Romain Garcia - Augustin @a_jsm
Augustin @a_jsm

Romain Garcia en interview sans filtre : “Je voulais me prouver que j’étais capable de sortir un album”

Romain Garcia fait partie de cette nouvelle vague d’artistes de producteurs français à suivre. Il vient de publier son tout premier album. On en parle sans filtre sur aficia. 

Entre house planante et techno mélodique solaire, Romain Garcia s’impose comme l’un des nouveaux visages les plus attachants de la scène électronique française. Révélé par Ben Böhmer avec leur titre certifié or Cappadocia (plus de 40 millions de streams), le producteur a depuis enchaîné les succès avec ses EPs Syamo et Before You Go, sous le prestigieux label Anjunadeep.

Après avoir fait danser les plus belles scènes du monde — du Printworks de Londres, en passant par Red Rocks ou l’Australie — Romain revient avec EURÊKA!”, son premier album studio. Un disque conçu entre deux vagues, sur la côte Atlantique, dans son studio face à l’océan à Biscarrosse. Un projet lumineux, empreint de nostalgie et de liberté, qui raconte un moment de bascule dans sa vie et sa carrière.

Rencontre (interview enregistrée le 14 octobre) avec un artiste sincère, rêveur et passionné, qui transforme chaque souvenir d’été en musique.

Romain Garcia est sans filtre : 

Comment tu te sens après la sortie de ton album ?

Franchement, super bien ! Le disque est sorti vendredi et c’est un grand moment pour moi. Les retours sont excellents, je pars bientôt le présenter à Amsterdam pour l’ADE et c’est un peu la concrétisation de tout ce que j’ai construit ces dernières années.
Juste avant la sortie, j’ai joué à Malte avec mon label Anjunadeep, dans le plus gros club de l’île. C’était dingue ! Il y avait une énergie folle, les gens des autres salles sont même venus voir ce qu’il se passait. Un vrai moment magique. Et là, je me prépare déjà pour 2026 avec une grosse tournée. C’est une période vraiment excitante.

C’est un soulagement de pouvoir enfin le sortir cet album ?

Oui, totalement. Un album, c’est énormément de travail et surtout beaucoup de questionnements. Le plus difficile, c’est de choisir les morceaux. Je compose tout le temps, donc faire le tri a été un enfer. Il fallait trouver une cohérence, un fil conducteur.
Heureusement, je suis très bien entouré — mon management, le label, mes amis… Tout ça m’a permis de garder la tête froide. Là, je souffle un peu, mais j’enchaîne direct avec la préparation du live.

(c) Augustin – a_jsm

Tu vas justement jouer à l’ADE pour la première fois, un événement mythique pour les DJs.

Exactement ! Ça fait cinq ou six ans qu’on me dit : “Romain, il faut que tu viennes à l’ADE !” Et je refusais, parce que je ne voulais pas y aller sans y jouer. J’aurais été trop frustré. Cette année, j’y vais enfin… pour jouer ! C’est un peu un rêve de gosse. Je vais pouvoir à la fois monter sur scène, découvrir les autres artistes et me balader entre les événements. Ça va être fou.

Cet album, c’est un peu ton projet d’émancipation ? Tu avais quelque chose à prouver ?

Pas aux autres. Plutôt à moi-même. Je voulais me prouver que j’étais capable de sortir un album complet. Ce disque, c’est un cadeau à mes fans, à ceux qui me suivent depuis le début.
Je ne cherche pas à plaire à tous les DJs ni à faire des morceaux “jouables” dans leurs sets. Si mes titres ne se retrouvent pas partout, c’est peut-être parce qu’ils ne ressemblent qu’à moi, et ça me va très bien. J’aime cette idée que les gens viennent me voir jouer pour entendre ma musique à moi.

« J’adorerais collaborer avec Clara Luciani ou London Grammar »

— Romain Garcia pour aficia

Tu dis ne pas être encore un artiste connu. Tu te situes où dans ta carrière aujourd’hui ?

Je dirais que je suis à la “phase du premier album”. Tu sais, au début tu joues dans des petits clubs vides, puis tu sors tes premiers sons, ensuite tu commences à tourner… Chaque artiste a ses étapes, et pour moi, celle-ci est un vrai tournant. J’ai la chance d’avoir un label solide, une équipe de booking qui bosse super bien, des fans un peu partout… Je me sens à la bonne place.

Comment tu vois la scène House et Techno mélodique en France aujourd’hui ?

Elle est en super forme ! Les réseaux sociaux et les plateformes comme Spotify ont ouvert la voie à plein d’artistes. Avant, sans gros budget, c’était presque impossible de se faire connaître. Aujourd’hui, tu peux vivre de ta musique, même à un niveau intermédiaire, et c’est génial.
Mais le revers, c’est que le milieu est saturé. Beaucoup surfent sur la même vague, les mêmes sons, les mêmes émotions. Moi, j’aime bien me dire que j’ai trouvé ma petite vague à Biscarrosse, que je surfe tranquillement sans chercher à être partout. (sourire)

Tu as collaboré avec Ben Böhmer, NTO… Certains te voyaient un peu “dans leur ombre”. Cet album, c’est aussi ta lumière ?

