Ebony - Menelik (c) DR

Ebony en interview sans filtre : “On peut définir ma musique comme de la musique alternative”

Il est temps pour Ebony de se révéler vraiment. Après la Star Academy, Ebony trace aujourd’hui sa propre route avec son premier album Menelik. Rencontre sans filtre avec une artiste prêt à casser les codes. 

Quelques mois après la fin de la Star Academy, Ebony n’a pas ralenti le rythme. Entre construction de son équipe, élaboration d’un premier projet et premières scènes en solo, la jeune artiste s’impose dans une phase aussi intense que déterminante. Loin de se contenter de l’exposition offerte par l’émission, elle revendique une direction artistique forte, à la croisée de la pop, de l’électro et d’influences plus hybrides. Un positionnement assumé, qui s’est notamment incarné avec la sortie du premier extrait “Rage” aussi clivant soit-il dont nous aurons l’occasion de revenir, pensé comme une déclaration d’intention. Mais l’album est beaucoup plus éclectique. La machine est en marche. Place à l’interview sans filtre avec l’artiste, à 10 minutes de son entrée du scène au Printemps Bourges sur la scène W, avant Gims. 

Ebony, l’interview sans filtre :

Bonjour Ebony. On va commencer par faire un point sur la Star Academy. Qu’est-ce que ça t’a apporté ? Est-ce que ça correspondait à ce que tu recherchais ? 

Oui, ça m’a apporté un peu tout. Aujourd’hui, je peux vivre de mon métier en partie grâce à la Star Academy. Mais surtout, ça m’a énormément apporté sur le plan technique : technique de chant, bien sûr, mais aussi technique de scène. Ça permet d’apprendre très vite ce que représente la vie d’un artiste en représentation.

Et l’après Star Ac’, c’était comment : simple, compliqué, intense ?

L’après Star Ac’ est génial, mais aussi très intense. Il y a de la pression, forcément : tu sors d’une émission télé, les gens attendent quelque chose de toi, surtout ceux qui t’ont suivie et soutenue. Je dois créer quelque chose qui leur plaise, tout en restant fidèle à ce qui me plaît à moi. Tout ça se mélange. Et en réalité, l’après est presque aussi intense que l’émission : ça ne s’arrête pas, ça va très vite.

“Rage” est sorti assez rapidement après l’émission. Est-ce que c’était lié à la vague de harcèlement que tu as subie ? Un cri du cœur ?

 Pour moi, le morceau qui représente ça, c’est plutôt “I Don’t Care”. “Rage”, lui, est né d’une frustration artistique. Après la Star Ac’, les gens attendent certaines choses de toi, ils veulent te voir dans une case, dans un style précis. Ils essaient de t’imposer des codes, des étiquettes. Ce morceau, c’est ce combat-là : montrer que j’ai cette rage en moi, cette envie d’avancer, de prouver que je peux y arriver, et de me libérer de tout ce qu’on essaie de m’imposer.

“Rage” est un titre assez clivant, qui divise. C’était voulu ?

Pas au départ. Mais une fois qu’on l’a eu sous les yeux, on s’est dit que c’était spécial, que les gens n’allaient pas s’y attendre. Et forcément, certains allaient aimer, d’autres non. “Rage”, c’est un morceau très proche de mon univers, presque un paroxysme : on a montré jusqu’où on pouvait aller. C’est aussi une manière de préparer les auditeurs : voilà ce que je peux proposer. Venez si ça vous parle… ou pas.

Un morceau presque expérimental ?

Oui, un peu.

C’est difficile d’assumer ça quand on est une jeune artiste émergente ?

C’est assumé. Je le vis bien. Il y a forcément des moments de doute, mais globalement, ça va. Parce que c’est la musique que j’aime. J’aurais mal vécu de sortir un premier projet qui ne me correspond pas. Là, je suis vraiment contente.

La musique est souvent décrite comme un exutoire. Tu le ressens ?

Oui, totalement. Même avant d’en faire mon métier, la musique était déjà ça pour moi. Que ce soit en reprenant des chansons ou dans mes premières compositions, c’était toujours un moyen d’exprimer mes émotions. Souvent des émotions négatives, parce que ce sont celles qu’on ressent le plus fort. Les mettre en musique, c’est parfois plus facile que de les dire.

Est-ce difficile de se détacher de l’image Star Academy ?

Non, pas du tout. J’en viens, donc je l’assume complètement. Ça fait partie de mon parcours. Avant l’émission, j’avais déjà une vision claire de mon projet artistique, et elle n’a pas changé.

Ton idée a évolué quand même pendant l’émission ?

Oui, un peu. Le déclic, ça a été les tableaux chantés-dansés. J’ai toujours voulu faire ça sans en avoir l’occasion. Là, j’ai compris que j’en étais capable. Aujourd’hui, je le fais sur scène, et ça me rend trop heureuse.

