Dorothée Doyer - © Suzon Depraiter
Dorothée Doyer - © Suzon Depraiter

Dorothée Doyer en interview : “J’ai eu besoin d’écrire et de tout produire moi-même pour trouver la couleur qui me correspond vraiment”

Exclusivité aficia

Dorothée Doyer prépare la sortie d’un EP dont sont extraits Quand le monde dort et Ceux qui aiment, deux titres dont nous avions eu l’occasion de vous parler auparavant. Pour l’occasion, aficia est partie à la rencontre de cette artiste…

C’est en avril dernier que Dorothée Doyer a fait sa première apparition sur nos pages… En effet, nous vous avions présenté son premier single, “Quand le monde dort qui marquait un réel tournant dans sa carrière puisque, à ce moment, c’est la première fois qu’elle présente de manière officielle l’une de ses compositions en tant qu’artiste solo. Avec ce morceau, l’artiste aux diverses influences musicales partage alors son grand intérêt pour le piano…

Au début de l’automne, Dorothée Doyer revient avec “Ceux qui aiment, une chanson dont elle est une nouvelle fois l’autrice et compositrice. C’est d’ailleurs avec ce titre qui sonne comme une ode à l’amour qu’elle précise alors la venue future de son premier EP…

Les deux premiers singles, l’EP à venir, le piano, les thématiques qui lui sont chères ou encore la place de la femme dans l’industrie musicale : voici, entre autres, les sujets évoqués au cours d’une interview avec Dorothée Doyer !

Dorothée Doyer : l’interview…

Pour les personnes qui ne te connaissent pas encore, comment te présenterais-tu ?

Je m’appelle Dorothée Doyer, je suis chanteuse, auteure, compositrice, interprète et actuellement en développement d’un projet assez personnel de chanson, que j’écris en français essentiellement. Il y a deux singles ainsi qu’une cover qui sont déjà sortis, la suite arrive bientôt…

Tu as rejoint le Fitiavana Gospel Choir, aux côtés du chanteur Ben L’oncle Soul notamment, tu es partie en tournée internationale pour Le Cirque du Soleil, comme chanteuse lead… Finalement, tu as sans cesse été entourée d’autres artistes. Désormais, tu lances ton projet en solo, une aventure dont on parlera juste après. Comment as-tu vécu cette transition d’artiste toujours entourée par d’autres talents, à artiste solo, à défendre ton propre projet ?

Le groupe et le solo, ce n’est pas de la même dynamique. Être solo, c’est être leadeuse de son projet, le structurer. Ce n’est pas le même travail que de jouer avec des gens. Concernant la transition, il n’y a pas  vraiment eu  de déclic sur une courte période, c’est un processus de recherche. Plus ça allait, plus j’ai élagué pour savoir ce que je voulais et ne voulais plus. Puis il y a un sentiment de confiance qui se fait dans le temps, mais ce besoin de faire le solo est là depuis très longtemps je pense. Le fait de l’actionner vraiment, c’est assez récent.

C’est donc en avril dernier que tu dévoiles ton premier single Quand le monde dort. Tu le décris d’ailleurs comme l’ ‘un des titres les plus intimes que tu as écris. Ça ne t’a pas fait peur de dévoiler un premier titre si fort ? Surtout que c’est un piano-voix donc tu ne peux pas vraiment te “cacher” derrière une production forte ?

Il est très intime mais à la fois très rassurant parce qu’il y a une énergie, dans la façon dont je l’ai écrit, qui est assez “cocon”. Il est très épuré, c’est l’essence même du piano-voix, et c’est aussi la raison pour laquelle c’est le titre que j’ai voulu dévoiler en premier.

Tu es l’autrice de tes titres et lorsqu’on les écoute, notamment Quand le monde dort, on est directement plongé dans une bulle poétique. Est-ce que tu mets cette plume poétique au service d’autres artistes ?