Oui, sûrement. Quand j’ai sorti “Cappadocia” avec Ben Böhmer, j’étais personne. Juste un gars qui composait sans oser envoyer sa musique. Beaucoup d’artistes font ça : ils gardent leurs morceaux pour eux, en espérant qu’un jour quelqu’un les découvre par magie. (rires)
Mais cette période “dans l’ombre” m’a permis de me construire, d’apprendre, de m’entourer. Aujourd’hui, je préfère avancer pas à pas, construire une carrière solide plutôt que d’exploser trop vite. Et puis, NTO, Ben Böhmer, Pépite… ce sont des amis avant tout. D’ailleurs, je vais bientôt aller bosser chez NTO pour composer ensemble. Donc non, je ne suis pas dans leur ombre. On avance chacun sur notre lumière.

Justement, “Regarder la nuit” avec Pépite est un morceau marquant de l’album. Comment est née cette rencontre ?

J’ai découvert Pépite un peu tard, en prenant l’avion il y a deux ans. J’ai écouté leur musique en boucle en pensant que c’était tout nouveau et j’ai adoré la voix de Thomas, cette nostalgie estivale qu’ils dégagent.  On partage ce goût pour la mélancolie lumineuse, cette tristesse douce de la fin de l’été. Alors j’ai proposé au management de tenter une collaboration, et ça s’est fait naturellement.  C’était aussi pour moi l’occasion de faire un morceau en français, un vrai rêve. J’écoute énormément de Balavoine, Berger, France Gall… alors forcément, ça s’est imposé.

C’est un titre très fort, pourtant il n’a pas encore eu l’écho qu’il mérite j’ai l’impression…

Oui, c’est normal. Mon profil reste assez “underground”. Mon label, Anjunadeep, est anglais et ne propose pas de musique francophone d’habitude. “Regarder la nuit” est une proposition différente, à la croisée des mondes : la pop française et l’électro mélodique. Peut-être que la presse ou la radio ne l’ont pas encore compris. Mais je crois que le public finira par y venir.  Je préfère convaincre sur la durée, avec sincérité, plutôt que de suivre les modes.

Trois ans de travail pour cet album… Comment s’est déroulé le processus de création ?

C’est un long voyage. L’idée est née quand Anjunadeep m’a proposé l’album. Mais je savais que ça viendrait, mais quand ils te le demandent, c’est qu’ils croient vraiment en toi. Chaque été, je retournais à Biscarrosse, là où tout a commencé. Il y a cinq ans, j’y ai joué un set improvisé sur la plage, un peu illégal, et j’ai vu les gens danser sur mes propres morceaux pour la première fois. C’était mon “eurêka”. Depuis, j’y retourne chaque été pour puiser cette énergie. J’ai composé en voyage, testé les morceaux dans mes sets, ajusté sans cesse. Et j’avoue, j’ai fini dans la précipitation — je suis un gars de la dernière minute — mais c’est ce qui donne à ce disque son instinct, sa sincérité.

L’album navigue entre pop, house et techno. C’est une frontière difficile à trouver ?

Oui, surtout au début. Je me cherchais. J’aime la techno mélodique, la house, la French Touch, la musique française… Petit à petit, j’ai trouvé un équilibre : des synthés 80s-90s à la Daft Punk ou Ed Banger, mais avec une écriture plus émotionnelle, plus pop.
Beaucoup me comparaient à Ben Böhmer ou NTO, mais mon objectif avec cet album, c’était justement de trouver mon propre son. Ce n’est pas simple, mais c’est essentiel. Je préfère être reconnu pour mon identité que pour une ressemblance.

Tu parlais de collaborations. Avec qui rêverais-tu de travailler ?

J’ai beaucoup de rêves ! Côté producteurs : M83, Madeon, Porter Robinson, French 79… Ce serait fou.  Et côté voix, j’adorerais collaborer avec Clara Luciani ou London Grammar. Mais je choisis mes collaborations avec le cœur, pas pour la notoriété. Je n’ai pas envie d’être le DJ entouré de bouteilles en club VIP. Ce que je veux, c’est proposer des voyages, des émotions.

Quels artistes t’inspirent aujourd’hui ?

Je dirais plus les producteurs que les DJs. J’écoute Chrome Sparks, Darius, Fred again.., Jamie xx, Justice, Bonobo, The Blaze, Calvin Harris à l’époque de I’m Not Alone… Et évidemment, NTO, French 79, ou encore Deadmau5. J’aime ceux qui osent créer un univers sonore unique, reconnaissable.

Et un mot sur David Guetta, en tant que producteur français incontournable ?

Il a énormément compté pour notre génération. Je ne suis pas fan de tout ce qu’il fait aujourd’hui, mais il a marqué l’histoire. Je me souviens avoir rejoué Love Don’t Let Me Go à un festival récemment, et c’était un pur moment de bonheur !  Guetta a fait passer les DJs de l’ombre à la lumière. Il a tout changé.  Je ne partage pas forcément sa vision de l’industrie actuelle — lui pense que l’avenir est aux singles, pas aux albums — mais moi, j’ai encore besoin de raconter des histoires. Un album, c’est un chapitre de vie.

Merci Romain, pour cette sincérité.

Merci à toi, c’était un vrai plaisir. Et je suis ravi d’avoir pu parler sans filtre, comme toujours !