Elle fait partie des artistes les plus programmées en Festival cet été. Nous avons posé 10 questions à Irène Drésel. C’est notre format Dix-Moi sur aficia.
C’est un début de phénomène que vous allez forcément croiser quelque part d’ici la fin de l’année 2025. Au delà d’être devenue la première femme de l’histoire (en 2023) à recevoir le César de la Meilleure Musique Originale, Irène Drésel a crée une musique techno haute en couleur aussi sensuelle que frontale. Cela lui a valu d’être finaliste du Prix Ricard Live où elle a pu jouer au Fnac Live ensuite.
Sur scène, elle nous hypnotise avec un décor (très) fleuri, devenant la marque de fabrique. Nous l’avons découvert sur la scène du MIDEM à Cannes en janvier dernier. Nous lui avons proposé 10 questions.
L’interview Dix-Moi d’Irène Drésel :
- Comment est né le projet Irène Drésel ?
Je viens d’un parcours de l’image puisque j’ai fait les Beaux-arts de Paris et les Gobelins. Suite à cela, j’ai eu quelques expositions et au fur et à mesure des années. Puis, j’ai décidé d’ouvrir ma boutique artistique vers la musique, et notamment la musique électronique aux influences techno. En 2013, je me suis inscrite à une formation de musique assistée par ordinateur à Aubervilliers.
Cette formation de 6 mois m’a ouvert l’esprit sur la manière dont on compose la musique électronique. Cela ne m’a plus quitté. Ça a été vraiment un élément déclencheur. J’ai quitté Paris pour l’Angleterre. J’ai cherché un lieu de vie où je pouvais me consacrer qu’à la musique. Je n’avais plus que ça en tête, faire de la musique, faire un album etc. Et puis trois ans plus tard j’ai rencontré Boris, mon manager, qui m’a proposé une opportunité de faire un live, au Silencio à Paris. Ça m’a mis un but. En avril 2016, on a donné notre premier live.
A l’époque nous étions 3 sur scène, mon percussionniste qui est toujours avec moi sur scène, et une fille qui faisait de la flûte à bec. C’était un super concert. Le temps est passé, on a renouvelé l’expérience dans d’autres clubs, puis d’autres festivals, puis il y a eu un premier album, un deuxième, un troisième, et des rencontres, un tourneur, un éditeur. Tout cela s’est musclé au fil du temps… Et c’est devenu ce que c’est devenu aujourd’hui…
- Justement, saurais-tu mettre des mots sur ton projet aujourd’hui justement ?
Aujourd’hui, c’est devenu un projet où j’accorde une importance aussi bien à l’image qu’à la musique. C’est tout un univers où j’ai développé le côté floral sur scène. C’était déjà le cas au Silencio à l’époque, avec des fleurs fraîches, une collaboration avec une styliste florale. Ça rendait tellement bien que ça en est devenu une entité à part entière en exagérant le trait. Pour exagérer le projet, on a des costumes sur scène, j’ai fait des collaborations avec des artistes pour faire des clips en animation, j’ai dessiné moi-même des clips… bref c’est tout un univers !
- Tu te définis comme une compositrice de musique électronique, car tu n’es pas DJ, c’est ça ?
Exactement. je ne suis pas du tout DJ. Je ne sais pas mixer. Un DJ, c’est un artiste qui va digguer la musique, c’est un bibliothécaire qui va chercher les meilleurs morceaux à jouer et à les enchaîner. Il peut aussi mêler ses propres morceaux s’il est producteur. Alors que moi je joue mes propres musiques.
- En 2023, il y a eu ce premier César en tant que femme. Est-ce que cela a été un autre élément déclencheur positif dans ta carrière?
Ça m’a ouvert des portes, un nouvel univers. C’était la première fois que je faisais une musique de film. J’avais déjà fait ça pour un film muet un peu plus tôt. Mais là, cela m’a ouvert de nouvelles portes, de nouvelles rencontres. Et aujourd’hui, je suis sur la musique d’un autre film. Ça s’enchaîne facilement.
‘J’admire leur parcours. Ce sont des stars. Mais ce n’est pas comparable’
Irène Drésel à propos de Charlotte de Whitte et Amelie Lens
- Comment devient-on du jour au lendemain l’une des artistes les plus programmés en festival ?
C’est le travail du tourneur. Ça passe par toutes ces dates qu’on a faites dans les petites salles régionales, dans les Smac. Si tu joues au Cargo à Caen, tu n’es pas à l’abri que le directeur de la salle soit aussi directeur d’un autre festival. Souvent, les personnes ont plusieurs casquettes. J’essaye de donner une belle image à chaque concert et de donner le plus possible sur chaque date, que ce soit un petit concert ou un énorme truc. Peut-être qu’à la fin cela s’ébruite, je ne sais pas ?
- Si on te compare à des artistes comme Amélie Lens ou Charlotte de Witte, on est à côté de la plaque ou pile dans le mile ?
