5 ans après notre première rencontre, nous avons retrouvé Louisadonna pour parler de son tout premier album, Parasite – qui bénéficie aujourd’hui d’une édition deluxe agrémentée de quatre nouvelles chansons plus militantes que jamais !
La jeune artiste parisienne, connue pour ses textes engagés et ses visuels décalés, est revenue pour aficia sur la conception de projet, en parallèle de son travail en tant que psychologue spécialisée dans l’aide des femmes victimes de violences. Dans une France plus divisée que jamais, la musique de Louisadonna donne un véritable coup de pied dans la fourmilière et tente d’éveiller les consciences sur des thématiques telles que la misogynie ou encore le capitalisme. Et après avoir dénoncé les parasites extérieurs – puissants, politiques, masculinités toxiques – et ceux qui nous habitent, cette édition deluxe de Parasite voit son interprète nous plonger dans son intime, pour aborder sa peur de vieillir, ses traumatismes post-ruptures ou encore sa difficulté à s’engager… Tout un programme !

Rencontre avec Louisadonna :
Hello Louisadonna ! Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter à nos lecteurs ?
Alors, je m’appelle Louisadonna, je suis artiste, autrice, compositrice, interprète et aussi psychologue clinicienne. J’ai atterri dans la musique parce que je viens d’une famille de musiciens, d’ailleurs j’ai commencé la musique très tôt. J’ai commencé par le violon, puis j’ai très vite commencé à écrire, alors que j’étais petite. Au lycée, j’ai étudié la musique, j’ai intégré un conservatoire tout ça, et après le bac je me suis orientée vers des études de psycho… Et me voilà, maintenant !
Musicalement, je fais de la pop. Ça se veut être de la pop mainstream parce que j’adore écrire des toplines qui marquent, qui restent en tête. Et après, au niveau des sonorités, je suis très influencée par Charli xcx, SOPHIE, A.G. Cook… Beaucoup d’hyperpop, quoi. Et puis sinon, au niveau du texte, j’aime bien être très incisive. J’ai un amour pour les punchlines très crues, parce que j’ai grandi avec plein de frères qui, eux, avaient le droit d’être grossiers… Et moi, non ! Ça m’a saoulée. Aujourd’hui, je me réapproprie le droit de dire des gros mots. Et vu que j’aime bien envoyer des punchlines et des trucs un peu sales, j’utilise beaucoup d’humour pour faire passer des messages de façon un peu plus simple.
Tu l’as dit juste avant, tu es psychologue en parallèle de la musique. Quelle est la place de la psychologie dans ta vie ? Est-ce que c’est une passion qui a toujours cohabité avec celle de la musique ?
Ouais, complètement. Les deux me passionnent tout autant. Tu vois, je bosse au sein d’une structure qui accompagne des jeunes femmes victimes de violences, entre 15 et 25 ans. C’est hyper enrichissant de bosser avec un public comme ça, parce que c’est des jeunes femmes qui sont très précarisées, qu’on voit pas dans les autres structures…
La psychologie, ça m’a toujours passionné. J’ai grandi avec un papa kiné, qui était également musicien, et qui m’a toujours répété que je devais avoir un “vrai travail”. Et je crois que j’ai un peu suivi ce qu’il m’avait dit, mais en même temps j’étais passionnée, donc ce n’était pas vraiment une corvée. Surtout que, financièrement, ça a été nécessaire pendant longtemps. Là, je pense que je pourrais m’en passer, mais j’ai essayé d’arrêter et je n’y arrive pas. Ça m’intéresse trop, j’aime trop suivre les patientes. J’ai tout sauf envie d’arrêter quoi, et même si je pourrais me permettre de le faire, je reste car c’est trop intéressant, ça me nourrit intellectuellement et je pense que ça nourrit aussi mon écriture de voir des injustices et des violences toute la journée. C’est intéressant.
