites d’une pop soignée et pleine de vitalité, à l’instar du single “Jusqu’à l’os” où, comme à l’accoutumée, l’artiste prend du recul sur ses états d’âme, riant avec autodérision d’une déprime et du manque de confiance en elle : “C′est l’bordel dans ma tête / C′est plus simple de m’oublier / Je break mon bad, c′est la fête / J’vais finir déchirée / J’suis paumée / Paumée jusqu′à l′os, jusqu’à l′os”. Le tout bénéficie d’un arrangement aérien où la musique panse les peines en somme. On apprécie incontestablement sa capacité à écrire sur des sujets profonds tout en y insufflant une légèreté désarmante.

La voix suave et inimitable de l’artiste, qui jongle avec malice entre le français et l’anglais, atteint un point d’orgue sur “Eternel Sunshine”. Avec peu de fioritures, June The Girl offre une pépite émouvante en interrogeant la notion du bonheur et cette quête insaisissable, la peur de l’attachement et le risque que tout s’évanouisse dans le couple. C’est donc le scénario d’une vie, entre douceur et tourments.

Découvrez “Eternel Sunshine” :

June The Girl apprivoise les ombres

La dualité est au cœur du disque de la chanteuse, qui puise dans des références créatives judicieusement choisies, comme sur “Armageddon” ou “Bates Motel”, qui nous embarque dans une cavale où désir et danger se rencontrent. Ces deux pistes fédératrices apportent des touches rock vibrantes à des nappes pop, dessinant par ailleurs une deuxième partie de disque moins tourmentée. Il est justement question de libération sur le faussement léger “Ta dose de tendresse”. La piste “Aïe je sais pas” illustre un long combat lié à la santé mentale et au poids du temps qui passe, celui des adultes confrontés à des terreurs qu’on croit souvent réservées aux enfants.

On succombe enfin volontiers à “Mais après ?”, une outro parlée pleine de sensibilité et de subtilité sonore, qui met en lumière ce contraste entre les instants de gloire et les angoisses. Toute cette galerie de personnages cauchemardesques défile et aguiche, rappelant la nécessité de composer avec eux tout au long de notre vie : “J’ai aimé mes peurs comme on aime un poison / J’ai dévissé mon cœur, j’ai écrit des chansons / Mais après ? / La lumière, le succès ou des montres nouveaux ? ”. Et finalement, musique et plume se révèlent être cette arme thérapeutique pour avancer et exorciser ses démons intérieurs.

Écoutez Sweet Thérapie, le nouvel opus de June The Girl :

VERDICT - ‘Sweet Thérapie’
Un disque aussi subtil que réjouissant et percutant
Ce qui nous convainc chez June The Girl, c’est sa capacité à s’affirmer sur la scène pop sans proposer de mélodies qui pourraient être interprétées par n’importe quel autre artiste. Tout au long de l’écoute, un fil conducteur se dessine, même si les chansons ont été composées à des périodes différentes. Le projet se révèle solide, les mots servant la musique et réciproquement. Les 12 pastilles musicales s’enchaînent avec efficacité, ravivant la sensibilité de tous ceux qui saisiront les références cinématographiques iconiques. June The Girl personnifie les émotions, et l’on ne peut que saluer sa créativité. La peur de l’avenir dans un monde tourmenté, les insomnies, le manque de confiance en soi ou encore le temps qui passe sont autant de thèmes abordés dans un disque qui pourra résonner en chacun de nous. Au sein de cette galerie de personnages cauchemardesques, pointe une lumière : celle de l’artiste qui apparaît comme notre héroïne et nous invite à accepter l’imperfection et à retrouver la légèreté, à travers des hymnes puissants et entêtants. Indiscutablement la bande-son idéale de cette rentrée !
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