Therapie TAXI en interview : « Les gens veulent qu’on leur parle de manière authentique »

Therapie TAXI débarque avec un premier album pop et espiègle qui pourrait bien faire sensation. aficia a rencontré le trio qui part parallèlement en tournée.

C’est l’un des groupes français qui risquent de marquer l’année 2018. Therapie TAXI débarque ce mois-ci avec son premier album, Hit Sale, et instaure une image post-adolescente décalée avec son air faussement naïf et des mélodies pop rafraîchissantes. Avec une énergie rockAdélaïde, Raphaël et Renaud jouent en même temps la carte de la provoc’ et apparaissent comme témoin de leur temps, d’une jeunesse qui s’interroge sur son avenir. Derrière l’amour, le sexe, l’alcool et les ruptures, se cache un trio parisien audacieux et plus réaliste qu’il n’y paraît…

L’interview

L’une des questions qui revient le plus souvent lorsque l’on découvre vos clips et vos titres concerne le nombre de personnes qui forment Therapie TAXI. Certains ont découvert le groupe à quatre, vous êtes trois sur la pochette de l’album et d’autres invités se greffent très régulièrement à vous. On s’y perdrait presque…

Renaud : C’est vrai que ça ne fait que fluctuer. En fait, on est qu’une seule et même personne, mais tu vois triple… (Sourire) Plus sérieusement, Raph et Adé se sont rencontrés il y a quatre ans.

Raph : Actuellement, nous sommes trois à former un noyau dur, et cinq en live. On a rencontré les deux autres il y a deux mois. Il y a rapidement eu une alchimie. On les aime bien ! Peut-être que Therapie TAXI deviendra un groupe à cinq, ou même à six… En tout cas, on aime bien l’idée d’évoluer en permanence en fonction des rencontres et du talent d’autres personnes. Donc même si on voit pas mal de gens autour de nous, le fait que nous soyons trois sur la pochette de notre premier disque rappelle que nous sommes bel et bien les capitaines du bateau.

Comment s’articule le trio dans la création ?

On essaie de faire des chansons qui rentrent dans la tête. Raph – Therapie Taxi

Renaud : D’abord, Raph et Adé composent. Tous les deux bossent sur des guitares/voix et des arrangements minimalistes. Et ensuite, selon qui est là et qui est inspiré, on travaille les arrangements et on développe la proposition. En fait, je me rends compte que Therapie TAXI, c’est le chaos ! (Rire)

Raph : Il y a des possibilités infinies de faire une chanson. Car tout dépend de la manière dont tu l’appréhendes à un moment donné et avec qui. Il y a des titres pour lesquels on passe directement du guitare/voix à la prod., et d’autres qui nécessitent d’instaurer une atmosphère à travers une maquette. Il y en a qui sont créés en « ping-pong » avec d’autres et qui prennent beaucoup plus de temps… Chaque chanson à son process en fait.

Et pourquoi Therapie TAXI ?

Renaud : C’est pour la légèreté et la profondeur !

On vous présente très souvent comme un groupe de rock, même si vous évoluez dans plusieurs registres. Comment définissez-vous le son Therapie TAXI ?

Adé : C’est indéfini !

Raph : C’est vrai qu’on peut nous trouver une énergie rock. J’ai envie de répondre simplement qu’on est un groupe français. On ne se pose plus la question, et je pense que beaucoup de personnes se posent de moins en moins cette question. Mais si tu dois mettre un mot dessus, on fait de la pop. Ça se ressent dans les structures des titres et sur les refrains. On essaie de faire des chansons qui rentrent dans la tête.

Renaud : On fait de la « nouvelle variété » ! (Sourire)

Qu’est ce qui vous inspire, et quels artistes ou titres ont influencé votre premier album ?

Renaud : Là aussi, c’est le gros bordel ! (Sourire)

Raph : Je pense qu’il faut distinguer les influences primaires des influences secondaires. On peut citer Coldplay en background ou d’autres univers très pop que chacun de nous a beaucoup écouté. Et s’ajoute une second couche relative à ce qu’on écoute à présent (découvrez la Playlist de Therapie TAXI).