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En parlant d’injustices, tu a récemment sorti l’édition deluxe de ton premier album : Parasite. Tu décris ce projet comme “une radiographie de notre époque”. Qu’est-ce que tu voulais dire par cette déclaration ?
Le concept de ce projet, c’est de dénoncer les parasites, qui peuvent être aussi bien les ultra-riches, les politiques qui sont les petits chiens des ultra-riches, les mascu’, enfin tous les individus qui viennent créer de la violence en fait. Et en même temps, j’ai l’impression d’être moi-même parasitée par eux, et d’avoir à l’intérieur de moi une colère, qui ne serait pas si le monde était différent. Si j’avais pas eu à vivre dans un monde avec autant d’injustices et d’inégalités, je ne vivrais pas avec ce petit parasite intérieur, sauf que je suis un peu obligée de me le coltiner et d’en faire quelque chose.
C’est drôle car, j’ai justement relevé que dans “Monopoly”, tu dénonces la société capitaliste et invites, par la même occasion, à taxer les riches. Qu’est-ce que tu avais envie d’exprimer avec ce titre ?
Tout le titre se base sur des métaphores sur les jeux de société parce que, à la base, le Monopoly a été inventé par une femme, afin de montrer les limites du capitalisme, et le fait qu’à partir du moment où des individus s’enrichissent, les autres s’auppauvriront de plus en plus. À la base, c’était ça l’objectif du Monopoly. Et en fait, involontairement, ce jeu participe presque à la légitimation d’un mode d’action qui est destructeur pour le vivant, qui est l’accaparement des richesses par une petite partie des individus. Du coup, j’avais envie de dénoncer comment les ultra-riches jouent avec la société comme si c’était un jeu, alors j’ai parsemé le titre de métaphores sur Docteur Maboul, la Batailles etc…
Est-ce que, habituellement, tu appréhendes de sortir des titres aussi engagés et dénonciateurs ?
Oui, bien sûr. Et c’est drôle car, de plus en plus je remarque que Meta est vraiment fan de mon contenu, ce qui fait que je suis de plus en plus poussée en avant… ce qui est tout à fait faux. On voit bien qu’il y a un algorithme qui vient nous empêcher de dire ce qu’on veut sur des sujets comme la lutte contre le masculinisme, le féminisme, le pouvoir hégémonique des ultra-riches, le génocide Palestinien et cetera…
J’aime bien être très incisive dans mes textes. J’ai un amour pour les punchlines très crues, parce que j’ai grandi avec plein de frères qui, eux, avaient le droit d’être grossiers… Et moi, non ! Ça m’a saoulée, alors aujourd’hui je me réapproprie le droit de dire des gros mots
Avant ce projet en français, tu avais un projet en anglais. Et je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que, au niveau des textes, c’était beaucoup moins engagé qu’aujourd’hui. Quel a été le déclic qui t’a poussée à ne plus faire de compromis, et à prendre la parole pour ceux qui ne le peuvent pas ?
Oh my god, tu connais mon projet en anglais ? C’est très très vieux, ce truc. Et non, c’était pas du tout radical. En fait, déjà à l’époque, j’avais une petite flamme militante, mais aujourd’hui j’ai franchi un cap car, entre-temps, je suis devenue psychologue auprès de femmes victimes de violence, j’ai commencé à militer au sein de collectifs et associations… Et ça s’est fait tout seul en fait, plus je suis devenue militante dans la vie, plus mon écriture l’est devenue aussi. Avant, j’écrivais surtout des chansons d’amour, ça parlait toujours de ça, essentiellement. Et peut-être que le fait de grandir, de se rendre compte qu’en fait en tant que femmes, on nous a beaucoup fait parler de choses romantiques, sans jamais trop nous autoriser à avoir des textes engagés, politiques, etc… ça m’a poussé à sortir de ma zone de confort. Enfin, à l’époque c’était comme ça. Maintenant, ça l’est beaucoup moins, c’est cool. Mais euh, mais peut-être que tu vois, il y a un peu une évolution de tout ça en même temps quoi.