On ne fait pas du tout la même chose. Ce sont des DJs et des productrices. Mais elles font de la techno avec un bpm beaucoup plutôt élevé que moi. C’est presque de la hard-techno. C’est la mode en ce moment. Je n’ai rien à voir avec elles. Mais j’admire leur parcours. Ce sont des stars. Mais ce n’est pas comparable. Elles sont habillées de noir, elles sont seules derrière des platines. Quand je dis que je fais de la musique électronique, on me dit souvent “comme David Guetta ?” Et bien non, il y a plein de sous-genre dans la musique électronique. Moi, on pourrait me comparer à Vitalic. On dit souvent que je suis Vitalic au féminin. C’est différent, mais je pense qu’on a quand même les mêmes sonorités. Lui, c’est peut-être plus “rentre dedans”, peut-être.
- Quand on te croise dans la rue, on ne peut pas croire un seul instant que tu fais de la musique électronique. Ce double visage, est-il voulu ?
J’habite à la campagne, et quand je sors, j’aime bien porter des vêtement colorés, ou un look un peu rigolo pour mettre un peu de pep’s dans ma vie. C’est vrai qu’aujourd’hui, c’est un peu plus simple. Cela n’a rien à voir avec la tenue de scène… Sur scène, on a des espèces de robes avec un collier en or, c’est tout un personnage. Ce que je veux c’est que quand les gens arrivent, ce soit comme un spectacle, aussi visuel que sonore, d’un peu onirisme, que les gens s’évadent après une dure journée.
- Tu parles de “personnage” ?
Oui, j’entre dans un rôle, comme un acteur de théâtre qui monte sur scène. Après, quand on me connaît bien, la frontière entre ce que je suis sur scène et ce que je suis dans la vraie vie, il n’y a pas de tant de différence. Il y a énormément de fleurs dans la maison dans laquelle j’habite, les papiers peints sont fleuris. Quelqu’un de mon équipe est passé chez moi la dernière fois et m’a fait la réflexion comme quoi c’était comme sur scène. Puis j’ai passé l’âge de passer 3 heures dans la salle de bain aussi, faut dire ce qui est. Et sur scène, j’aime donner un espace de rêverie. Je n’oserai pas venir avec ma tenue de la journée sur scène. J’aime bien qu’il y ait un vrai décalage.
- Quels sont encore tes rêves à accomplir ?
Je sens déjà qu’actuellement, il se passe vraiment quelque chose. Je dirais que c’est une ascension douce et progressive. J’ai l’impression d’être en flux tendu mais très excitant. J’en ai encore beaucoup sous le pied à vrai dire. J’ai encore plein de choses à dévoiler qui sont dans ma tête. Tant que la terre est fertile, je créerai. On va bientôt jouer à l’étranger, c’est encore une belle chose. J’aimerais jouer en Asie.
Après, je n’aime pas forcément les projets avec des voix par-dessus, mais je travaille quand même sur quelque chose avec des voix actuellement. On est en train de tester ça. Je ne sais pas du tout vers quels styles ça va tendre. Il faut voir. Ce que je veux, j’aime bien quand les projets artistiques suivent une trajectoire et un chemin logique. J’expliquais ça au MIDEM. beaucoup de gens aiment les personnes qui se renouvellent sans cesse, qui produisent des choses étonnantes etc… moi ce n’est pas mon cas.
Quand j’aime un artiste, je l’aime pour quelque chose, je veux suivre pendant quelques années. je n’ai pas envie qu’il change sinon je ne m’y retrouve pas. Je tiens à évoluer, mais sans me dénaturer. Mes fleurs sur scène, je les garderai toujours, mais elles vont évoluer. Il y aura toujours ce côté cérémonial. Je suis plutôt raccord avec moi-même, tant mieux s’il y a un public adepte à cela. Je ne suis pas les courants. Quand j’ai commencé, ce n’était pas du tout la mode de la techno. Aujourd’hui ça revient, tant mieux. Je ne suis pas les modes, sinon j’aurais fait du rap en 2013. Je suis mon cœur, je suis mon instinct, je suis ce que j’aime vraiment au fond. Même niveau tenue sur scène, c’est ce que j’aime ! Plus tu écoutes ton propre instinct, plus tu seras intemporel, un peu en orbite quoi !
- J’ai vu qu’il y avait un Zénith à la Villette de prévu aussi pour le 21 novembre 2025 ?
Oui, dans moins d’un an. Cela nous laisse le temps de sortir de nouveaux morceaux, de faire monter la température. Chaque jour des gens me découvrent. Je reçois chaque jour de nouveaux DMs sur Instagram en mode “je viens de te découvrir, je suis en train de me faire tous les disques !”. C’est beau, c’est génial.
Découvre “Thérèse”, le dernier clip d’Irène Drésel :

