© Laura Gilli
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Ycare en interview ‘sans filtre’ : “Ce disque marque un moment d’équilibre”

Avec un huitième disque éponyme, Ycare signe un retour lumineux et universel. Pour aficia, l’artiste se confie sur la genèse de ce disque, son état d’esprit et son rapport au public. Rencontre !

Ycare revient là où on ne l’attendait pas forcément : seul, plus apaisé, et pourtant plus puissant que jamais. Après le succès remarquable de ses albums de duos portés par des collaborations marquantes avec Zaz, Axelle Red, Patrick Bruel ou encore Amel Bent, l’artiste reprend la parole en solo avec un huitième album éponyme. Un projet sincère, lumineux, fruit d’un travail d’introspection qui marque un moment charnière dans sa carrière, celui de l’équilibre, de l’apaisement et d’une parole plus incarnée que jamais. Ycare, comme une déclaration d’identité, un recentrage sur l’essentiel après l’effervescence des succès partagés.

À travers cet entretien, Ycare se livre avec la générosité qu’on lui connaît. Il évoque sans détour la sérénité trouvée, le lien indéfectible avec son public, la responsabilité d’être artiste mais aussi la beauté des petites choses du quotidien qui inspirent ses chansons. Il nous parle d’ombre et de lumière, de pardon, de la vie qui palpite entre les mots. En toile de fond, une tournée en cours, deux dates à l’Olympia prévues en 2026 et l’envie intacte de transmettre un peu d’amour, sans cynisme, sans filtre, les yeux dans les yeux.

Ycare : l’interview !

Tu effectues ton retour avec un huitième album éponyme. Est-ce qu’il y a toujours une part d’appréhension à l’idée de dévoiler de nouvelles chansons au public ?

Non, c’est plus un soulagement maintenant parce que je suis pressé de partager leurs réactions. C’est devenu une véritable nécessité de transmettre des choses à ceux qui me suivent. Depuis une quinzaine d’années, et particulièrement ces dernières années, de nouveaux auditeurs se sont ajoutés, mais il y a un fil rouge avec des gens très fidèles à mon travail. J’aime leur faire des mises à jour, comme sur WhatsApp ou sur un téléphone en fait. L’interface évolue, c’est une nouvelle vision des choses. Ycare, c’est donc un petit peu comme un tout.

Malgré tout, puisqu’il y a eu de grands succès ces dernières années, je pense notamment à “Animaux fragiles” en duo avec Zaz, ne ressens-tu pas une pression supplémentaire ?

Pas du tout. Honnêtement, il n’y a aucune pression. C’est surtout mon entourage qui en ressent, la maison de disques, le management… Ceux qui ont des ambitions que je n’ai peut-être pas. Moi, je suis simplement surpris de tout ce qui m’arrive. Cela fait plus de 20 ans que je fais des chansons, et c’est sur le tard que les choses se passent aussi bien. Ce qui me rend heureux, c’est de chanter devant des gens et de partager ce bonheur avec eux.

Cette chanson, tout comme ton duo avec Axelle Red, occupe-t-elle une place particulière dans ta discographie ?

Oui, elles ont un goût d’ouverture de porte, de transmission. En vérité, ce ne sont plus vraiment mes chansons. Quand une chanson touche autant le cœur des gens, qu’elle est chantée dans The Voice Kids ou reprise par des chorales à travers la France, c’est hallucinant. J’ai connu des succès en écrivant pour d’autres, mais être reconnu pour ce que j’interprète moi-même et qu’on me dise que je chante bien, c’est très touchant et ça fait plaisir. Quand une chanson est chantée sans toi, c’est que tu peux mourir en paix !

Je ne dirais pas que ce nouvel album est plus introspectif, je le vois plutôt comme une libération

Ycare

Tes précédents albums étaient des albums de duos. Ont-ils influencé ta façon de créer ? Et cela a-t-il modifié ton approche pour ce nouvel album plus introspectif ?

Je ne dirais pas que ce nouvel album est plus introspectif, je le vois plutôt comme une libération. Une libération dans le sens où on offre des chansons aux autres. Les deux albums de duos m’ont permis de tant partager que je me suis dit que j’allais bien refaire un album seul un moment donné, forcément. Mais ça n’allait plus jamais être comme avant !

En effet, tous les artistes m’ont appris à être seul mais sans me sentir seul. Avant, je me sentais seul dans mon travail. Aujourd’hui, je suis porté par l’énergie de tous ces artistes. Ils m’ont donné beaucoup de force. J’ai adoré ces deux expériences, deux albums en deux ans et demi, c’est fou.