Je n’écris pas encore de textes pour d’autres, mais ça me plairait beaucoup ! Je travaille déjà cependant avec d’autres artistes sur les arrangements, la mise en forme de chansons ou la création de la partition. Et j’aimerais beaucoup développer cet aspect collaboration, ce serait génial.

Plus tu nous dévoiles ce projet, plus on se rend compte que le piano a une place importante dans ta vie. Est-ce pour cela que tu as choisi de partager le premier fragment de ton projet en piano voix ?

Le piano, c’est vraiment l’instrument que j’utilise pour composer, pour essayer de voir comment ça sonne même si je vais arranger le morceau après un peu différemment, c’est quand même là base. C’est compliqué de créer sans le piano, il a vraiment une place centrale dans mon processus de création.

Pour l’instant le solo au piano a plutôt été central parce que c’est le plus évident mais je commence quand même à avoir envie de prendre ma place corporellement sur scène, sans le piano dans les mains… Notamment pour être plus “libre” et parce que vocalement, j’ai besoin d’exprimer aussi encore plus.

Le clavier c’est vraiment un instrument particulier, il y a une posture à avoir sur scène, ce n’est pas comme une guitare….

Dorothée Doyer

Est-ce que ce n’est pas aussi une question d’être rassurée en étant accompagnée par un instrument si imposant que le piano ?

Oui c’est vrai et en même temps on s’accroche à l’instrument, c’est un peu des deux. C’est rassurant d’une part parce que ça a toujours été comme une prolongation pour créer et en même temps, quand on a rien dans les mains c’est encore autre chose, ce n’est pas forcément rassurant. Le clavier c’est vraiment un instrument particulier, il y a une posture à avoir sur scène, ce n’est pas comme une guitare. Mais c’est certain que cet instrument fait partie de moi.

D’ailleurs, comment s’est développée ta passion pour cet instrument ?

Mon papa est pianiste, pas professionnel mais il a un bon niveau et une grande culture jazz et musicale en général. Il y a toujours eu du piano à la maison, il avait un orgue et ça me fascinait déjà à l’époque donc je pense que j’ai dû développer une sensibilité en baignant dedans. Puis il y a eu l’école de jazz où j’ai pris des cours de piano aussi !

En parlant de passion, venons-en à ton deuxième single “Ceux qui aiment” dans lequel tu évoques justement un amour passionnel, parfois tumultueux, d’autres fois plus fort que tout. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce titre ?

C’est une chanson qui parle en effet des relations affectives, elle questionne sur le type de relation que l’on choisit parfois, des relations qui peuvent aussi bien nous élever que nous desservir, ça parle de la complexité des relations en général. C’est une observation, pas uniquement de mes propres expériences mais aussi celles des autres.

Ceux qui aiment” est très différent du premier extrait en termes de production musicale. D’ailleurs, on remarque que ton univers oscille entre la pop, le jazz, la soul… Ce qui fait de toi une artiste qui ne se range pas dans une case particulière. C’est pour conserver cette liberté que tu as décidé d’auto-produire tes sons ?

Exactement. J’ai eu besoin d’écrire et de tout produire moi-même pour trouver la couleur qui me correspond vraiment. Avant ce solo, j’ai essayé de collaborer avec d’autres personnes et je ne trouvais pas du tout mon compte avec ce qui m’était proposé. Je me suis dit ok, ça fait déjà deux personnes, alors si tu ne trouves pas, tu te mets à la prod et tu cherches par toi même, va creuser ça’.

Est-ce que tu penses que ça pourrait être un frein à ta créativité si demain on te disait : là, il faut choisir entre la pop ou le jazz…’ ?

Je pense qu’aujourd’hui il y a une hybridité qui est possible et je pense qu’il faut qu’elle soit possible parce que si on fait toutes et tous l’un ou l’autre, tout est lissé, il n’y a plus de singularité, de personnalité. Cependant, il faut trouver une cohérence avec soi, ce n’est pas évident de mixer toutes les influences que l’on a mais je trouve ça passionnant et n’ai pas du tout envie de me ranger dans une case.