Il y a tout de même deux chansons d’amour, sur l’album. C’est vrai que, des fois, je reviens aux bases de comment j’ai commencé à écrire. Enfin, je pense qu’on a besoin d’amour et d’entraide, de joie aussi, pour militer. Donc c’est pas incompatible, mais c’est un peu différent de ne plus ressentir la nécessité d’y consacrer tout un projet.
Est-ce que, parfois, tu te dis que ce serait plus simple de porter ce projet si ta musique n’était pas autant politisée ?
Je sais pas. Peut-être et peut-être pas, parce qu’il y a de plus en plus d’artistes qui parlent de choses très engagées. Tu vois Suzane, Yoa, Solann… Enfin, il y a quand même de plus en plus d’artistes féminines qui écrivent des chansons ouvertement engagées.
Après, peut-être que ça serait plus simple quand même. Je sais pas. Mais c’est OK. Je fais mon petit chemin.
Est-ce que, justement, tu as un coup de cœur dans la nouvelle génération d’artistes féminines francophones ?
Carrément, bah déjà Yoa, Solann, Miki… En France. Mais j’écoute pas énormément d’artistes français.
Je suis beaucoup plus branchée tout ce qui est artistes pop internationales, et qui ont aussi des textes engagés, genre Charli xcx, Chappell Roan, Lorde… J’écoute beaucoup de MARINA, aussi…. J’écoute beaucoup de pop engagée, mais plus Anglo-Saxonne, car ils ont quand même une vraie longueur d’avance sur nous. Chez eux, les meufs peuvent chanter des trucs politiques et connaître le succès, ce n’est pas incompatible.
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La cause des femmes est omniprésente dans tes chansons, et une des chansons qui m’a le plus marqué est incontestablement “Babe”. Est-ce que tu peux nous raconter l’histoire de ce titre bouleversant ?
Quand j’avais dix ans, une personne de mon entourage très proche s’est suicidée. Et j’ai compris, des années plus tard, que cette femme s’était suicidée après avoir été victime des violences quand elle était plus jeune, puis elle avait passé sa vie en hôpital psy’, avec des mauvais diagnostics, et cetera… Une fois adulte, je suis devenue psy très certainement à cause de son histoire, mais aussi grâce à d’autres personnes de mon entourage qui venaient me raconter les violences qu’elles avaient subies. Alors je me suis lancée dans des études de psycho’, je suis devenue psychologue et suis partie travailler dans l’hôpital où Babe avait été hospitalisée.
En fait, cette chanson s’est écrite un peu tous les jours, dans ma tête, en allant à l’hôpital quoi, parce qu’elle occupait mes pensées, je l’imaginais beaucoup. J’avais dix ans lors de son décès, j’avais à peine quelques souvenirs d’elle, mais je l’imaginais dans l’enceinte de l’hôpital avec moi lorsque je travaillais là où j’aurais voulu qu’elle soit prise en charge pour son trauma. En honneur de celle qui a été diagnostiquée bipolaire et plein d’autres diagnostics différents qui n’ont fait que changer au fur et à mesure des années, je suis allée travailler dans cet hôpital en tant que psychologue pour les victimes. Et donc, enfin, j’étais dans un cadre de prise en charge qui faisait que, les femmes allaient être entendues avec leurs traumatismes, et pas dans un cadre psychiatrique où on allait psychiatriser des choses qui n’avaient pas à l’être. Et cette chanson raconte ça, comment la médecine et la psychiatrie sont des institutions qui sont, parfois, très désinformées sur les sujets des violences et des traumas que ça peut créer, et ça donne de la mauvaise prise en charge, quoi. Je pense que si elle avait été prise en charge comme elle aurait dû l’être, elle ne se serait peut-être pas suicidée, quoi.
D’ailleurs, mon label s’appelle Babe et les monstres, en hommage à elle. J’ai un tatouage de Babe sur mon poignet, aussi. Tout ça pour dire que je pense que cette histoire m’a largement constituée, et qu’elle fait partie de moi. J’ai envie de lui rendre hommage, et de la remettre à la place où elle aurait dû être, quoi.
