Cécile Corbel en interview : « Je sais que je suis difficile à vendre »

La chanteuse et harpiste Cécile Corbel est de retour cette semaine avec un nouvel album, Vagabonde, dont elle nous parle avec passion. Poussez les portes de son univers singulier avec aficia !

Chanteuse originaire du Finistère âgée de 36 ans, Cécile Corbel a entamé sa carrière en indé il y a près de 15 ans et s’était dans un premier temps approprié le répertoire traditionnel celtique. Désormais signée en major, la chanteuse compte bien accroître sa notoriété avec un sixième album intitulé Vagabonde, lequel renferme des titres originaux dont plusieurs duos partagés avec des artistes d’horizons très différents. Comme si ce nouvel opus prouvait que, pour elle, la musique n’a pas de frontières.

C’est ton deuxième album qui paraît depuis que tu es signée en major, chez Universal Music. Qu’est-ce que ça a changé pour toi de travailler avec Polydor, le label de Bigflo & Oli, Olivia Ruiz et Mylène Farmer ?

Tout et rien ! (Rire) Rien parce que j’ai gardé pas mal de liberté artistique. Je ne me sens pas du tout contrainte, contrairement à ce que beaucoup peuvent penser lorsqu’on rejoint une grande major comme celle-là. Je ne ressens aucune pression. Et puis tout à la fois parce qu’il y a une vraie équipe autour du projet. Ce que je n’avais pas la chance d’avoir avant. J’étais en indé jusqu’au bout des ongles ! C’est plus dur pour tout ce qui concerne les médias et la promo. Ça n’avait pas du tout le même impact quand je sortais un album. Clairement !

Est-ce que ça a fait évoluer ta manière d’appréhender la musique ?

Je ne crois pas. Franchement. Ça fait à peu près dix ans que je vis de la musique. Je connaissais des gens du métier et j’avais aussi travaillé sur une grosse bande originale de film. Donc j’avais une certaine notion de l’industrie musicale. En ce qui me concerne, d’être signée chez Universal Music ne change en rien le regard que je porte sur ma propre musique.

Considères-tu que tu as une place à part dans l’industrie du disque ?

C’est marrant parce que lors d’autres interviews je me suis moi-même présentée comme un ovni. Donc j’en suis tout à fait consciente. (Rire) Je ne cherche pas à entrer dans une case. Je ne fais pas de la musique traditionnelle, ni de la pop ou du classique. Je suis un peu tout à la fois et en même temps rien de tout ça. Je sais que je suis un peu difficile à vendre si je puis dire. (Sourire) Si j’arrive à faire découvrir ma musique à un public plus large avec mon nouvel album, j’en serais ravie. Mais je ne cherche pas à être numéro un des ventes de disques car ça ne sera jamais le cas.

Il y a quelques années, il y a eu une vague celtique qui a déferlé sur la France, à l’impulsion de Nolwenn Leroy avec son disque Bretonne, et sur laquelle plusieurs artistes ont surfé. Ça te fait rire ou au contraire tu le vois comme une opportunité d’accroître ta notoriété ?

De toute façon, depuis les années 70 la musique celtique connaît des hauts et des bas. Il y a soudain un certain engouement et puis ça retombe. Ça devient même parfois complètement ringard. Quand Nolwenn a sorti des chansons que moi je connaissais depuis toujours ou presque, ça m’a fait plutôt plaisir. Je me suis dit qu’il y avait vraiment de la place pour cette musique-là. J’ai été contente de constater qu’il y avait une nouvelle vague sur laquelle on pouvait surfer. Après, il y a toujours les râleurs qui pensent qu’on s’est approprié leur culture… Mais moi je ne suis pas du tout dans cette démarche-là.

Cecile CorbelQu’est ce que symbolise ce nouvel album pour toi ?

C’est l’album le plus serein que j’ai fait, même s’il y a quand même certains morceaux sur lesquels je me suis un peu pris la tête. (Sourire)

Vagabonde, c’est un titre qui fait écho dans l’esprit des Français au regard de l’actualité…

… Oui, mais je n’en étais pas consciente. Parce que c’est un titre qu’on a arrêté au moment de l’impression de la pochette. Il devait s’appeler Les sources à l’origine. Mais je ne cherche pas à créer de débat ou à me prononcer sur des sujets qui font l’actualité. Par contre, si je peux donner à réfléchir avec ma musique, pourquoi pas ! Je comprends bien que tu fais référence à la migration et au duo avec Faada Freddy. Mais des gens sur la route, il y en a eu à toutes les époques et dans toutes les régions du monde. Avec chaque fois des problématiques différentes.

On retrouve sur cet album beaucoup de collaborations, ce dont tu n’es pas coutumière. Comment sait-on quel artiste sera celui qui correspondra le mieux à un titre ou un autre ?

C’est une question de rencontres. Pour le single « La fille sans nom », c’est le label qui m’a suggéré de rencontrer Faada Freddy. Je n’avais pas conscience du potentiel de cette chanson en duo. Il avait le timbre qu’il fallait. Pour les autres collaborations, ce sont plus des groupes de musique celtique… Et puis il y a Pomme, qui est une artiste signée chez Polydor. J’aimais beaucoup sa voix. Donc j’ai assez rapidement eu envie de l’inviter sur une de mes chansons. Et puis, il y a Gabriel Yacoub. C’est vraiment le duo coup de cœur pour moi. C’est un musicien que j’admire et qui compte beaucoup pour moi. Tu vois, c’est le genre de choses que je peux me permettre parce que je suis passée dans une grande maison de disques.

Je voudrais attirer l’attention sur ton duo avec Pomme, « Entre ses bras », dans lequel vous dîtes que « le monde tourne à l’envers » et que les bras des autres nous aident à nous sentir mieux. Ne serait-ce pas une vision défaitiste de notre époque ?

C’est une chanson à double sens. Elle peut tout à fait convenir à une homme et une femme, à deux hommes ou même à deux femmes. C’est simplement l’idée que, tant que ceux-là se regardent dans les yeux, même si le monde est absurde, il y a toujours un amour très fort qui passe avant tout. Je vois la musique comme un moment d’évasion, comme le moyen de faire abstraction. Mais plutôt sur scène, le temps d’un concert. Il n’y a rien qui ne me rendre plus heureuse que de deux heures pendant lesquelles on a pu oublier le quotidien.

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