Nord Noir - (c) Gwen Mint
(c) Gwen Mint

Nord/noir en interview Dix-Moi depuis le Crossroads Festival  !

Entre rage, poésie et lumière, le duo Nord/noir incarne une énergie brute, sincère et fédératrice. C’est depuis le Crossroads Festival qu’aficia a fait connaissance avec Nord/Noir. 

Né dans l’effervescence du Nord et forgé par la scène indépendante, Nord/noir bouscule les frontières entre électronique, cold wave et punk. Duo incandescent, ils transforment la rage en lumière et les colères en poésie. Entre machines, sueur et humanité brute, ils construisent une esthétique radicale mais fédératrice. Rencontre avec deux artistes qui revendiquent une révolte belle, sincère et partagée. Nous leur avons posé 10 questions. C’est notre format Dix-moi. 

L’interview de Nord/Noir : 

1- Comment est né Nord/noir ?

On s’est rencontrés il y a sept ou huit ans dans un lieu de musique électronique. Yann composait déjà de son côté, moi (Nico, ndlr) j’écrivais aussi, chacun dans notre coin. Le Covid a un peu bouleversé nos habitudes, et paradoxalement, c’est à ce moment-là qu’on a commencé à expérimenter davantage. On a créé quelques sons, des amis nous ont encouragés à les sortir, et voilà, c’était il y a environ trois ans et demi. Avant, on travaillait tous les deux. Moi, dans le secteur social, et Yann plutôt dans le culturel.

On a publié un premier titre (supprimé depuis), puis fait un premier concert. Et ce concert en a entraîné d’autres. On s’est laissé porter par l’énergie des invitations, tout en développant notre univers visuel, nos clips, nos sorties… C’est comme ça que le projet a pris forme et s’est affiné.

2- Vous avez la chance d’être accompagnés en tant qu’artiste par le dispositif Le Truc / Les 4 Écluses à Dunkerque. Pouvez-vous m’en parler ?

Oui, ça a été une vraie étape. Cet accompagnement nous a permis de poser une vision plus globale et plus professionnelle sur Nord/noir. On a pu tester plusieurs formats de concerts, se confronter à la scène, progresser… Puis sont arrivés les Inouïs du Printemps de Bourges. Là, on a croisé pas mal de pros et on s’est dit que oui, peut-être qu’on pouvait vraiment professionnaliser le projet.

Ce n’est pas forcément aller “plus loin” dans le sens d’une course au succès. C’est surtout pouvoir se consacrer entièrement à ce qu’on fait. Avoir du temps, de la liberté artistique, ne plus devoir composer avec nos boulots à côté. C’est ça, notre ambition.

“On fait une belle révolte, mais on la fait avec le sourire”

3- Vous jouiez au Crossroads Festival, un événement fort pour les artistes émergents. C’était une étape importante pour vous ?

Pour être honnêtes, non, ce n’était pas forcément dans notre viseur à l’origine. Mais on savait que le Crossroads est un festival d’émergence, et cette année, ça avait du sens d’y être. Ce n’est pas une logique de “plan de carrière”, mais plus une question de plaisir et de cohérence artistique.

4- Vous décrivez votre musique comme un mélange entre électro, cold gabber, punk et cold wave. C’est un sacré cocktail !

(Rires) Oui, un sacré bordel ! Aujourd’hui, on se définit surtout comme faisant de la Cold Gabber aux influences punk. Le côté punk vient de cette énergie brute, un peu sale, un peu urgente.
Et puis il y a des touches de cold wave pour les synthés, les rythmes, les ambiances, la voix… On tient à montrer qu’on ne se limite pas à une seule étiquette, même si on en a besoin pour exister.

On parle aussi d’une “terreur lumineuse venue du Nord”. C’est un jeune spectateur qui nous a décrit comme ça. Et ça nous a beaucoup parlé. C’est exactement ça : une rage pleine d’amour.  On exprime des colères, des frustrations, mais aussi de la beauté, de l’espoir. La lumière dans la tempête.

5- Quelles sont vos influences ?

Elles sont très larges. On ne se cantonne pas à l’électro : il y a de la chanson française, du rock, du punk… Arno a eu une grosse influence sur l’écriture, pour cette brutalité tendre qu’il avait dans ses textes. Les Bérurier Noir, aussi, pour l’attitude, l’énergie, la force du message. Et côté son, on aime autant Sexy Sushi de l’époque, ou les Casual Gabberz. En fait, on se nourrit de beaucoup de choses très différentes — et tant mieux.

6- Sur scène, qu’est-ce qu’on voit ?

Une énergie très physique, un exutoire partagé. On veut que les gens ressortent avec ce sentiment d’avoir vécu quelque chose de fort, de sincère, presque cathartique. C’est une communion entre nous et le public, un moment où on partage nos idéaux, nos révoltes, nos espoirs.

7- Ces grandes têtes qu’on voit sur scène, c’est devenu votre signature. Elles viennent d’où ?

À la base, elles ont été créées pour un clip, quand on a enfin eu un peu de moyens pour produire quelque chose de plus ambitieux. Mais le résultat nous a tellement plu qu’on les a gardées pour la scène. Elles participent à notre identité visuelle sans masquer totalement nos visages — on ne joue pas tout le concert avec, mais elles font partie du rituel, de l’univers Nord/noir.

8- Le territoire du Nord, et particulièrement Calais, semble très présent dans votre démarche.

Oui, c’est évident. Nos textes et nos colères viennent aussi de là. Le Nord est socialement marqué, historiquement ouvrier, puis frappé par la désindustrialisation. Et Calais, c’est une ville encerclée par 70 km de barbelés… Si tu es artiste à Calais, tu ne peux pas être indifférent à ça. Ce contexte nourrit forcément notre art.

9- Être artiste émergent aujourd’hui, c’est un vrai défi économique ?

Oui, clairement. C’est drôle, parce que c’est la troisième fois qu’on nous pose cette question récemment — signe que tout le monde s’en rend compte. On a quitté nos jobs pour vivre de la musique, et aujourd’hui on est intermittents. Nos revenus ont baissé, mais on s’enrichit humainement. On vit “à peu près” de la musique, on complète avec quelques heures ailleurs. On est en transition, mais c’est déjà une victoire.

10- Pour conclure, quel message voulez-vous transmettre à travers votre musique ?

Qu’on peut faire une belle révolte. Une révolte lumineuse, collective, vivante. On la fait avec le sourire, avec force, et surtout, ensemble.

Nord/noir est actuellement en tournée et prépare de nouveaux titres à paraître en 2026.