C’est aux Trans musicales à Rennes que nous avons eu le plaisir de rencontrer Bonne Nuit. A quelques jours de l’arrivée du prochain single, aficia s’est entretenu avec la révélation scène de ces derniers mois autour d’une interview sans filtre.
À minuit quarante, hall 5, Bonne Nuit promettait aux Trans musicales à Rennes, la dernière fête avant la fin du monde. Derrière ce nom faussement léger, Théodore et Étienne défendent une pop indépendante, à la fois festive et sombre, nourrie d’énergie club, de textes engagés et d’une vraie culture du live. Longtemps repéré sur scène, le duo amorce aujourd’hui un nouveau chapitre avec un EP attendu en février, pensé comme un objet plus global et plus ambitieux.
Entre transe collective, exigence artistique et volonté de rester maîtres de leur projet, Bonne Nuit avance à sa manière, une nuit après l’autre. On les a rencontré pour une interview qui promet bien des révélations…
L’interview sans filtre de Bonne Nuit :
Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Théodore : Moi, je suis Théodore, chanteur, guitariste et aussi producteur. Je fais pas mal de choses dans le projet… mais Étienne aussi, évidemment. C’est un peu la vie des groupes indépendants comme nous.
Étienne : Moi, c’est Étienne Coutand , accordéoniste de Bonne Nuit. Et puis compositeur, entre autres choses.
Comment est né Bonne Nuit ?
Théodore : On a créé le projet tous les deux. On se connaissait déjà avant, on fait de la musique ensemble depuis longtemps. On avait un groupe avec des amis du collège, puis chacun a commencé à composer de son côté. Après la fin des études, tout le monde est parti un peu à droite à gauche, et on s’est retrouvés tous les deux à Paris. C’est là qu’on a décidé de lancer Bonne Nuit.
Étienne : On s’est retrouvés à Paris pour les études : Théodore était en droit, moi en ergothérapie. Et on s’ennuyait beaucoup. C’était presque un projet étudiant à la base.
Vous vous êtes lancés sans ambition particulière ?
Théodore : Je ne sais pas si c’était l’ambition d’en faire notre métier, mais dès le début, même avec notre ancien projet, il y avait cette envie de faire des tournées. On avait déjà fait des mini-tournées aux Sables-d’Olonne. C’était sérieux, même si c’était toujours dans une optique de se marrer, de se lâcher. Il y a un côté festif dans ce qu’on fait, mais pas juste pour jouer le week-end.
Étienne : On a très vite eu pas mal de concerts tous les week-ends. Ça a pris une grande place dans nos vies. On ne pensait pas que ça deviendrait toute notre vie. Aujourd’hui, il n’y a plus que Bonne Nuit.
On a l’impression qu’on vous voit de plus en plus, partout en ce moment…
Théodore : Oui, complètement. L’intermittence du spectacle nous a beaucoup aidés. Et aussi les salles subventionnées. Je pense notamment au Quai M à La Roche-sur-Yon, d’où on vient, en Vendée. Ils nous accompagnent, nous ouvrent leurs portes, parfois gratuitement, parce qu’ils croient au projet. Il y a beaucoup de dispositifs en France, et c’est important de le dire. Ça ne se fait pas en claquant des doigts, il faut faire ses preuves, mais ça existe.
Question qu’on vous pose tout le temps : pourquoi “Bonne Nuit” ?
Théodore : C’est vrai qu’on me la pose souvent. Et ça fait très bien écho au concert qu’on va proposer aux Trans musicales : la dernière fête avant la fin du monde. À la base, on ne savait pas trop pourquoi on avait choisi ce nom, mais aujourd’hui, on sait.
Étienne : “Bonne”, pour le côté festif, la fête. Et “Nuit”, pour la fin, quelque chose de plus sombre. Quand on pense aux couleurs que ça évoque, c’est très bleu marine. Et le bleu marine nous fait très peur pour 2027…
Théodore : Les gens prennent souvent le nom à la légère, alors que pour nous, ça raconte quelque chose de beaucoup plus sombre, mais aussi joyeux. Dans l’écriture, dans la composition, on aime passer par l’absurde, par des choses qui paraissent légères, alors qu’elles sont en réalité plus tristes, plus sombres.
Découvrez le dernier clip de Bonne Nuit :
Est-ce que vous diriez que vous êtes avant tout un groupe de live ?
Théodore : Oui… mais non. Avant la sortie de l’EP en février, on pouvait clairement dire que oui. Mais là, on essaie de dépasser cette étiquette.
