Chaque année, aficia adore échanger avec les Inouïs du Printemps de Bourges. Cette année, dans notre radar : Pierre et la Rose. Lauréat du Prix du Jury, nous l’avons rencontré !
Derrière le nom poétique de Pierre et la Rose se cache un univers musical captivant. Avec des mélodies pop entraînantes, cet artiste met en musique les émotions les plus profondes, celles qui peinent parfois à trouver les mots. Un partage sincère et vulnérable nous est offert, fruit d’un voyage introspectif mené par un talent aux multiples facettes : chanteur, auteur, compositeur, DJ et même drag performer. Révélation iNOUïS du Printemps de Bourges Crédit Mutuel 2025 pour l’antenne Hauts-de-France et lauréat du Prix du Jury de cette même édition, cet artiste indépendant nous ouvre les portes de son monde.
aficia a eu le plaisir de rencontrer Pierre et la Rose pour une interview exclusive.
Pierre et la Rose, l’interview :
1) Pierre et la Rose, peux-tu te présenter ?
Je suis Pierre et la Rose, auteur, compositeur et interprète. Mon projet musical, c’est vraiment l’union entre la poésie et la musique. Concrètement, chacune de mes chansons prend racine dans des poèmes que j’écris, auxquels j’ajoute ensuite une mélodie, tout simplement.
2) Quel a été ton parcours musical jusqu’à présent ?
Quand j’étais petit, j’ai fait du solfège et de l’accordéon pendant sept ans, ce qui est assez éloigné de ce que je fais aujourd’hui. J’ai arrêté par la suite. Parallèlement, j’ai toujours écrit de la poésie, même très jeune. J’étais un peu le cliché de l’enfant torturé, un véritable petit émo à six ans ! Le chant a toujours fait partie de ma vie, car j’ai grandi dans une église évangélique où les chants étaient très présents.
3) Quand as-tu commencé à écrire tes propres chansons ?
La genèse de mes premières chansons est assez particulière. J’étais en école de commerce, une expérience que j’ai détestée. J’ai alors décidé de participer à un freestyle de rap en Grande-Bretagne. Pour ça, il me fallait écrire un texte. J’ai pris l’un de mes poèmes et je l’ai « freestylé ». La réception a été incroyable ! J’avais beaucoup d’a priori, je m’attendais à être mal accueilli. Finalement, les gens ont adoré. Pendant le confinement lié au COVID, j’ai sorti un EP intitulé Adrien, inspiré d’une relation avec un garçon de ce nom. Ces trois chansons ont marqué un tournant. J’ai alors reçu beaucoup d’encouragements, notamment de la part de la communauté queer. Progressivement, les personnes qui me voyaient sur scène me disaient : « J’aime beaucoup ce que tu fais, je vais te booker pour tel type de prestation… ».
4) Justement, parlons de ta sélection aux Inouïs. Quelles ont été tes sensations en apprenant la nouvelle ? Et qu’est-ce que ça représente pour toi d’être présent à Bourges, un festival musical si emblématique ?
C’est mon tout premier festival ! C’est assez incroyable, d’autant plus que je n’ai ni manager ni booker. C’est vraiment mon projet que je porte seul depuis trois ans. J’avais entendu parler de Bourges, mais n’étant pas un habitué des festivals, je ne réalisais pas vraiment son importance. En fait, quand on n’est pas immergé dans ce milieu, on ne s’en rend pas compte. Un jour, sur Instagram, j’ai vu passer une publicité pour les Inouïs. Je me suis dit : « Pourquoi pas essayer ? ». J’ai envoyé mon titre “Glory” et un mois plus tard, j’ai été contacté pour les auditions régionales à Amiens. J’y suis allé et j’ai été sélectionné pour l’édition 2025 de Bourges. J’en suis très content, mais ce qui compte vraiment, c’est la suite. Pour moi, la musique est un moyen de communication puissant.Je me sens privilégié de pouvoir exercer ce métier et d’offrir ça au public.