On retrouve tout de même dans ce disque une esthétique un peu plus épurée. On a l’impression que tu te mets à nu. Est-ce que ça marque pour toi un tournant, nourri de toutes les collaborations passées ?

Ce disque marque un moment d’équilibre. Je pense que nous cherchons tous cet équilibre dans la vie. À 42 ans, après des années de tumulte, je le ressens vraiment. Même si le monde semble sombrer, qu’il y a la guerre partout, je vois l’arbre vert, je vois le ciel bleu et le soleil. Et les gens, je les trouve beaux. S’ils se voyaient comme je les vois, ils verraient à quel point ils sont beaux.

J’ai mis près de 37 ans à voir la vie ainsi, à travers les épreuves. Ces trois années d’introspection m’ont conduit à une libération. Aujourd’hui, je cherche l’intime des autres, car j’ai trouvé le mien. C’est ça qu’on va dire aux gens, c’est cet équilibre là donc oui c’est quelque chose de plutôt céleste. Il s’agit de convoquer des émotions chez les gens et de leur dire qu’ils doivent être heureux eux aussi.

Tu parlais de tumultes et justement, certains textes résonnent comme des mantras, comme dans Un paradis où tu chantes : “porter l’amour jusqu’aux enfers”. Est-il important d’insuffler une forme de positivé dans un monde tourmenté ?

Là où il y a de la lumière, il y a de l’ombre. Il faut être ce contrepoids. Dire aux gens d’aimer malgré tout et cette chanson “Un paradis”, c’est exactement ça. Quand on est au bord du gouffre, c’est là que les ailes s’ouvrent et il faut prendre ce risque. L’oiseau pense tomber en quittant le nid, mais c’est là que ses ailes s’ouvrent.

Il y a cette épreuve de la vie. Tous les voisins de la terre se disputent et c’est souvent les gens les plus proches qui se disputent le plus. C’est ça qui est fou. Mais ils apprendront à se parler car on parle définitivement tous la même langue et c’est ça qui est beau. Oui, il y a des souffrances et des orages mais moi je vois poindre la lumière au bout du tunnel car on ne peut pas rester dans un monde aussi polarisé. Il va falloir se mélanger mais ça ne se passe pas sans heurts. Dommage qu’il y ait des pertes immenses mais cela fait partie de notre humanité. On a grandi comme ça, en cassant des œufs.

Écoutez “Un paradis”, extrait d’Ycare :

Quelles ont été tes sources d’inspiration pour cet album ?

Toi ! Les gens. Sérieusement, je marche beaucoup. Là, je suis dans la rue depuis ce matin, pas que dans les endroits les plus beaux et les plus touristiques de Paris. Je dois avoir parcouru 20 voire 25 kilomètres et je vois plein de gens. Je regarde les gens, car ce sont eux les chansons. Il ne s’agit pas de parler de moi mais de ce que je perçois. J’ai la chance qu’on me donne ce rôle de témoin et de scripte. Je raconte comment je vois les choses, à travers mon prisme. J’ai de la chance d’être entendu aujourd’hui alors j’en profite pour partager tout ça. C’est une responsabilité parce qu’on ne peut pas dire n’importe quoi et il faut faire attention à la manière de dire les choses.

Est-ce que tu aurais une anecdote marquante à partager sur les enregistrements en studio de cet album ?

Ça s’est fait très naturellement, honnêtement. Sur les albums de duos, c’était un petit peu la guerre parce qu’il y avait une dizaine d’artistes par disque, donc c’était fou d’arriver à amener tous ces gens au même endroit pour faire des chansons. Surtout en concert à Paris, c’était vraiment compliqué pour concilier les emplois du temps des stars !

Cette fois-ci, pour moi, c’était vraiment la tranquillité. J’allais à pied tous les jours au studio pour enregistrer les chansons. Je te dirais que j’ai pleuré sur “Un paradis” que j’ai dû faire en deux fois parce qu’elle est vraiment spéciale cette chanson.

Les Restos du cœur c’est un devoir citoyen […] On doit aider les autres, c’est un impôt rose et on y contribue avec joie

Ycare

Qu’aimerais-tu que le public retienne de ce projet ?

J’aimerais que l’on retienne la première chanson du disque intitulée “Tout à apprendre”. Elle porte en effet le message du pardon envers soi, de l’amour de soi et des autres. En fait, c’est le début du chemin, le commencement. C’est pour ça qu’elle ouvre l’album. “Tout à apprendre”, c’est repartir de zéro, casser un petit peu tout ce qu’on nous a enseigné et qui nous a amené à grandir de travers. Il n’est jamais trop tard pour aimer.

