Ben Mazué en interview : « La nostalgie est la dynamique de l’inspiration »

Ben Mazué dévoile sa Femme idéale, titre qu’il a donné à son nouvel album à paraître le 15 septembre. L’artiste fait les présentations pour aficia.

Ben Mazué publie ce mois-ci son troisième album, La femme idéale, trois ans après 33 ans, dont il se dit fier. Et il a bien raison ! Ses nouvelles chansons sont d’une grande poésie, mêlent une force de caractère à des émotions variées, toujours sur le fil d’une fêlure qu’on ne parvient jamais à toucher. Finalement, cette Femme idéale est plus optimiste qu’il n’y paraît au premier abord, mais nous permet aussi d’en apprendre un peu plus sur ce Niçois relativement discret et qui gagnerait pourtant à être connu. S’il regrette de devoir se mettre à nu, il le fait néanmoins sans compromis dans cet entretien.


Comment s’est orchestré ce nouveau disque ?

C’était il y a à peu près un an. J’ai commencé à écrire cet album parce que la tournée précédente se terminait. C’était le bon moment ! Et puis, surtout, je dois t’avouer que j’avais déjà d’autres dates de tournée prévues pour défendre les chansons… que je n’avais pas encore terminé d’écrire. (Sourire) Et assez rapidement en fait, je me suis rendu compte que je n’aurais pas le temps de les enregistrer avant de commencer la scène. Du coup, j’ai pensé à un spectacle qui puisse prendre en compte les nouveaux morceaux, sous la forme d’une découverte, pour que les gens assis et qui viennent me voir en concert ne soient pas trop déçus. C’est vrai que me suis rendu compte qu’en général les gens aiment bien venir entendre des morceaux qu’ils connaissent. Alors que dans des spectacles d’humour, les gens ne savent pas trop ce qu’ils vont aller voir. Mais ils sont quand même content d’y aller. J’ai eu ça en tête en préparant ce spectacle, en me rapprochant de cette idée dans ma manière de l’aborder. J’ai donc commencé à écrire un spectacle avant d’écrire un album. Du coup, j’ai l’impression que La femme idéale est un peu la bande originale de ce show. Il y a quelque chose de l’ordre du scénario.

C’est ce qui explique sans doute pourquoi on a l’impression de dérouler la vie d’un couple au fil des chansons…

Parfois il est question de couple. Mais je dirais plus généralement que c’est un disque d’hommages. Il y en a plusieurs sur ce disque-là. J’utilise beaucoup plus le « tu » que le « je » dans ces chansons, par rapport aux autres.

Je ne suis pas particulièrement précoce.

Si on devait comparer La femme idéale à tes précédents albums, en termes de conception, un an c’est équivalent ? Qu’est-ce qui a changé ?

Je dirais que c’est plus concentré. Et finalement tant mieux ! Parce que plus on concentre, plus on capte facilement le moment, l’instant présent. Là, on a vraiment un album que je suis fier de représenter. Les chansons sont totalement neuves, elles ne sont pas usées. Je suis d’autant plus fier que je ne l’ai pas fait tout seul. Il y a Guillaume Poncelet qui avait déjà fait « Les âges » sur l’album précédent. Là, je lui ai demandé de travailler sur tous les morceaux. Donc il y a une vraie connivence qui s’est installée, parce qu’on se connait bien désormais. C’était assez agréable. Et puis, nous avons passé pas mal de temps en studio, à Paris, alors que j’avais enregistré mon précédent album à Nice principalement, près de chez mes parents.

Je voudrais m’arrêter sur certains titres de l’album en particulier, comme le single « J’arrive ». À un moment tu dis : « Je cherchais en qui croire ». As-tu trouvé ?

Oui ! (Sourire) En fait, j’ai l’impression que ce titre-là est une sorte de psaume laïque. Je ne suis pas du tout croyant. J’ai l’impression que je m’adresse ici à l’espoir. Ce que je veux dire, c’est que je veux croire en l’espoir. C’est un morceau de rage, mais pas de haine. C’est un appel à l’aide aussi d’une certaine manière.

Écoutez le single « J’arrive » de Ben Mazué :

Dans le titre « Dix ans de nous », tu évoques des rendez-vous manqués. Quels sont les tiens ?

Oui, j’en ai comme tout le monde… Mais, pour aller de l’avant et se dire qu’on n’a pas une vie si pourrie, on a tendance à les oublier ces rendez-vous manqués. Et évidemment à se focaliser sur tous ceux qu’on n’a pas manqués, qui contribuent à mon allégresse j’ai envie de dire… Comme par exemple une histoire d’amour. Ce qui est le cas de cette chanson. Je ne suis pas particulièrement précoce. J’ai 36 ans, j’en suis à mon troisième album. Ce n’est pas un rythme très rapide. Là, on pourrait peut-être parler de rendez-vous manqués. J’essaie que ceux-là ne me traumatisent pas.

Quel est le rendez-vous que tu n’as pas manqué dans ta vie ?

Celui avec la mère de mes enfants par exemple.

Vivre de ma passion, ça me rend fier !

Le rendez-vous avec ton public aussi. Lorsque j’ai entendu le titre « Dix ans de nous », j’ai pensé aussi que tu avais déjà dix ans de carrière.

Le public, ça veut tout dire et rien dire. Ce n’est pas une entité précise. Ça fait dix ans que je fais de la musique, et je pense effectivement que tu as raison de voir en ce titre-là un rendez-vous de ma vie que pour le coup je n’ai pas manqué. Car c’est un rapport émouvant qui s’est établi de mon côté. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui je suis là.

Tu parles aussi de nostalgie dans le titre « Let Me », rappelant indirectement qu’elle est nécessaire. En quoi est-elle constructive selon toi ?

La nostalgie est le moyen de revivre un moment de ta vie qui était plaisant et puissant. C’est enivrant ! Tu vois, quand je déménage, il y a des cartons que je n’ouvre jamais. Ils sont plein de photos et de souvenirs. Bien souvent, ce ne sont pas les plus belles photos parce que celles-ci figurent sur le frigo ou dans les albums. Mais, mises bout à bout, je pense que ce sont celles qui témoignent le mieux d’un moment donné. Et quand je les revois, je pars dans une sorte de voyage. Ça permet aussi de prendre les bonnes décisions ou de réaliser certaines choses. C’est aussi une liqueur triste, quand on parle d’une jeunesse ou d’une personne qui n’existera plus. Ça peut faire mal et être dangereux même. En tant qu’artiste, ça me permet d’être justement dans la dynamique de l’inspiration.

À l’écoute de cet album, je me suis demandé où Ben Mazué trouvait son bonheur au quotidien.

Bonne question ! (Rire) Tu sais, c’est très loin de mon quotidien la musique que je fais. C’est quelque chose de plus travaillé, de plus chiadé et exceptionnel que mon quotidien. Chez moi, ce n’est pas aussi clinquant et joli que dans mes chansons. Je rentre chez moi, j’ouvre une bouteille de vin et je fais la cuisine. C’est un bonheur du quotidien ça par exemple. Je tombe sur un livre ou une série, je sais qu’il ou qu’elle m’attend, ce sont aussi des bonheurs du quotidien. Je me motive pour aller courir, je le fais, et c’est un bonheur du quotidien. Je retrouve les clefs de mon parking, mais tous les jours je les perds… Donc c’est un bonheur de tous les jours ! (Sourire) Après, ce qui me rend heureux sur la longueur, c’est probablement d’avoir fait ce choix de vivre de ma passion. Parce que ça me rend fier.

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