Les artistes féminines s’imposent de plus en plus, en force, en prenant leur pouvoir….

Dorothée Doyer

Justement, dans l’industrie musicale, parfois cette liberté peut vite s’envoler. En tant que femme qui évolue dans ce milieu, quel regard y portes-tu ?

Il y a plus de difficulté pour les femmes à s’imposer dans leur potentiel et professionnalisme. Je suis passée par des expériences assez sexistes malheureusement, par exemple, je peux te parler d’un ingénieur son qui me dit non mais tu ne sais pas comment ça marche’ avant même que je me branche alors que oui je sais comment on branche un cable. Aussi, j’ai vu une jeune musicienne se faire prier d’arrêter de jouer par un homme alors que l’on était en pleine jam. Il estimait sans doute qu’elle n’avait pas sa place. Je pense plutôt qu’étant douée, elle menaçait surtout son égo ! C’est toujours ces histoires de pouvoir et c’est dommage, mais elles sont bien là.

Je pense quand même que les femmes commencent à prendre une autre place, la parole se libère. Les artistes féminines s’imposent de plus en plus, en force, en prenant leur pouvoir. La génération actuelle est déjà en conscience de ça. Quand j’avais 25 ans, c’était encore l’homme tout puissant qui apprend la vie à la petite femme. Il y a encore cette réalité mais ça commence à bouger, enfin je l’espère.

Il y a aussi le jeunisme par rapport aux femmes. Quand on a 35 ans passés, on a parfois du mal à se percevoir ou se projeter avec la même facilité qu’une jeune femme de 20/25 ans qui arrive dans le milieu. Déjà parce que l’on a accumulé de l’expérience, parce qu’on est peut-être moins influençable sur des points, mais l’âge aussi a une importance, pour les autres. C’est un conditionnement social et il y a beaucoup de chose à faire, comme je disais, j’ai peu de références de femmes qui ont 35/40 ans et qui disent mes rêves ne sont pas finis, ma vie non plus, alors si j’ai envie de faire de l’art, je le fais encore parce que c’est ma vie. Il y a un manque de représentations.

D’ailleurs, on remarque que les personnes qui t’entourent dans ce projet sont principalement des femmes. On retrouve entre autres Suzon Depraiter au management et à la direction image, Marine Flèche et Tatiana Paris, les musiciennes avec qui tu as enregistré ton EP… C’est une volonté de ta part d’avancer avec principalement des femmes ?

Il y a aussi Juliette au clavier, Julie au stylisme… Alors oui, c’est une volonté, mais c’est surtout des super professionnelles qui travaillent avec un niveau d’exigence que je cherche. Je trouve qu’entre femmes, il y a une écoute plus affutée et sensible. De fait, l’équipe est majoritairement féminine.

Comment as-tu décidé de travailler avec toutes ces professionnelles ?

Tatiana, c’est une longue histoire, on est amies depuis longtemps, on a eu des groupes ensemble. Marine, on s’est rencontrées il y a une dizaine d’années, on n’avait jamais fait de projet ensemble avant mais on avait joué sur des jam notamment. Suzon, on s’est rencontrées sur une scène il y a quelques années et on avait eu une discussion où elle évoquait son envie d’accompagner des projets en promotion, on est restées en contact et on a commencé à collaborer il y a environ deux ans.

En janvier dernier, tu publiais sur Instagram une photo accompagnée de cette phrase : Les sons arrivent. Le projet arrive. Je suis prête. J’ai hâte’. Depuis, as-tu apporté des modifications à cet EP ?

Oui, depuis janvier et la fin de création de cet EP, un nouveau titre est né, “Elle danse”, qui est d’ailleurs en exclu en solo piano voix sur K7 Channel. C’est un titre qui parle d’émancipation, de féminisme, des sujets très importants pour moi. C’est naturellement un thème qui s’est rajouté à l’EP parce que c’est le titre qui est le plus explicite sur l’émancipation des femmes. Il a un message très fort, c’était un choix évident de le lier à tous les autres titres au final.