À l’occasion de la sortie de son nouveau single “Le Code”, disponible le 24 juillet, Ajar revient sur son parcours et son univers musical. Découvrez son interview en dix questions.
À contre-courant des étiquettes, Ajar trace sa propre route avec un univers qu’il qualifie de « Jazz Méditerranée ». Entre jazz, bossa nova, chanson française et influences raï et chaâbi, l’artiste marseillais puise dans ses origines marocaines et son quotidien à Marseille pour façonner une identité musicale singulière. Après une première tournée remarquée, il poursuit aujourd’hui le développement de son univers à travers un EP évolutif, dont le premier titre “Mistral en hiver” est sorti en juin, avant l’arrivée du deuxième morceau “Le Code” le 24 juillet. Ajar revient sur son parcours, ses inspirations et ses projets dans une interview accordée à aficia.
L’interview Dix-Moi de Ajar :
1. Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore ?
Je m’appelle Ajar, je fais de la musique et j’habite à Marseille. Si je devais décrire ce que je fais, je dirais que j’essaie de proposer quelque chose de différent. C’est un hybride entre plein de genres : il y a du jazz, un peu de bossa nova, mais ce n’est pas non plus de la variété, parce qu’il y a ce côté brut qui vient du rap, le genre par lequel j’ai commencé. C’est vraiment à mi-chemin entre plein de choses. Mon objectif, c’est d’apporter ma propre pierre à l’édifice et de ne surtout pas émuler le style de quelqu’un d’autre.
2. Pourquoi avoir choisi le nom d’artiste Ajar ?
Ça vient de l’auteur Romain Gary, qui écrivait aussi sous le pseudonyme d’Émile Ajar. Quand j’ai commencé la musique, je faisais d’autres genres et je ne chantais pas. Il me fallait un pseudo, alors j’ai pris Émile Ajar. Puis, quand je suis passé au chant, j’ai simplement gardé Ajar parce qu’Émile, en vrai, c’était un peu la honte.
3. Comment définirais-tu ton univers musical et ce qui te distingue dans le paysage actuel ?
Je parle énormément de Marseille. J’ai fait le choix de ne faire aucun compromis là-dessus : quitte à vivre ici, autant me servir de ce qui m’entoure — les décors, la mer, les calanques — et raconter ma ville à travers mon propre regard. C’est déjà une proposition en soi.
Il y a deux ans, j’avais qualifié mon style de « Jazz Méditerranée », un terme que j’avais emprunté à Henri Salvador. Ça traduit bien ce que je veux évoquer dans l’inconscient collectif. Ce n’est pas du jazz pur au sens académique, mais il y a cette couleur-là : beaucoup de saxophones, des accords enrichis… Et tout ça est saupoudré de la sauce du Sud, avec notre franc-parler. Sans faire le poète, juste en restant moi-même, de manière directe et sans détour.
4. Dans tes morceaux, on ressent aussi parfois des nuances orientales ou méditerranéennes. D’où te viennent ces sonorités ?
Je suis né et j’ai grandi à Marseille, mais mes parents sont nés au Maroc avant d’immigrer en France. J’ai donc grandi bercé par cette culture-là, tout en étant un enfant né en France avec une culture du Sud. Pendant un moment, je ne m’autorisais pas trop à mettre ces touches orientales en avant, mais aujourd’hui je le fais davantage. Cependant, c’est toujours dosé avec parcimonie et mélangé au reste.
Je n’ai pas envie de faire de mon identité un genre musical ou de surfer sur ce qui est « trendy » en sortant douze singles identiques. Ce qui m’intéresse, c’est d’apporter mon propre prisme en mélangeant tout : le Sud, le jazz, les derboukas… Je brasse toutes mes inspirations sans m’enfermer dans une case.

5. Quand tu composes, qu’est-ce qui te guide en premier : raconter une histoire, transmettre une émotion ou poser une ambiance ?
Ça dépend, mais c’est surtout la proposition musicale qui me guide au départ. Je me creuse vraiment la tête pour que ce soit agréable et cool à écouter. Le texte vient ensuite. Soit j’ai envie d’aborder un sujet précis sur le moment, soit je fais un « son vibe ». Je suis totalement en paix avec le fait que le texte ne soit pas toujours l’élément central : il y a des morceaux faits pour raconter une histoire, et d’autres où tu veux juste viber, te balader et laisser tourner la musique. Je suis dans ces deux mondes-là.