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5) Tu as récemment sorti le single “Bien que j’aime quand tu me fais”. Quel message souhaitais-tu transmettre à travers cette chanson ?
J’ai eu une discussion marquante avec une amie transgenre. Nous parlions de la fétichisation et de la question de savoir si, en tant que personne trans, ce ne serait pas la seule chose que l’on retiendra de nous. Allons-nous être réduits à un simple fantasme ? J’ai vécu des relations, plus jeune, où je pensais être en couple, mais en réalité, la personne… J’étais une honte qu’il fallait dissimuler. Il y avait un tel mépris. On parle beaucoup des personnes trans, mais les discours restent souvent les mêmes. J’ai voulu transformer cette réalité en une chanson. Je prends ce discours et je le métamorphose en quelque chose de beau.
6) Tu soulignes le fait de ne pas avoir d’équipe autour de toi. Es-tu réellement seul dans cette aventure ?
Merci de poser cette question. Je suis entouré de personnes talentueuses qui, comme moi, aiment l’art. Simplement, je n’ai pas de collaborateurs qui travaillent spécifiquement dans l’industrie musicale. Cependant, je suis très bien entouré et j’ai la chance de côtoyer des artistes incroyables.
7) Sur scène, tu dis : “Tu te perds autant que tu te trouves”. Que signifie cette phrase pour toi ?
Quand on est sur scène, il y a une forme de perte de contrôle car on propose quelque chose à un public. On extériorise quelque chose qui, une fois partagé, ne nous appartient plus totalement. Les regards et les oreilles sont fixés sur nous. On devient une production artistique que les gens consomment. Mais en parallèle, il y a une communion profonde avec soi-même. J’ai un rapport intense avec mes émotions. La scène me pousse à une introspection qui me permet de mieux les comprendre.
Parviens-tu à prendre du recul par rapport à tes chansons et aux expériences qu’elles racontent ?
C’est une question intéressante ! Je me replonge dans mes chansons, mais pas nécessairement dans les moments de vie spécifiques qui les ont inspirées. Lorsque je chante un morceau qui parle de mon vécu, c’est le signe que j’ai réussi à prendre une certaine distance.
8) Comment définirais-tu l’univers de Pierre et la Rose ?
Je dirais que c’est de la chanson française, de la poésie avec des sonorités folk – inspiré du sud des États-Unis. Pour moi, c’est de la folk-pop mélancolique.
S’il fallait donner trois noms qui sont tes grandes inspirations, tu dirais qui ?
En France, je dirais Francis Cabrel et plus récemment Yseult. Musicalement, le fait qu’elle soit indé, qu’elle gère tout, toute seule comme moi, ça m’a permis de me dire que je pouvais aussi le faire. Elle m’a aidé à me lancer !
9) C’est quoi la suite pour toi ?
J’adorerais faire beaucoup de scènes ! J’en ai quelques-unes de prévues. Les chansons que j’ai chantées aux Inouïs, le but est qu’elles fassent partie d’un album sur lequel je travaille qui s’appelle L’amour est un privilège. Ce projet va parler d’amour en tant qu’espoir mais aussi en tant qu’oppression… “Glory”, c’est la dernière chanson de l’album. J’ai commencé par celle-ci. Toutes les chansons ont un aspect de l’amour pour moi en fonction de ce que j’ai vécu. Je voudrais sortir un livre, faire des concerts avec des musiciens, faire un clip… Il manque juste des moyens. Je cherche à m’entourer !
10) Quel est ton dernier coup de cœur musical ?
Pierre et la Rose : Je dirais Mitski. C’est vraiment une artiste que je voyais passer mais je ne calculais pas trop. Je kiffe son rapport à l’écriture !
Découvrez le nouveau single de Pierre et la Rose – Bien que j’aime quand tu me fais :
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