BAIE - (c) Ivan Durand
(c) Ivan Durand

Baie, Allô Fantôme et DVTR, 3 projets canadiens en interview !

Trois projets canadiens, trois sensibilités, une même envie de rencontres. aficia a rencontré Baie, Allô Fantôme et DVTR depuis le Bis de Nantes. Place à la rencontre !

Dans le cadre du BIS de Nantes, vitrine incontournable pour les musiques émergentes, aficia a rencontré trois projets canadiens programmés lors d’une soirée très spéciale, présentée par monsieur Pierre Lapointe : Baie, Allô Fantôme et DVTR. Trois propositions artistiques différentes, mais un même contexte : celui d’artistes émergents ou en développement, venus se confronter pour la première fois — ou presque — au public et aux professionnels français. Entre excitation, lucidité et humour, ils livrent depuis le Bis de Nantes leur regard sur la scène française, leur parcours au Québec et les enjeux concrets de l’export.

L’interview des 3 projets :

Nous sommes au Bis de Nantes. Pouvez-vous vous présenter et nous raconter la naissance de votre projet ?

Baie : Baie est né d’une transformation. À l’origine, le projet portait un autre nom et une autre vision, plus orientée Irish punk. Puis le groupe a évolué, des membres sont arrivés, une nouvelle direction artistique s’est imposée naturellement. Aujourd’hui, Baie est un projet collectif, avec une vraie identité, qui continue de se construire et de grandir, notamment avec un deuxième album en préparation.

Allô Fantôme : Allô Fantôme, c’est un projet solo que j’ai lancé à Montréal en 2021. Je fais une musique pop psychédélique, avec des influences très marquées années 60-70, parfois un peu prog. C’est un projet encore jeune, mais qui me permet d’explorer librement mes envies musicales.

DVTR : On est DVTR, un groupe de Montréal, et on fait ce qu’on appelle de la “musique rapide”. Ce n’est pas vraiment du punk classique, ni de l’électroclash pur, c’est un mélange de plein de choses. On avait déjà d’autres groupes avant, donc on n’a pas commencé de zéro, mais DVTR existe depuis environ trois ans.

À quel stade de votre carrière vous situez-vous aujourd’hui au Québec ?

Baie : On se considère encore comme un groupe émergent, mais ça se passe très bien au Québec. Même quand on joue pour la première fois dans un endroit, il y a souvent des gens qui connaissent déjà les paroles. On sent que le projet progresse et qu’il y a de plus en plus d’opportunités.

Allô Fantôme : Je suis encore dans l’émergence, clairement. Peut-être un tout petit peu plus avancé qu’avant, mais sortir de cette catégorie, c’est vraiment difficile. Je suis encore en plein développement.

DVTR : On dirait qu’on est à un stade intermédiaire. On n’est pas des débutants, parce qu’on avait déjà des contacts et une expérience dans la scène musicale. On fait des tournées, des showcases importants, on a signé rapidement avec un booker français. Mais on reste dans une phase de construction.

Est-ce votre première fois en France, et comment appréhendez-vous cette venue ?

Baie : C’est la première fois en France pour Baie en tant que groupe, même si certains d’entre nous sont déjà venus avec d’autres projets. C’est surtout une excitation et un challenge. Pas vraiment de peur, plutôt l’envie de rencontrer un nouveau public et de partager notre musique.

Allô Fantôme : Oui, c’est ma première fois en France. Je suis très excité, j’ai vraiment hâte de rencontrer le public français. Je vois ça comme un challenge excitant, avec l’envie de tout donner sur scène.

DVTR : On est déjà venus jouer plusieurs fois en France, mais le contexte du BIS est particulier : un public souvent assis, beaucoup de professionnels. C’est assez différent de nos concerts habituels, mais ça reste stimulant. De toute façon, c’est vingt minutes, donc on y va à fond.

Adaptez-vous votre show ou votre discours au public français ?

Baie : On ne change pas notre façon de jouer, mais on adapte un peu le discours entre les morceaux, surtout parce qu’on a un temps de set assez court. On va à l’essentiel.

Allô Fantôme : Non, je fais la même chose que d’habitude. Peut-être que j’essaie de parler un peu plus clairement, mais musicalement, je ne fais aucun compromis.

DVTR : Pas du tout. On fait notre truc, peu importe la réaction du public. On ne s’adapte pas à l’énergie de la salle, on joue avec la nôtre.

Quel regard portez-vous sur la scène musicale française depuis le Canada ?

Baie : C’est difficile d’avoir une vision très précise. Même en cherchant, on tombe souvent sur des artistes déjà bien installés. Mais on a l’impression que, peu importe le pays, les artistes émergents partagent les mêmes réalités et les mêmes envies.

Allô Fantôme : Je connais surtout les gros noms. La scène émergente française, je la connais très peu. Peut-être que la musique circule moins entre nos deux territoires, ou que c’est simplement plus difficile d’y avoir accès.

DVTR : On remarque beaucoup d’électro et de projets en duo ou en trio en France. Il y a aussi une grosse importance accordée à la mise en scène. Au Québec, l’approche est parfois plus brute, plus organique, avec une attente forte autour du groupe “classique” avec batterie, basse, guitare.

Quelles sont les principales difficultés pour un artiste indépendant au Canada ?

Baie : La gestion, clairement. Le booking, la logistique, l’organisation… On passe beaucoup plus de temps à gérer qu’à faire de la musique. Avoir une équipe autour de soi est essentiel.

Allô Fantôme : Sortir de la bulle émergente. Il y a une vraie séparation entre les artistes très visibles et les autres. Aujourd’hui, tout passe beaucoup par Internet, les réseaux sociaux, et quand on n’est pas très suivi, c’est compliqué d’accéder à certaines opportunités.

DVTR : Le bassin de population est très réduit, surtout pour des styles musicaux nichés. Au Québec, on est sept millions, donc s’exporter devient presque une nécessité si on veut continuer à se développer.

Les aides et subventions jouent-elles un rôle important dans votre parcours

Baie : Oui, clairement. Sans ces aides, on ne serait pas en France aujourd’hui. Il existe plusieurs dispositifs au Canada et au Nouveau-Brunswick qui soutiennent beaucoup les artistes.

Allô Fantôme : Oui, énormément. Les subventions permettent de jouer, de tourner, mais aussi de faire des albums. Sans ça, beaucoup de projets n’existeraient tout simplement pas.

DVTR : Le Canada aide beaucoup à l’export. Les partenariats France-Québec sont essentiels. Sans ces dispositifs, on ne pourrait pas faire autant de tournées internationales.

Qu’attendez-vous concrètement d’un événement comme le BIS de Nantes ?

Baie : Un peu tout : des rencontres, de la visibilité, de nouvelles opportunités. On ne sait jamais ce que ça peut donner, mais c’est presque toujours positif.

Allô Fantôme : De l’expérience, de la visibilité et des contacts. J’espère que ça ouvrira la porte à d’autres dates en France.

DVTR : Des retombées concrètes, notamment pour intégrer davantage le circuit des festivals français. Et puis aussi du plaisir : les festivals restent l’un des meilleurs moyens de faire découvrir un projet.

A l’année prochaine le Bis de Nantes !