Nino Vella, Flora Fishbach et Feu! Chatterton - © Bastien Burger, Yann Morrison, DR
Nino Vella, Flora Fishbach et Feu! Chatterton - © Bastien Burger, Yann Morrison, DR

3 albums en revue : Nino Vella, Flora Fishbach et Feu! Chatterton

Du souffle neuf, de l’émotion et du lyrisme : Nino Vella, Flora Fishbach et Feu! Chatterton sont dans le radar d’aficia cette semaine. Verdict !

Nino Vella : Plage des Bigorneaux

Emporté dans son sommeil par une maladie cardiaque insoupçonnée en juillet 2024, Nino Vella laisse un héritage musical important avec plus de 400 titres composés aux côtés de, et pour, de nombreux artistes, parmi lesquels Eddy de Pretto, Olivia Ruiz, Claudio Capéo, Patrick Bruel, Yseult ou encore Anabel. Une vie en chansons qui l’aura également conduit à créer le groupe Rouquine, en duo avec Sébastien Rousselet.

L’artiste travaillait alors à la parution d’un premier album solo, avec une vingtaine de titres en construction. Comme ultime hommage, et pour faire vivre sa musique, les proches de Nino Vella ont décidé d’aller au bout de cette démarche et de dévoiler Plage des bigorneaux. Ce disque reprend 12 titres qui auraient certainement eu une couleur bien différente si le principal intéressé avait pu le finaliser, mais qui nous invitent à entrer dans l’intimité du studio et de ce que travaillait Nino Vella.

Lui qui avait l’habitude de mettre en lumière les autres révèle ici ses forces et ses failles. On retrouve incontestablement les qualités de compositeur de l’artiste, qui expérimente sur un disque teinté de mélancolie. La peur du vide, le syndrome de l’imposteur, la quête d’un amour vrai : autant de thèmes qui font de cet album une sorte de journal intime, porté par une ligne de piano omniprésente et d’une grande musicalité.

VERDICT

Plage des Bigorneaux fleure bon la fin de l’été avec des productions modernes et enivrantes, peut-être un petit peu trop homogènes au regard de l’immense palette musicale que possédait l’artiste. Nino Vella s’y livre sans fard sur des textes globalement tourmentés. Un hommage émouvant et authentique dans lequel on retient particulièrement “Lunaire” et son refrain coup de poing très planant, l’émouvante déclaration fraternelle sur “Contre-temps” de Renaud Vella à son frère, le vaporeux “LHP” autour du grand départ ainsi que “Les frères siamois” en toute légèreté. En revanche, on zappe volontiers le titre “Mélanco fenêtre”, qui a le mérite de présenter une production ciselée mais se révèle frustrant au stade de maquette.

Écoutez Plage des bigorneaux, l’album posthume de Nino Vella :


Flora Fishbach : Val Synth

Trois ans se sont écoulés depuis la parution de sa précédente galette Avec les yeux, portée notamment par le flamboyant “Masque d’or” et une pléiade de mélodies irrésistibles, qui n’auront néanmoins pas rencontré le succès escompté. Mais pas de quoi décourager l’artiste, qui continue d’exceller sur scène, comme en témoigne l’affluence de sa dernière tournée.

Ces derniers mois ont donc été synonymes de changement pour Fishbach qui a claqué la porte du label Entreprise pour le nouveau label indépendant Créature, se faisant désormais appeler Flora Fishbach.

Pour son grand retour avec un troisième disque intitulé Val Synth, que les fans se rassurent : Flora Fishbach a conservé tout ce qui fait l’ADN de son univers inimitable, à savoir un délicieux timbre de voix au bord de la déchirure, des nappes synthétiques imparables et des vibes d’une synthpop  qui nous replonge directement dans les plus belles heures des années 80 et 90. Tout au long des huit pistes, les corps se mettent en transe sur des mélodies mystiques qui ne manquent pas de panache. L’instrumental occupe effectivement une place centrale au sein du projet.

VERDICT

Cela ressemble indéniablement à un disque qui va droit à l’essentiel. On regrette évidemment ses vingt-cinq minutes bien trop courtes, qui laissent un goût d’inachevé. Pour autant, Flora Fishbach parvient une nouvelle fois à se réinventer sans se renier. L’ensemble se révèle très cohérent, projetant une ambiance cinématographique qui nous accompagnera tout l’automne, et il nous tarde de découvrir ces nouvelles pistes sur scène, tant leur potentiel s’annonce exaltant. On aime la piste d’ouverture “Rends-moi ma vie”, ode transgressive à la liberté, “La Machiavela”, jouissive et psychédélique mais aussi le titre “Dulcimers”, taillé pour les clubs. En revanche, on zappe “Des bêtises (part II)” qui aurait mérité d’être intégré à la piste précédente pour lui offrir une montée en intensité digne de ce nom.

Écoutez Val Synth, le troisième album de Flora Fishbach :


Feu! Chatterton : Labyrinthe

Feu! Chatterton nous avait séduits en 2021 avec Palais d’argile, un merveilleux troisième disque auréolé de succès, qui lui a valu trois nominations aux Victoires de la Musique et une certification platine en 2024 pour l’équivalent de 100 000 unités vendues en France. Et ce n’est pas tout puisque le single “Monde nouveau” a, lui aussi, été certifié platine cette même année, fort de 30 millions de streams. Et cela, sans diffusion sur les ondes.

Depuis ses débuts, il y a 15 ans, le quintet mené par Arthur Teboul n’a cessé d’expérimenter et de proposer des sonorités alternatives, à contre-courant mais savamment orchestrées pour toucher un large public. C’est dire si le retour du groupe était attendu. Avec Labyrinthe, Feu! Chatterton livre un disque à la lecture plus directe que ses prédécesseurs, qui pourrait bien élargir encore son audience.

La magie opère à nouveau sur ce disque, qui réunit tous les ingrédients essentiels de ce que nous aimons chez Feu! Chatterton : un lyrisme immaculé, 13 pistes accrocheuses et bouillonnantes, un voyage musical d’une grande intensité. Labyrinthe nous rappelle que l’essentiel n’est pas dans la destination, mais dans les détours. Autant d’hymnes pour évoquer l’espoir, le deuil face à la perte d’un être cher, l’enfance, la construction de son identité, ou encore la migration, pour une touche politique et sociétale toujours subtile.

VERDICT

Avec Labyrinthe, Feu! Chatterton signe un retour remarqué et sensitif, ouvrant la voie à des sonorités foisonnantes, entre rock progressif, pop, électro, mais aussi quelques touches plus urbaines bienvenues. Faisant fi de la consommation fragmentée de la musique et sans jamais transiger sur la qualité des morceaux comme autant d’écrins de poésie et d’expression artistique, entre ombres et lumières, les garçons célèbrent le chemin et le parcours parsemé d’heureux hasards. On aime particulièrement le spleen du mantra “Ce qu’on devient”, délicieuse pépite de six minutes, mais aussi l’aérien “Allons voir” et le frénétique “Sous la pyramide” qui offre une conclusion brillante à l’opus. Au terme de Labyrinthe, il reste cette impression rare, celle d’avoir traversé nos propres doutes pour n’en garder qu’une étincelle d’espérance.

Écoutez Labyrinthe, le quatrième opus de Feu! Chatterton :