Dix ans de carrière, un virage vers le français, la scène, les échecs, les réseaux sociaux et l’industrie musicale : Blowsom se confie sans filtre dans cette longue interview accordée à aficia.
En l’espace d’un an, tout semble s’être accéléré pour Blowsom. Après presque dix ans passés à construire son projet dans l’ombre, l’artiste récolte enfin les fruits d’un travail de longue haleine. Le passage de l’anglais au français, une première tournée, une Cigale complète… de nouveaux morceaux et une visibilité grandissante ont marqué un tournant décisif.
À l’occasion de son passage au Festival ‘Les Nuits d’Istres’ (13), où il assurait la première partie de Suzane, nous avons pris le temps de nous asseoir avec lui pour une conversation à cœur ouvert. Derrière les chansons mélancoliques se cache un artiste passionné, lucide sur son métier, qui refuse pourtant de céder au cynisme. De ses années de doute à son regard sur l’industrie musicale, Blowsom revient sans détour sur son parcours, ses erreurs. Mais aussi sur ses ambitions et sa vision d’un métier où la persévérance reste sans doute la plus grande des qualités. C’est une belle interview sans filtre qu’il nous livre.
Blowsom en interview sans filtre :
Si je rencontre la personne derrière Blowsom dans la vraie vie, qu’est-ce que je découvre que l’on ne voit jamais sur Instagram ou dans tes interviews ?
Ça commence bien ! (Rires) On me dit souvent que je ne montre pas assez un côté très ancré en moi sous mon pseudonyme ou sur les réseaux. Je dis énormément de conneries, je suis très sarcastique et j’ai un humour noir un peu particulier. Mes proches me répètent souvent : “Tu devrais l’utiliser, c’est marrant, ça dévoile une autre facette de toi”. C’est vrai que c’est une partie de ma personnalité que le public connaît peu. Comme je chante beaucoup de morceaux d’amour plutôt mélancoliques ou tristes, je pensais que la combinaison des deux univers serait un peu bizarre. Dans la vraie vie, j’ai l’air beaucoup plus heureux et détendu qu’à travers mes chansons. On pourrait facilement s’imaginer que je suis un gars dépressif ou sombre, alors que pas du tout. C’est toute la nuance.
Le projet Blowsom a fêté ses dix ans récemment. Tu es quelqu’un qui charbonne énormément, tu es dans l’industrie depuis un moment, et pourtant le projet n’a pas encore totalement explosé auprès du grand public. Comment vis-tu cela intérieurement ? Ressens-tu de la frustration ?
C’est une gamberge commune à énormément d’artistes. Il y a tellement de trajectoires différentes… Tu vois des artistes arriver en quelques mois et franchir des caps que d’autres mettent des années à atteindre. De mon côté, j’ai commencé par chanter en anglais. J’avais un projet qui était difficilement identifiable en France. Pour plein de raisons structurelles, c’est le genre de proposition qui est très dure à vendre ici, notamment à cause des quotas radio. C’est difficile d’obtenir le soutien des grands médias.
Mais franchement, je ne regrette aucune étape de mon parcours. J’ai fait des choix. Par exemple, il y a un an et demi, j’ai décidé de passer au français. Force est de constater que ça a tout changé. En un an, il s’est passé presque plus de choses que durant les neuf années précédentes. C’est assez dingue.
On ne t’a pas poussé à faire table rase du passé au moment de ce virage ?
Si, on m’a beaucoup demandé s’il fallait effacer les anciens morceaux pour repartir de zéro. J’ai toujours refusé. Je voulais absolument garder cette trace et assumer pleinement le fait d’avoir fait plein de choses avant qui ont moins fonctionné. Je n’ai pas fait que des flops pendant dix ans non plus ! Mais c’est vrai que depuis un an et demi et ce passage au français, j’ai tout de suite senti que j’élargissais mon public. Je touche de nouvelles personnes, un public plus jeune et plus féminin aussi. Avant, ma communauté était principalement composée de mecs un peu geeks, de producteurs, de gens qui font eux-mêmes de la musique. Aujourd’hui, il y a quelque chose de beaucoup plus universel dans la réception, alors que je n’ai pas l’impression d’avoir profondément changé ma manière de composer.
Je suis assez fier d’avoir su encaisser les coups. Faire ce métier, c’est avant tout un défi de résilience : quelle est ta capacité à encaisser un échec, puis un autre, puis un autre, parfois quinze ou vingt d’affilée, sans perdre le cap, sans tomber en dépression et sans t’arrêter ? J’ai eu la force de toujours me relever et de croire en ce que je faisais. Parfois, ça paye enfin un peu, et c’est la plus belle des récompenses. Pour rien au monde je ne changerais ce parcours, même s’il est composé en grande majorité de moments très durs. Récemment, je souffre un peu moins, les choses vont dans le bon sens, alors je regarde le passé avec beaucoup de joie et de fierté.