Regardez le clip de « Hit Sale » :

Votre premier album évoque l’amour, le désir, le sexe ou encore la rupture. Le rapport à l’autre semble très compliqué chez vous…

Renaud : Il l’est toujours, je pense ! Pour répondre à l’une de tes précédentes questions, c’est sans doute pour ça aussi qu’on s’appelle Therapie TAXI.

La provocation, ça permet de faire le tri ! Adé – Therapie Taxi

Raph : C’est vrai que c’est compliqué, mais je crois que savoir s’entendre avec quelqu’un, c’est la plus belle chose que l’on puisse accomplir.

Adé : Le fait même d’être quelqu’un d’autre rend forcément le rapport compliqué. Avec cet album-là, on parle de ce qui nous touche actuellement et c’est d’une certaine façon ce qui nous permet d’avancer, nous, dans notre vie. Cet album est une thérapie.

Renaud : Voilà, en nous écoutant t’as fait ta thérapie

En écoutant « Salope » ? Ce titre ne manquera pas d’interpeller, c’est évident. Pouvez-vous nous raconter sa genèse ?

Raph : Il est né après que mon meilleur pote a traversé une rupture très difficile. Et moi-même je vivais une rupture bien engagée depuis pas mal de temps. C’était un moment pendant lequel j’essayais de récupérer cette fille-là. Mais je n’y arrivais pas… Et j’ai appris qu’elle avait couché avec un autre ami à moi… Bref, toutes ces petites conneries que sont la vie ! À cause de toute cette histoire, il a fait une embolie pulmonaire. Il a passé un mois dans un hôpital, dans le sud de la France. Je l’ai ensuite invité à venir passer quelque temps chez moi, à Paris, pour qu’il puisse se changer les idées et voir d’autres personnes. On a fait pas mal la fête ensemble, et un matin, avec une gueule de bois, on a décidé d’écrire une chanson pour balancer tout ce qu’on avait sur le cœur. Le soir-même, alors que le morceau était bien avancé, j’ai invité d’autres amis à venir poser dessus. Donc la première version était une sorte de partouze de voix qui marchait bien. C’était bien bricolé ! J’avais gardé de côté « Salope » avant de la ressortir pour la terminer sérieusement.

Ça n’a pas été difficile de convaincre le label d’intégrer « Salope » à la tracklist de l’album ?

Raph : Si, on a dû se battre. Mais je peux le comprendre… Ce n’était pas gagné d’avance. Mais on a sorti un nouveau clip et avec celui-là on a réussi à doubler le nombre de nos fans sur Facebook. Elle a fait plus d’1,5 million de vues en quelques jours. Je sais le potentiel qu’a cette chanson, elle peut nous apporter de la visibilité ! C’est probablement celle qui peut avoir le plus d’impact, et c’est de là que notre aventure a commencé. C’était donc logique qu’elle figure sur notre album.

Regardez le nouveau clip du titre « Salope » :

 

Provoquer, c’est un jeu ou le moyen de vous distinguer ?

Adé : Les deux ! Je pense que ça permet surtout de faire le tri, entre ceux qui n’ont pas beaucoup d’humour… Du moins qui manquent de finesse pour comprendre ce qu’on veut dire. Ceux qui par exemple s’arrêtent au premier couplet de « Salope » ne peuvent pas en comprendre la portée.

Je trouve ça assez présomptueux de penser qu’on puisse se couper d’une partie du public alors que vous êtes encore peu connus.

C’est important de se faire critiquer pour garder les pieds sur terre. Raph – Therapie Taxi

Adé : On s’est rendu compte assez vite que les gens, dans notre entourage surtout, ont peur pour nous. Je pense à mes parents. Ils aiment bien « Salope », mais ils croient que les gens ne vont pas saisir. Ils craignent que des choses nous passent sous le nez à cause de ce morceau. Alors, c’est vrai que ça a déjà été le cas. Mais il y a aussi des choses très bien qui sont arrivées aussi grâce à « Salope ».

Raph : Je pense au contraire que les gens veulent qu’on leur parle de manière authentique. Après, il y a quand même les bien-pensants…

Forcément, ça va créer une attente pour ceux qui ont commencé à vous suivre. Comment allez-vous pouvoir les surprendre à nouveau, jouer sur ce décalage et cet humour qui vous rendent si singulier sans vous répéter ?

