Vincha, Suzane et Miki - © Aurélie Sauffier, Charlotte Abramow, DR
Vincha, Suzane et Miki - © Aurélie Sauffier, Charlotte Abramow, DR

3 albums en revue : Vincha, Suzane et Miki

Une dose de douceur au piano, un retour plein d’énergie et une étoile montante : Vincha, Suzane et Miki sont dans le radar d’aficia cette semaine. Verdict !

Vincha : Le temps n’existe pas

Depuis 2017, Vincha s’est fait une place de choix dans l’industrie musicale française. Fin acolyte et accompagnateur de nombreux artistes parmi nos préférés à l’instar de Ben Mazué, Grand Corps Malade, Helena, Olivia Ruiz ou encore Jérémy Frérot, il laisse une empreinte talentueuse un petit peu partout, signant de nombreux tubes incontestés. Faites vous-même l’expérience de parcourir les crédits de vos chansons favorites : nul doute que vous y retrouverez la patte de Vincha !

Après deux premiers albums dans l’univers du rap, sortis en 2013 et 2016, l’auteur-compositeur remporte le concours Paris Jeunes Talents et est sélectionné aux Inouïs du Printemps de Bourges. Autant d’expériences et de souvenirs qu’il met désormais en musique dans Le temps n’existe pas, un nouveau projet où il se retrouve sous les feux des projecteurs, ou presque, en invitant une pléiade d’artistes à raconter leurs propres souvenirs au coin du piano.

Au fil de douze pistes alternant collaborations et interludes musicaux au piano, qui retracent son parcours de vie, le principal intéressé signe le premier projet de son label, Escapades. Un disque personnel, sans fioritures, qui fait la part belle aux mots contés.

VERDICT

Le temps n’existe pas ressemble à la bande originale d’une bande de copains, évoquant des souvenirs intimes, propres à chacun, mais capables de trouver un écho universel en nous tous entre premiers émois, mémoire des disparus, années étudiantes ou encore grands événements marquants, comme l’Euro 2000. Avec ce disque, Vincha parvient à installer une atmosphère feutrée et rassurante, portée par de douces mélodies qui rythment ces fragments de vie. On entre dans l’intimité de l’artiste et de ses invités, prenant plaisir à tendre une oreille attentive sur ce recueil sincère et émouvant quoi que trop linéaire et sans véritable moment musical marquant.

Écoutez Le temps n’existe pas, le nouveau projet de Vincha :


Suzane : Millénium

Près de trois années après la parution de son deuxième opus intitulé Caméo, qui avait rencontré un succès plus discret que son prédécesseur, Suzane est prête à inverser la vapeur en signant un retour remarqué avec un troisième effort qui a intimement convaincu la rédaction d’Aficia dès la première écoute. Baptisé Millénium, ce projet fort de treize pistes nous rappelle tout ce que nous avions adoré sur le premier album de Suzane : une imagerie affirmée, des mots résonnant comme des uppercuts pour égratigner les puissants de ce monde qui se jouent de nous ainsi que des productions électro modernes et efficaces à souhait.

Sur ce nouvel album, l’artiste aux multiples facettes donne à entendre le monde à travers son propre prisme. Elle y aborde avec férocité les agressions sexuelles, l’anxiété sociale dans un univers toujours plus connecté numériquement mais déconnecté du réel, les injonctions pesant sur les femmes quant à leur féminité, la montée des extrêmes ainsi que la quête d’une existence plus douce et porteuse de sens.

Nous aimons incontestablement la capacité de Suzane à porter des messages profondément engagés dans des textes sociétaux, sans jamais perdre de vue les émotions et les sensations que procure la musique. Une énergie débordante que nous prendrons plaisir à (re)découvrir sur scène dans le cadre de sa nouvelle tournée qui fera notamment escale au Zénith de Paris le samedi 21 mars 2026.

VERDICT

Avec Millénium, Suzane se montre plus que jamais en phase avec son époque, posant avec une grande justesse des mots sur les maux de notre société. Si la légèreté n’est pas de mise dans cet album empreint d’engagement, l’artiste laisse néanmoins poindre l’espoir dans ce monde tumultueux. L’ensemble se tient très bien, tant par la qualité des textes, habilement construits, que par des mélodies d’une électro-pop savoureuse. On aime particulièrement le refrain imparable de “Lendemain de fête”, la voix sublimée sur “Je t’accuse”, la mélodie chaloupée et orientalisante de “Dégaine” ou encore le tubesque “Champagne” qui s’impose comme un single évident.

Écoutez Millénium, le troisième album de Suzane :


Miki : Industry Plant

À une époque où la scène musicale française voit émerger de nombreux talents prometteurs, Miki s’impose incontestablement comme l’une des révélations du moment. C’est sur les réseaux sociaux que l’artiste s’est fait connaître du grand public en 2024, en partageant la vidéo officielle à la fois décalée et volontairement amateur de son single “échec et mat”, extrait de son EP viral Graou paru plus tôt cet année.

Avec un son accrocheur, une autodérision assumée et un univers singulier inspiré de la pop culture, la jeune artiste franco-coréenne a rapidement séduit la génération Z (et pas que !). Son succès fulgurant n’a toutefois pas échappé aux critiques puisque certains la qualifient d’arriviste voire de produit marketing, estimant qu’elle doit sa notoriété grandissante à un simple buzz sur les réseaux. De quoi inspirer Miki qui répond à ses détracteurs à travers son premier opus intitulé Industry Plant, disponible en écoute et en téléchargement depuis le 3 octobre.

Un premier projet prometteur qui, pour sa première semaine d’exploitation, squatte le top 15 des meilleures ventes en France. Il y a fort à parier que la sincérité, loin d’être aseptisée, et la fraîcheur de Miki s’imposeront durablement. Et il sera d’autant plus intéressant de découvrir les prochaines directions artistiques de l’artiste qui pour l’heure, défend ses nouvelles chansons sur scène.

VERDICT

Si, de prime abord, le timbre vocal suave de Miki pourrait nous faire croire que l’on découvre une nouvelle Angèle, Yoa ou encore Emma Peters, avec des techniques vocales assez similaires, l’artiste ouvre pourtant les portes d’un univers bien à elle, sans concession. Entre chant, spoken word et phrasé plus urbain, ses morceaux se déploient sur des nappes d’une hyperpop qui s’apprécient toujours davantage à chaque écoute. Miki croise les influences dans un premier opus qui ne manque pas de piquant, ne mâche pas ses mots et n’épargne personne, comme une délivrance portée par un flegme permanent. On écoute bien volontiers les entêtants “échec et mat”, “ça pik un peu quand même”, “miki cowboy” et “cartoon sex”.

Écoutez Industry Plant, le premier album de Miki :