À l’occasion de la sortie de son premier projet solo ‘Piano’, Yaacov Salah nous évoque son processus de création dans une interview flash.
Habitué à faire briller les autres dans l’ombre, Yaacov Salah troque aujourd’hui ses habits de producteur pop à succès pour se révéler d’une manière inédite. Avec la sortie de son premier EP solo, sobrement baptisé Piano, l’artiste derrière les plus grands tubes de la scène actuelle s’offre une parenthèse suspendue, brute et profondément intime. Né d’un besoin viscéral de transmission et guidé par le bouleversement de la paternité, ce projet instrumental laisse de côté les arrangements pour faire parler l’essentiel : les touches noires et blanches. À l’occasion de cette sortie majeure, Yaacov Salah s’est confié à aficia sur ce retour aux sources, ses doutes en studio, sa sensibilité cinématographique et ce nouveau voyage en solitaire.
Yaacov Salah en interview Flash :
1/ On vous connaît comme l’artisan de l’ombre derrière dix tubes de la scène pop, le dernier en date étant celui d’Ambre avec « Je me demande ». Qu’est-ce qui vous a donné le déclic de vous lancer sur votre propre projet ?
Je pense que le déclic est venu sans que j’y aie vraiment réfléchi de façon consciente. C’est la paternité qui a tout déclenché, le fait de devenir père. Je me suis posé la question de savoir ce qui allait rester de mon art et de ma musique pour mes enfants, et de manière plus globale. Quand on est artiste, c’est une question intéressante. Cela m’a poussé à me demander qui j’étais profondément, musicalement et artistiquement, et ce que j’avais envie de donner.
J’adore écrire avec et pour les autres, c’est quelque chose qui m’épanouit énormément dans ma vie pro comme perso et je veux continuer à le faire toute ma vie. Mais c’était hyper intéressant d’aller chercher au fond de moi qui j’étais à ce moment précis de mon existence, dans cette perspective d’être parent. Le piano est mon instrument de prédilection, celui avec lequel je me sens le plus à l’aise, en connexion directe et profonde. C’était comme une évidence de me retrouver derrière lui pour raconter mon histoire, ma vie, un peu comme une transcription de ce que je veux laisser à mes enfants. Sans les mots, simplement avec les mélodies, pour que ça se passe de génération en génération.
2/ Votre premier EP s’appelle tout simplement Piano, il est sorti le 19 juin. Après avoir composé des arrangements pop très riches et variés qui ont connu de gros succès en radio, est-ce que revenir à quelque chose de plus brut et essentiel comme le piano solo était une envie de vous mettre à nu, ou un vrai défi ?
Pour moi, l’idée de partir sur un projet sans arrangements, sans tout ce que j’ai pu faire ces dernières années, c’était bien sûr un défi, mais aussi une évidence. C’était la recherche de la justesse absolue dans ce qu’il y a de plus simple en apparence : juste un piano et quelques notes, sans rien pour embellir. C’est la réflexion la plus pure, celle qui questionne le plus. C’est là que je suis le plus vrai, mais aussi le plus fragile. C’était important pour moi de montrer cette fragilité qui existe au fond de moi, je trouve cela essentiel pour un artiste. C’était donc un vrai défi, et en même temps un besoin viscéral de me reconnecter à l’essentiel.
3/ Comment est-ce qu’on construit une histoire et qu’on touche le cœur des gens quand on n’a que des touches blanches et noires pour s’exprimer ?
En réalité, je m’exprime avec toute mon âme. Les touches ne sont que le prolongement de mes doigts, mais ce sont toutes mes réflexions et toute mon histoire qui se racontent à travers elles. Loin d’être réducteur, ce format m’offre un champ des possibles beaucoup plus grand, une vraie liberté. Ces touches, je les connais plutôt bien, on se comprend. Elles me rassurent parce que c’est une communication que j’ai l’habitude d’avoir. Je pense même que ces touches me comprennent parfois beaucoup mieux que les mots ou que certaines explications que je pourrais donner sur mon existence.
4/ Justement, dans le processus de création, comment avez-vous appréhendé cette approche par rapport à vos productions pop habituelles ? Le travail se fait-il de la même manière ?
C’est très différent et beaucoup plus vertigineux parce qu’on se retrouve seul. La grande donnée qui a changé pour cet EP, c’est que je me suis isolé. Je suis parti quelques jours en Belgique, puis dans mon studio à Paris (que j’ai avec mon frère Meïr), seul face à moi-même et face à ces touches. J’ai juste essayé de me laisser emporter par les émotions primaires qui me traversaient. Au début, en partant à Bruxelles, j’avais pas mal d’appréhension, je n’étais pas sûr de revenir avec assez de mélodies et de matière pour en faire un disque. C’était un voyage test. Finalement, j’ai adoré ce moment, qui reste gravé sur cet EP.
5/ En écoutant des morceaux comme « Faultline » ou « Rift », on ressent tout de suite une atmosphère très visuelle, presque cinématographique. Est-ce que le cinéma est une source d’inspiration et un univers que vous aimeriez explorer plus tard ?
Totalement, c’est quelque chose qui m’attire depuis tout petit. À la base, je voulais même être réalisateur de cinéma, même si je faisais de la musique à côté. Quand j’imagine ces mélodies, j’ai des images qui me viennent en tête, cela fait partie intégrante de mon processus de création au piano. De façon plus large, je travaille toujours très étroitement avec mon frère Meïr, qui est réalisateur vidéo et aussi compositeur avec moi. On a déjà écrit de la musique pour des pubs ou des films, et c’est vraiment quelque chose qu’on a envie de développer ensemble dans les prochaines années.
Mettre la musique au service des images est une expérience très enrichissante. C’est un exercice très différent de la composition pour un artiste pop. On a une grande liberté sur certains aspects, mais on fait aussi face à des contraintes inédites. C’est un équilibre hyper agréable à trouver quand on aime la musique au sens pur.
Question Bonus : Pour finir, si vous deviez choisir une seule facette pour le reste de votre vie : vibrer en studio en composant le prochain tube d’un autre artiste, ou être seul face à votre public sur scène pour défendre vos propres compositions au piano ?
C’est le genre de choix super difficile pour moi. Si je devais vraiment choisir, l’idéal serait de faire un mix des deux : composer un tube pour un artiste en studio, et assurer sa première partie sur scène tout seul avec mon projet piano. C’est un peu ce que je fais déjà. On ne prend pas de risque et on se fait plaisir.
Au-delà de ça, ce sont deux facettes très différentes mais intimement convaincues qu’elles s’alimentent l’une l’autre. Plus je me fais plaisir sur mon projet solo au piano, plus je développe ma liberté, et plus j’ai du plaisir ensuite à retrouver un artiste en session pour épouser ses envies et ses inspirations. Les deux pratiques sont complémentaires.
Découvrez le projet de Yaacov Salah – ‘Piano’ :
Cet article est signé Valentin Malfroy, rédacteur en chef d’aficia, journaliste et attaché de presse. Si cette qualité éditoriale est celle que vous aimeriez obtenir pour parler de votre projet dans les médias, contactez-moi pour construire une stratégie de relations presse adaptée à vos objectifs.