Découvrez l’un des derniers clips de Blowsom :
Ce récent passage de l’anglais au français a-t-il découlé d’une grosse crise identitaire ou d’une remise en question artistique profonde ?
Je ne sais pas si c’était une si grosse remise en question. On m’avait souvent interrogé là-dessus par le passé : “Pourquoi tu ne chantes pas en français ? Regarde un tel ou une telle, si tu veux passer à la radio c’est indispensable, les gens ne comprennent pas l’anglais en France” – ce qui est malheureusement assez vrai. Mais à l’époque, mon cœur n’y était pas. Tout ce qui me fascinait dans la musique, de l’écriture à la production en passant par le chant, venait d’artistes anglo-saxons ou américains. Je n’avais pas envie de faire cette concession uniquement pour faire plaisir à des acteurs de l’industrie. Le déclic s’est fait très naturellement, de manière fluide. Je ne pensais pas que cela ferait autant évoluer le projet, même s’il faut rester mesuré, nous sommes encore en plein développement. Mais j’ai le sentiment de trouver un peu plus ma place ces derniers temps.
Avec le recul, quelle a été la plus grosse erreur de ta carrière ? Est-ce la signature d’un mauvais contrat, une mauvaise alliance ?
C’est une excellente question… Je ne sais pas si c’est une erreur à proprement parler, mais c’est un piège par lequel tous les artistes passent : celui de trop se regarder. Je veux dire par là qu’on a parfois tendance à écouter sa propre musique en se mettant trop à la place de l’auditeur, avec la volonté de plaire aux autres avant de se plaire à soi-même. C’est sans doute la phrase la plus bateau du monde, mais elle est criante de vérité.
Plus on tend vers quelque chose de personnel, d’intime et d’authentique, plus ça fonctionne. Même si cela implique d’accepter d’être un peu “cringe” au début, car le chemin est long. Pour retourner ta question, je dirais que même mes erreurs ont été déterminantes. Je me dis souvent : “Putain, c’est une excellente chose que je me sois planté là, parce que ça m’a appris ça”. C’est indispensable de se planter.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui te prend le plus de temps au quotidien ? Créer ta musique ou la faire entendre et communiquer dessus ?
J’ai la chance d’être entouré par une super équipe et un label indépendant, ce qui me permet de déléguer de plus en plus de choses. Je sacralise énormément les moments de création, tout en essayant de ne pas me mettre une pression inutile : ça vient quand ça vient. Mais la réalité, c’est qu’aujourd’hui, un artiste a d’immenses responsabilités s’il veut assumer son projet. Communiquer, parler de soi, alimenter TikTok, travailler ses réseaux… ce sont des choses qui marchent infiniment mieux quand ça vient directement de l’artiste. J’essaie de bien répartir mon temps, mais en réalité, il y a presque plus d’ “à-côtés” que de musique pure au quotidien. Heureusement, ce n’est pas une corvée pour moi. J’y prends un certain plaisir car je sais à quel point c’est vital. Le tout est de trouver la bonne harmonie.
Y a-t-il des carrières ou des directions artistiques que tu envies chez d’autres ?
Le mot “envier” a un côté un peu malsain, mais j’admire beaucoup de monde, c’est ce qui me porte. En tant qu’artiste, il y a un gros travail psychologique à faire pour réussir à admirer les autres sans nourrir d’envie négative ou de haine. C’est crucial pour ne pas se laisser polluer. Récemment, j’étais au concert de Sam Sauvage à La Cigale. En le voyant s’exprimer sur scène, je l’ai trouvé brillant. Il a une classe, une aisance et une éloquence folles. Il arrive à transmettre des émotions très sincères de façon concise, ce qui n’est vraiment pas donné à tout le monde.
Côté écriture francophone, j’aime énormément la Belge Camille Yembé. Et si on regarde à l’international, je suis fasciné par des artistes comme Declan McKenna ou Sombr par exemple. C’est toute la pop-rock britannique et américaine que j’adore. Leurs succès leur permettent de voyager partout dans le monde, et ça, ça n’a pas de prix. Je n’en suis pas encore là, mais je suis déjà très heureux de ma place.
On va parler scène. Tu viens de clôturer une très belle année avec ta toute première tournée des petites salles et un sold out mémorable à La Cigale. Comment as-tu vécu cette première expérience de la route ?