On te sent toujours profondément connecté aux autres. Tu travailles avec de nombreux artistes comme Julie Zenatti ou Marine et des artistes de la nouvelle scène. Quel conseil donnerais-tu aux artistes qui débutent aujourd’hui dans le monde de la musique ?

De se dire que le public n’est pas une mince affaire et d’ailleurs je déteste ce mot de public. Ce sont des individus qui prennent de leur temps pour nous voir. Ils se sont levés, ils ont pris un ticket, ils ont des angoisses, des rêves, des buts dans la vie… Ils prennent deux heures de leur vie pour venir te voir, donc il faut vraiment respecter chaque personne comme si c’était toi. Déjà, ça oblige à se respecter soi-même.

Il faut regarder les gens dans les yeux, il ne faut pas fuir du regard ou fermer les yeux. On ferme les yeux quand on écrit et qu’on réalise des chansons mais quand on est devant le public, il faut vivre l’instant. Pendant mes concerts, les lumières sont allumées. Ce n’est pas allumé comme chez le dentiste mais je vois les gens. Et à la fin du concert, pendant la rencontre avec eux, je peux ainsi exactement leur dire où ils étaient assis dans la salle. Tous.

Visionnez le clip “Le fou et le roi” d’Ycare :

Est-ce que tu rêverais de collaborer avec un artiste en particulier ?

Il y a eu beaucoup de duos donc je pense que j’ai réalisé de nombreux rêves ! Si je cherche hors de la France, je dirais Sting ou Youssou N’Dour. Je les adore.

Tu as rejoint la troupe des Enfoirés en 2024, et en seulement deux éditions, tu es devenu l’un des piliers du collectif. Pourquoi cette cause te tient-elle autant à cœur ? Penses-tu que c’est important de mettre ta notoriété au service de causes ?

Tant que j’aurai une notoriété, oui. En fait, les Restos du cœur c’est un devoir citoyen et c’est M Pokora qui en a parlé le mieux en disant ça. Ça ne va pas plus loin que ça et c’est très pragmatique. On doit aider les autres, c’est un impôt rose et on y contribue avec joie. On est dans un pays tous ensemble, c’est donc un devoir d’aider ce qui ne peuvent pas. Nous, on a de la chance donc il faut aider ce qui en ont moins.

La misère, on ne l’endiguera pas mais il n’y a rien de pire que de ne plus la voir. Ça ne doit pas exister de ne plus voir les gens qui sont dans le besoin dans une ville. Quand on est en dessous de la taille des gens, plus personne ne nous regarde. Cela me révolte. Il faut éduquer à l’aide. Et souvent, ceux qui ont le moins donnent le plus. Je sais que ça fait partie de notre système dans lequel nous évoluons mais on ne demande rien à l’État. Coluche et Jean-Jacques Goldman l’ont très bien fait et il y a cet héritage là qui est une responsabilité. Donc tant qu’on aura besoin de moi aux Enfoirés, je serai là mais le jour où je n’aurais plus de notoriété, j’irai servir de la soupe et aider !

Tu as entamé une nouvelle tournée pour défendre cet album qui se conclura par deux dates à l’Olympia en 2026. À quoi le public peut-il s’attendre ? Et-tu satisfait de l’accueil réservé aux nouvelles chansons ?

C’est exceptionnel. Avant, on devait attendre la sortie de l’album pour débuter la tournée mais j’adore pouvoir partager les chansons en amont. C’est peut-être un petit peu plus galère pour les musiciens d’apprendre les nouvelles chansons dans un temps plus restreint mais tout se passe très bien et le public peut s’attendre à une vague d’amour. C’est le mot le plus galvaudé de notre siècle, on le confond avec beaucoup de choses qui n’ont rien à voir avec l’initial. Donc voilà, de l’amour !

C’est donc le partage et la communion avec le public qui est essentiel…

Oui, complètement ! Et de s’éclater. Tu verras le prochain clip qui sortira et tu comprendras !

Quelle question aimerais-tu qu’on te pose plus souvent en interview ?

Tout le monde me pose les bonnes questions et je remercie chacun d’entre vous et toi également d’avoir pris le temps de rassembler ces questions, de t’être intéressé au disque. Merci infiniment !

Chez aficia, nous aimons bien conclure nos interviews en musique. Que retrouve-t-on dans ta playlist Ycare ?

Damiano David ! Son album est vraiment incroyable. Je le trouve très fort dans la voix, le choix des sons et l’énergie.

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