Raph : Justement, c’est notre boulot. J’espère qu’on y arrivera… Peut-être qu’on n’y arrivera pas. Mais je te répondrais bien volontiers que ce sont de toute façon les conditions de la vie d’artiste. On est obligé de se renouveler sans cesse, de manière novatrice et intelligente. Car on a face à nous un public exigeant. On va tenter d’être à la hauteur.

Comment appréhendez-vous la critique ?

Renaud : Elle est toujours positive. (Sourire)

Raph : J’aimerais bien lire des articles à charge. Ça me manque qu’on nous dise quand c’est mauvais, à nous, comme à tous les artistes de manière générale. J’ai vu un papier dans lequel on nous a descendus, et je pense qu’il n’y avait pas que du faux. Ça fait du bien, c’est important de se faire critiquer. C’est ce qui permet d’avancer, de voir les choses autrement, de garder les pieds sur terre.

D’ailleurs, on va bientôt assister aux Victoires de la Musique. Les professionnels vont récompenser plusieurs artistes. Serait-ce une consécration pour vous un jour de remporter un prix, où alors la distinction vous fait ni chaud ni froid ?

La scène française est très audacieuse en ce moment. Raph – Therapie Taxi

Adé : Je ne m’en moque pas, mais c’est loin d’être vital pour nous. Pour moi, ça a perdu un peu de sa valeur, car j’ai l’impression que l’aspect commercial est de plus en plus récompensé, plutôt que l’aspect artistique. Jul est drôle ; mais de là à lui donner un trophée aux Victoires de la Musique. Ne vaudrait-il pas mieux donner un prix à PNL ? Je trouve aussi que ça manque de surprises dans le palmarès.

Raph : Je suis assez d’accord avec Adé, j’ai l’impression qu’ils sont le cul entre deux chaises.

On a eu ces dernières années l’éclosion de La Femme, Grand Blanc ou Feu! Chatterton. Quel regard portez-vous sur cette effervescence qui contraste le paysage musical français ?

Renaud : Elle est top la scène française en ce moment ! Je trouve qu’on vit une très belle période. Je dis peut-être ça parce qu’on est en plein dedans. Je pense qu’il ne s’était pas passé autant de choses depuis longtemps.

Raph : Je dirais bien que la scène française est très audacieuse. Je pense surtout à Feu! Chatterton quand je dis ça. C’est bien plus audacieux que nous. Il y a Fishbach et Lomepal, ce sont des personnages incroyables. Il y a un vrai mouvement avec beaucoup d’artistes qui émergent dans laps de temps très court.

L’image joue un rôle prépondérant pour tous ces artistes-là, comme pour vous. Est-ce qu’on peut même dire que Therapie TAXI, outre un son, c’est une image ?

Raph : Je pense qu’on propose une sorte de package. Tout est lié.

Adé : Je pense aussi que c’est très rare aujourd’hui d’écouter un titre sans regarder le clip, c’est inhérent aux modes de consommation de la musique actuels. Il y a aussi peut-être plus de rapports entre les artistes et le public qu’hier. Je pense aux réseaux sociaux par exemple. Ça peut être de l’amour comme de la haine. (Sourire)

Raph : Je crois qu’avec les réseaux sociaux, on voit plus les fans comme un groupe de potes.

Regardez le clip de « Cri des loups » :

Julien Doré s’en amuse d’ailleurs et répond régulièrement aux tweets acides. Au regard de ce que vous faîtes, je serais tenté de vous suggérer de jouer également avec les réseaux sociaux pour gagner en notoriété.

Raph : Julien Doré, en termes de second degré, je crois qu’il y a mieux. Même en termes de musique d’ailleurs. Ça nous arrive de répondre, de rentrer dans une vanne aussi. Mais on ne peut pas le faire à chaque fois.

Adé : Moi, il y a des choses qui m’ont fait beaucoup rire de lui…

Si je dis « Sexe, alcool et rock’n’roll » pour vous présenter, vous ne m’en voudrez pas ?

Renaud : C’est un peu désuet, non ? (Rire) On peut remplacer par lubrifiant et fiesta !

Écoutez Hit Sale, le premier album de Therapie TAXI :

Également disponible sur Deezer et Spotify.

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