Tu avais déjà des morceaux avant la Star Ac’ ?

Oui. Par exemple, “Unforgettable” avait été écrit avant. Mais il ne sera pas dans l’album.

D’autres titres de l’album étaient déjà prêts ?

Pas vraiment des chansons complètes, mais plutôt des mélodies. Certaines sont nées avant l’émission et ont été retravaillées ensuite.

Tout s’est fait rapidement après l’émission ?

Non, ça a pris du temps, surtout pour construire une équipe. C’est aussi pour ça que j’ai sorti mes projets plus tard que d’autres.

À l’écoute des extraits, on sent un mélange d’afro, pop, électro, voire lyrique. Il y a une volonté de proposer quelque chose de différent ?

Je dirais plutôt une volonté d’être authentique. Je ne cherche pas à suivre les tendances, mais à faire une musique qui me ressemble, qui me fait vibrer. L’album est très spontané, donc peut-être différent, oui, parce que chacun est unique.

Tu aimes l’idée de “casser les codes” ?

Oui, parce que je déteste les cases et les étiquettes. Ça uniformise tout. Si chacun est lui-même, on casse les codes naturellement.

Comment définirais tu ton style ?

Je n’ai pas encore trouvé de nom. Le terme qui s’en rapproche le plus aujourd’hui, c’est “musique alternative”. Peut-être qu’un jour, on trouvera un mot pour définir mon univers… le “Shebba style”, peut-être?  (Rires) Ça rend bien. C’est un peu stylé. (En s’adressant à son équipe : tu noteras dans un coin de ta tête, ndlr)

Justement, “Queen Sheba”, ça vient d’où ?

 De la reine de Sheba, une figure historique. C’est aussi mon prénom sur ma carte d’identité. J’ai décidé d’en faire une partie intégrante de mon univers artistique.

C’est venu naturellement ou c’est réfléchi ?

Naturellement. Avant la Star Ac’, j’avais déjà renommé mon compte en “Ebony Queen Sheba”. Les gens se sont appropriés ça, et ça a pris de l’ampleur. J’avais déjà envie d’intégrer cette dimension historique à mon art.

Comment tu la définis, cette reine, de Saba ? 

Comme une femme forte, confiante, intelligente, pleine de sagesse, et sans peur.

Parlons de l’album. Il y a un fil rouge ?

Oui, et il est important de l’écouter dans l’ordre. C’est l’histoire d’une femme qui a perdu son humanité en cherchant à correspondre aux normes. Elle part à la recherche de sa vraie identité, de sa sensibilité.

Tu as écrit certains morceaux seule ? 

Oui. “L’infini” est entièrement écrit par moi. C’est un morceau très spontané, qui représente ma vision, mes émotions, mon ambition. Il y a aussi “Misère”, né presque en impro, mais très difficile à faire. C’est un titre très émouvant, j’en pleure à la fin. Et Rêve d’enfant, qui me tient aussi beaucoup à cœur.

C’est un album très personnel, donc ?

Oui, totalement.

Il y a aussi un gros travail visuel autour du projet, n’est-ce pas ?

Oui, tout est très réfléchi. Les images sont directement liées aux textes. On essaie de retranscrire l’histoire en visuel, avec une vraie cohérence.

Ce n’est pas difficile à faire passer auprès du public ?

 Si, certains comprennent, d’autres moins. Mais c’est aussi bien de laisser de la place à l’interprétation.

Les gens qui n’ont pas aimé “Rage” peuvent aimer l’album ?

Oui. “Rage” est un condensé de tout. Dans l’album, on a décomposé ces influences en plusieurs morceaux, certains beaucoup plus doux. Par exemple, “Pardonne-moi” est un piano-voix. On peut aimer l’un sans aimer l’autre.

Tu fais la première partie de Gims sur une grande scène du W aujourd’hui au Printemps de Bourges. Comment tu l’appréhendes ?

Avec du stress, de l’ambition, de l’excitation et beaucoup d’envie. C’est une immense opportunité, j’ai hâte.

Revenir sur scène après la Star Ac’, c’est différent ?

Oui, très. À la Star Ac’, on est un collectif. Là, je suis seule avec mes morceaux, face à un public qui ne me connaît pas forcément. C’est un défi, mais aussi une façon de faire grandir le rêve.

On parle souvent de tes shows comme des shows à l’américaine. C’est un objectif ?

Pas forcément un objectif en soi, mais les Américains sont très forts. Moi, ce que j’aime, c’est faire un art à 360° : musique, lumière, costumes, scénographie… tout compte. Quand je vais voir un concert, j’ai envie d’être transportée, comme dans un film. C’est ce que je veux offrir. Et j’ai encore beaucoup d’ambitions pour développer ça.

Découvrez le 1er album Menelik d’Ebony :