C’était d’une intensité folle. Pour les premières dates à la fin de l’année dernière, nous n’avions pas encore de producteur de spectacles. On auto-produisait tout avec ma propre structure. C’était une charge de travail administratif monumentale. Mais la rencontre avec le public dans des villes où je n’avais jamais mis les pieds a tout effacé. Jouer à Lille ou à Bruxelles pour la première fois, retourner à Lyon… c’était magique. Les salles de 200 ou 300 places étaient complètes, le public était hyper réceptif. À Paris, c’est parti en 24 heures. Sur scène, on était deux; pour la suite à l’automne, on passe à une formule à trois avec un musicien supplémentaire.
Ce soir, tu assures la première partie de Suzane ici à Istres. Comment appréhendes-tu cet exercice si particulier ?
J’adore l’exercice de la première partie ! C’est un défi stimulant : il faut aller chercher les gens, rien n’est acquis. C’est une chance inouïe. Si je programmais un concert solo à Istres, je ne suis pas certain qu’il y aurait grand monde (rires). Là, je joue devant un public qui est là, disponible et potentiellement réceptif. Le but est de les convaincre et de les convertir en futurs auditeurs. C’est une vraie adrénaline. Je ne connais pas toute la discographie de Suzane, on s’est juste croisés tout à l’heure à la piscine, mais on m’a toujours dit que ses shows étaient extrêmement forts et qu’elle donnait tout sur scène. J’ai hâte de voir ça. C’est une super opportunité pop. Les autres soirs, c’était Kendji Girac, Gaëtan Roussel ou Marine ; le public de Suzane correspond sans doute beaucoup mieux à mon registre.
Quelle est ton actualité brûlante pour les semaines à venir ?
J’ai passé beaucoup de temps en studio ces derniers temps. Les quelques concerts d’été me laissaient le créneau idéal pour finaliser des morceaux. De nouvelles chansons vont arriver à la rentrée, accompagnées d’une grosse tournée d’une douzaine de dates de début octobre à fin novembre partout en France et à Bruxelles.
Et puis surtout, l’actu immédiate, c’est qu’un nouveau single sort ce soir à minuit ! Il s’appelle “Superficiel”, et je suis tellement heureux de le dévoiler. Demain, on file directement à Fréjus dans un studio magnifique avec vue sur la mer pour tourner une live session. Je suis entouré d’une équipe incroyable, j’ai de la nouvelle musique qui sort, une tournée qui se profile… C’est tout ce dont je rêvais.
“Superficiel”, le nouveau single de Blowsom :
Quelle est la vérité sur l’industrie musicale d’aujourd’hui que personne — ni les artistes, ni les professionnels — n’a vraiment envie d’entendre ?
C’est une vérité qui ne fait plaisir à personne, mais aujourd’hui, une part gigantesque de la responsabilité repose uniquement sur les épaules de l’artiste lui-même. Qu’on le déplore ou non, on peut désormais déclencher des choses énormes de manière totalement indépendante et solitaire. Les labels deviennent moins indispensables dans les prémices d’un projet. Même en étant signé aujourd’hui, je vois bien que mon label attend énormément de moi sur des aspects comme la com’ et les réseaux. Cela demande une autodiscipline de fer. Si tu veux réussir, tu dois t’impliquer à 200 %, on ne fera plus les choses à ta place.
C’est un discours un peu tabou parce qu’on aime fantasmer l’image de l’artiste qui ne fait que sa musique et délègue tout le reste. C’est vrai quand tu es une immense star avec des acquis massifs. Mais pour le reste du monde, même pour des artistes déjà bien installés, il faut sans cesse se renouveler, réactiver sa base de fans et reconstruire son image. C’est un jargon très commercial, j’en ai conscience, mais c’est la réalité : il faut être d’une vigilance et d’un investissement absolus.
Pour finir, dans dix ans, qu’aimerais-tu que l’on dise ou que l’on retienne de Blowsom ?
Déjà, j’aimerais qu’on connaisse encore le projet, tout simplement ! (Sourire) Et qu’on se dise : ‘Putain, les morceaux de Blowsom n’ont pas pris une ride, ils ont super bien vieilli‘. Sur un plan plus personnel, je me souhaite de garder intacte cette curiosité qui m’anime. Je veux rester en permanence dans la recherche, dans le plaisir de la découverte, comprendre ce qui captive les gens. Je veux m’imprégner des nouveautés pour continuer à faire la meilleure musique possible.
Cet article est signé Valentin Malfroy, rédacteur en chef d’aficia, journaliste et attaché de presse. Si cette qualité éditoriale est celle que vous aimeriez obtenir pour parler de votre projet dans les médias, contactez-moi pour construire une stratégie de relations presse adaptée à vos objectifs avec inventa.