6. Justement, tu as sorti le mois dernier le single “Mistral en hiver”. De quoi parle ce titre ?
Le but avec ce morceau, c’était de ramener un peu plus de légèreté dans ce que je raconte. Le thème, en gros, c’est : « Je vous laisse entre vous, vous qui m’avez trahi ou fait des sales coups. Vous aimez trop les problèmes, je vous laisse avec. » Mais c’est apporté en surface, car je voulais avant tout proposer quelque chose de fort musicalement.
Le morceau est parti de ces trois mots : « Mistral en hiver ». Quand j’écris, j’ai des listes de mots et de bouts de phrases. Je tire un fil et je brode autour pour raconter une histoire, sans forcément avoir un thème rigide au départ.
7. D’où vient cette image du “Mistral en hiver” ? Quelle est son histoire ?
C’est une métaphore assez personnelle ! Le mistral, c’est le vent emblématique de Marseille et, franchement… je le déteste ! Je préfère qu’il pleuve des cordes plutôt qu’il y ait de grosses rafales. Quand je travaillais dans la vente et que j’allais prendre le métro le matin, le vent me mettait de mauvaise humeur. J’avais envie de me battre avec ! (rires)
Dans la chanson, alors que je parle des gens qui m’ont fait du mal, le seul truc qui finit par m’apaiser, c’est justement ce que je déteste : le mistral en hiver, qui vient sécher mes larmes.
8. Un mot sur la cover de la chanson : comment l’as-tu créée ?
J’ai travaillé avec un ami de longue date, Cherif Khris, qui a repris toute ma direction artistique. Ma hantise, ce serait de faire un truc trop basé autour du Maghreb, parce que je ne me sentirais pas légitime. J’ai fait un moodboard avec d’anciennes pochettes de raï et des peintures. Puis, à partir de tout ça, je me suis réapproprié le truc en y ajoutant un peu du Sud de la France.
C’est comme ça qu’est né le petit sticker poisson, qui est un peu la nouvelle mascotte pour rappeler Marseille, ainsi que les ornements graphiques sur les côtés, qui évoquent subtilement le Maghreb. J’ai aussi tenu à m’entourer de personnes légitimes qui maîtrisent cette culture, comme Cherif pour le visuel, ou encore Ismatricule et Hamza pour les arrangements. L’idée, c’est d’incorporer ces éléments à ma manière, de rendre hommage à cette culture, sans jamais tomber dans la parodie.
9. Tu as bouclé au printemps dernier ta première tournée. Comment as-tu vécu cette expérience sur scène ?
C’était incroyable. Franchement, la meilleure expérience de toute ma carrière jusqu’ici ! On a fait sept dates entre février et mars, quasiment toutes complètes, avec un final à La Maroquinerie, à Paris. Même si c’est fatigant parce qu’on a tout enchaîné, c’est un métier de dingue : tu montes sur scène, les gens sont heureux d’être là et, pendant une ou deux heures, tu as l’impression que tous les problèmes du monde s’envolent. J’ai une équipe formidable, une super ambiance… Bref, un pur kiff !
Ça fait tellement longtemps que je fais de la musique que je n’ai brûlé aucune étape. J’ai un parcours où j’ai vraiment dû creuser mon chemin, pas à pas. La seule différence, cette fois, c’était que mon nom était en tête d’affiche et que je ne faisais plus les premières parties des autres.
10. Quels sont tes projets pour les mois à venir ? Que prépares-tu ?
En ce moment, on travaille sur ce qu’on appelle un EP évolutif. L’idée, c’est de ne pas balancer un projet d’un coup puis de disparaître, mais d’être présent en sortant des singles régulièrement. À chaque nouveau morceau, il vient s’ajouter au projet sur les plateformes.
Ce mois-ci, on sort le titre “Le Code”, un morceau que je jouais déjà sur scène pendant la tournée. À la base, c’était un bonus track présent sur le dernier vinyle que j’ai sorti, qui réunissait mes derniers singles ainsi que les titres de mon premier EP. On ne comptait pas le sortir, mais le public le réclamait tellement qu’on s’est dit : « Let’s go ! » C’est un morceau très « vibe », estival, avec des saxos et une touche afro-house, parfait pour se détendre au soleil.