Étienne : Notre premier EP, on l’a sorti sans aucune stratégie. On l’a fait parce qu’on voulait jouer l’été suivant.
Théodore : On s’est dit : “il faut un EP sinon personne ne va nous programmer”. Aujourd’hui, on prend le temps d’aller en studio, de réfléchir aux sons, aux textures, aux synthés, aux batteries… On a envie d’être des artistes plus globaux, pas seulement un groupe de live.
Comment vous situez-vous dans l’industrie musicale aujourd’hui ?
Théodore : Comme des artistes indépendants, avant tout. C’est très important pour nous.
On est ouverts aux critiques positives, mais on n’a pas envie que notre projet soit récupéré ou qu’on nous impose des choses.
Étienne : On veut rester propriétaires de notre musique. On a créé notre label, on travaille avec un tourneur qui est une association, Wart. On a besoin de partenaires, mais on veut que ce soit des gens proches, des gens qui partagent un intérêt commun autour du projet.
Votre musique est à la fois pop, trance, très collective…
Étienne : Oui, trans collective, très pop. Et finalement très “Trans Musicales” aussi. On aime ce mélange : de la musique de club avec des paroles pop. Un peu comme le faisait Bagarre.
Théodore : Même l’horaire – minuit quarante, hall 5 – fait sens. Moi, je viens vraiment du monde des concerts pop. Les soirées électro, ce n’est pas forcément mon univers, même si Étienne y a plus traîné. On adore Sexy Sushi, Rebeka Warrior… Cette capacité à faire danser tout le monde tout en écrivant des textes très forts.
On parle beaucoup de transe, et pourtant vous embarquez très vite le public. Au MaMA, par exemple, ça semblait acquis d’avance…
Théodore : Chaque public est différent. Il y a des morceaux, comme “Mort aux riches”, qui ne fonctionnent pas du tout de la même manière selon les concerts. Parfois on trouve la recette tout de suite, parfois ça prend plus de temps. Mais il y a souvent un beau final.
Etienne : Quand les salles sont pleines, on arrive à créer une vraie effervescence.
Et on est assez fiers de réussir aussi des premières parties compliquées, devant des publics qui ne nous connaissent pas.
Est-ce que le côté parfois clivant vient aussi de votre discours politique ?
Théodore : Oui, clairement. Quand c’est mitigé, c’est souvent sur les morceaux très écrits, très engagés. Mais on essaie de garder un message universel, tout en ne restant pas trop “soft” dans notre manière de faire de la pop.
Votre parcours ressemble à une succession de repérages, de tremplins…
Théodore : Il y a une date clé. Un lendemain de concert à Strasbourg, on a traversé toute la France pour aller jouer gratuitement aux Sables-d’Olonne.C’est une ville où on joue tous les étés, au chapeau.
Étienne : Ce jour-là, un ami a envoyé notre projet à Joran, chez Wart. C’est comme ça qu’il nous a repérés. Mais globalement, c’est beaucoup grâce aux concerts.
On essaie aussi de développer les réseaux sociaux, même si ce n’est pas notre point fort.
Votre dernier EP date de mai 2023. Que pouvez-vous dire de la suite ?
Théodore : On a sorti un single récemment, et l’EP sortira le 20 février. On a voulu traverser toutes les émotions : tristesse, colère, joie, tout en gardant une cohérence sonore. Et pour la première fois, je suis vraiment fier de ce qu’on sort. Ça change complètement notre rapport à notre musique.
Étienne : C’est un EP qui rassemble toutes nos influences : des morceaux très pop, des chansons d’amour, des thématiques engagées, environnementales, et de la musique très énergique, très club.
Quelles sont les prochaines échéances ?
Théodore : Aux Trans musicales, il y aura une grosse évolution scénographique. On raconte vraiment une histoire : la dernière fête avant la fin du monde.
Étienne : Et ensuite, le 19 mars à la Maroquinerie, si la fin du monde n’est pas arrivée d’ici là. Théodore : Il y aura aussi des festivals cet été, des choses qu’on ne peut pas encore annoncer, mais dont on rêvait quand on était plus jeunes. Enfin, on jouera à l’Hyper Weekend, le 25 janvier. C’est une date importante pour nous.
Bonne Nuit vous donne rendez-vous très vite avec le single inédit ‘Montréal’ le 20/01, et un nouveau projet prochainement. Affaire à suivre !

