Marie Jay trace son chemin dans la nouvelle scène pop avec une sincérité désarmante. Rencontre en 10 questions avec une artiste en équilibre entre maîtrise et lâcher-prise. C’est notre format DIX MOI !
Vous l’apercevrez sans doute en train de mâcher un chewing- gum. Elle est la nouvelle reine de la pop suisse, mais désormais installée à Paris. Elle est la nouvelle signature du label Wagram / 3ème bureau (Pierre de Maere, Luiza, Zaoui…).
Bref, à peine descendue de scène des Inouïs du Printemps de Bourges où elle concourait, encore sonnée par l’intensité de la semaine, Marie Jay affiche déjà les contours d’une artiste singulière mais frontale. La jeune musicienne navigue entre esthétique brute, émotions à vif et recherche constante d’authenticité. Une pop qui fait quoi qu’il arrive du bien. Entre Lausanne et Paris, elle construit patiemment un projet à son image : imparfait, sensible et résolument vivant. Nous avons eu le plaisir de rencontrer Marie Jay le temps d’une interview en 10 questions. C’est le format DIX MOI !
Marie Jay, l’interview DIX MOI
- Tu sors tout juste de ta prestation aux Inouïs du Printemps de Bourges. Ton ressenti à chaud ?
Je suis KO. KO de ma semaine et du concert. Là, j’ai toute la redescente d’un coup, je suis assommée. Mais ça va aller, l’interview va bien se passer (Sourire). Je vais simplement que parler moins vite. D’habitude, je parle beaucoup trop vite, donc là c’est bien, l’enregistreur comprendra mieux (Rires).
- Comment s’est passée ta semaine de classe verte aux Inouïs ?
C’était trop bien, vraiment. Franchement, c’est trop bien. Je trouve que l’équipe des Inouïs a réussi à proposer un éventail de cours, de séances et de coachings vraiment complémentaires et intéressants. Ça nous a permis de rencontrer des pros très cools et bienveillants. On a par exemple eu des cours de structuration, des choses un peu plus formelles sur les contrats, l’administratif… c’est toujours intéressant de réviser. Et c’est avec des gens calés, donc ça fait plaisir.
On rencontre aussi des personnes qui bossent avec des artistes : labels, managers, gens du tour… Ça donne vraiment un panorama de la structuration d’une carrière et de l’industrie musicale. Et au-delà de ça, on a eu des ateliers thématiques : yoga — c’était incroyable —, santé mentale, écologie, VSS… Ça aborde des sujets dont on ne parle jamais assez. Ça fait du bien de les revoir et d’en discuter avec d’autres artistes qui vivent les mêmes choses.
- Quand tu dis “réviser”, tu avais déjà vu ça par le passé ?
Pas forcément dans ce cadre, mais on est tous confrontés à ces sujets. Moi, j’ai déjà lu des contrats par exemple, donc il y a des choses que je connaissais. L’écologie, on en parle tout le temps, mais là c’était vraiment bien traité. Ce sont des sujets qu’on ne voit jamais assez.
- Qu’est-ce que tu viens chercher aux Inouïs au juste ?
Je viens faire découvrir mon concert et mon projet à des gens qui pourraient l’apprécier. Et potentiellement à des programmateurs ou des salles qui pourraient avoir envie de m’accueillir, maintenant ou plus tard. C’est une vitrine. Je le vois vraiment comme ça. Et aussi comme une opportunité de faire de la musique avec d’autres artistes très forts.
- Comment tu tires ton épingle du jeu parmi tous ces artistes ?
Tirer mon épingle du jeu, ça ne dépend pas que de moi. Mais moi, je reste moi-même. Je me concentre sur le fait d’écouter mon cœur et de travailler de manière sincère et exigeante, tout en restant fidèle à moi-même.
- En regardant ton concert, j’ai pensé à Anaïs MVA. Ça te parle ?
De fou, j’aime trop Anaïs MVA. Il y a une vraie similitude dans la fraîcheur. Ça fait plaisir. Oui, toute cette scène de la “nouvelle pop” avec des artistes comme Miel de Montagne, Iliona, ou encore Adèle Castillon… c’est une veine à laquelle je m’identifie. C’est une manière de faire de la pop en la décapitant un peu, en la rendant moins glamour, moins léchée. Avec tout le respect que j’ai pour la pop très produite, j’aime ce côté un peu crade, un peu flemme, un peu rebelle. Ça laisse de la place à une émotion plus abrupte.
- Et il y a aussi un style visuel très affirmé chez toi. C’est important ?
Oui, de fou. Le style vestimentaire compte. J’aime bien mettre des gros shorts… et les barrettes, je ne sais pas comment ça a commencé, mais c’est une histoire d’amour. J’ai l’impression que ça me protège la tête. Ce sont des gros trucs métalliques qui donnent un côté un peu grinçant à mon visage, comme les prods de la nouvelle pop. J’ai envie que ça déborde, que ça suinte, que ce soit un peu imparfait. Là par exemple, je suis en jaune pétant… Je veux que l’on me voit. Mais au-delà d’être vue, j’ai envie de laisser mes failles déborder. Même si j’ai une image construite, je veux que ça reste humain, un peu maladroit, un peu crapuleux.
- Tu parles de protection, mais aussi d’exposition. C’est paradoxal ?
Oui, et tu viens de résumer Marie Jay. J’ai un ami, Raphaël, qui m’a coachée scéniquement, et qui disait que mon personnage, c’est un peu ça : je me donne, puis je me retire, puis je me redonne. Je switch entre accessible et inaccessible. Je pense que ça vient du fait que j’adore la pop, le spectacle, performer… mais que je reste profondément vulnérable dans ma manière d’aborder la musique. Du coup, j’oscille entre des moments très maîtrisés et d’autres où je me fais rattraper par mon cœur et ma maladresse. Et je trouve que cet équilibre est assez fun.
- Revenons à l’avant Inouïs. Quelles ont été les étapes clés de ton début de carrière ?
Ces derniers temps, j’ai pris une grosse tempête, parce que je travaillais seule jusque-là. Maintenant, j’ai construit une équipe dont je suis très fière, que j’ai pris le temps de choisir. J’ai aussi emménagé à Paris pour un temps indéterminé. C’est un choix bizarre, parce que je suis très attachée à Lausanne — ma famille, mes amis, mon lac, mes chats… Mais Paris, c’est une fourmilière d’artistes et de gens qui bossent dur pour faire du son. Ça donne envie d’y être. Sinon, j’ai sorti un EP en 2024, qui m’a permis de toucher un premier public avec qui j’essaie de rester en lien. Et là, je travaille sur un nouveau projet. J’ai déjà sorti un titre, et un autre sort la semaine prochaine, le 23, qui s’appelle “Nulle”.
- Enfin, où te vois-tu dans trois ans ?
A court terme déjà, je dirais que j’aimerais publier un nouveau projet. Et dans trois ans… je me vois heureuse. Heureuse, à continuer à faire de la musique de manière sincère et déterminée, avec une équipe que j’aime et en qui j’ai confiance. Et d’ici là, j’espère avoir sorti un album, fait mon premier Olympia… et changé de coupe de cheveux (Rires).
Découvrez le nouvueau single de Marie Jay :