Un autre moment fort de ce projet, pour moi, c’est “Folle à lier”, sur lequel tu te demandes “Est-ce que c’est moi qui vais mal ?”. On dirait que c’est un peu comme la suite de “Babe”, n’est-ce pas ?
Exactement ! C’est la même thématique, mais rendue plus générale. Les femmes sont rendues folles par une société qui est patriarcale, qui leur fait subir des violences, pour par la suite ne pas les prendre en charge correctement… Ce qui les rend d’autant plus folles, ce qui est logique ! Si tu tombes et que tu te fais mal, si tu as une entorse au pied et qu’on te soigne pas du tout au bon endroit et pas du tout avec les bons traitements, évidemment que tu ne vas pas guérir. C’est pareil pour les traumas. Si on prend pas en charge le trauma comme tel, et qu’on traite autre chose qui n’a pas raison d’être, tu vas aller de plus en plus mal.
Il y a donc 4 nouvelles chansons sur ce projet, dont “Chenille” – un featuring avec Thérèse. Comment est née cette collaboration ?
En fait, Thérèse, c’est une amie. On avait déjà fait un titre sur un album à elle. Quand on connaît l’histoire de Thérèse, quand on sait qu’elle a failli mourir, qu’elle a vécu une greffe du rein, enfin il est évident qu’elle a un rapport au concept de vieillir qui est très différent du mien, qui n’ai jamais été malade. Je sais que, moi, j’ai 32 ans, j’ai des parents vieillissants, j’ai plus de grands-parents, et surtout je suis la toute petite dernière de ma famille. Tous les membres de ma famille sont beaucoup plus âgés que moi, et donc je perçois le vieillissement comme un danger de perdre mes proches. Ce qui fait que j’ai peur de ce rapport à la vieillesse, au corps qui décrépit, alors que pour Thérèse, c’est une chance, un cadeau. Elle adore le fait d’avoir des cheveux blancs et toutes les marques de vieillesse, ce qui fait sens car elle a échappé à la mort. Elle trouve ça beau et bien, de vieillir. On a eu mille discussions, et on a décidé d’en faire une chanson pour, peut-être, montrer ces deux extrêmes paradoxaux et surtout adoucir mon rapport à la vieillesse.
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Et l’album se clôt sur “Cette Ville”…
Quand je suis arrivée sur Paris, j’étais en couple avec une personne malade psychiquement, qui est devenue bipolaire et que j’ai vu vraiment disparaître petit à petit. Et, quand je me baladais dans Paris, je voyais toujours cette personne un peu partout, quoi. Il y avait toujours un peu son fantôme qui était là, n’importe où que je mettais les pieds. Et j’ai un rapport avec Paris qui est plutôt désagréable, j’ai jamais trop su m’y adapter, moi qui viens de la campagne profonde. Et ouais, ce titre, je l’ai écrit il y a très très très longtemps, mais je sentais que j’avais besoin de le faire vivre et de lui donner une place à un moment donné parce qu’il me touchait d’une façon particulière. Il fallait que j’exorcise de traumatisme, de quand j’étais plus jeune.
Et avant qu’on se quitte, est-ce que tu pourrais nous partager ton dernier coup de cœur musical ?
Attends, est-ce que je peux aller voir sur Spotify ?
[elle sort son téléphone]
Ah si, je sais ! Enfin, c’est un peu ridicule parce que c’est sorti il y a longtemps, mais c’est “Click Clack Symphony.” de RAYE. Il est trop bien, ce son, parce qu’il parle de la dépression, mais aussi de l’importance de la sororité. J’adore le fait qu’on entende les petits bruits de talons, de ses copines, qui arrivent pour la sortir de chez elle dans ce genre de situation où tu essaies d’oublier un mec.
Découvrez le premier album de Louisadonna, Parasite Deluxe :
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