Lonepsi - © Ojoz
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Lonepsi en interview : “De cet album j’allais en faire un film, mais sans images, juste avec des paroles et des musiques”

Exclusivité aficia

Encore frais dans le paysage artistique, Lonepsi a parlé musique avec aficia, entre début de carrière et avenir à écrire. Des propos plein de bon sens et une réflexion à découvrir sans attendre…

À presque 26 ans, Lonepsi possède déjà un solide bagage musical, ponctué de plusieurs projets, dont Les premiers sons du reste de ma vie et Sans dire adieu, sortis respectivement en 2017 et 2018.

Sa plume est caractéristique, ses vers jouissent d’une écriture habile. En mai 2020, ils sort Toutes les nuits du monde, un nouvel EP qui marque un tournant dans sa jeune carrière. Son meilleur terrain de jeu reste lui-même, le rappeur puise dans ses émotions, son vécu et son ressenti pour offrir une danse intime, mélancolique, parfois poétique.

Lonepsi : l’interview…

Pour commencer, comment te présenter rapidement à un public qui ne te connaîtrait pas encore forcément ? Et comment le séduire ?

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Je dirais que j’essaye de faire de mon mieux, pour mettre à la fois toute mon énergie dans le texte et à la fois toute mon énergie dans la musique. Je suis auteur, compositeur et interprète, et parfois je fais du rap, parfois de la chanson, parfois un mélange des deux.

C’est comme ça que tu définis ton style musical ?

Si je devais définir mon style musical je dirais que… En fait je n’aime pas parler de style musical, je préfère dire que je fais de la musique tout simplement et je fais de mon mieux pour qu’elle sonne bien, pour qu’elle me plaise dans un premier temps, et qu’elle plaise aux autres dans un second.

Mais je n’aime pas parler de style musical parce qu’à notre époque c’est quelque chose de presque désuet, les artistes de ma génération font une musique très variée, dans un album on peut retrouver des sonorités africaines, espagnoles, de la chanson française, du rap pur… Y’a pas un style, c’est juste de la musique. Après est-ce qu’elle plait, est-ce qu’elle est bien faite, est-ce qu’elle est le fruit d’un travail plus ou moins abouti ? C’est une question à laquelle je n’ai pas vraiment de réponse.

Tu as un véritable sens des mots avec une plume très aiguisée. Comment as-tu eu cette passion de l’écriture et au-delà de ça l’envie d’allier la verve au rap ?

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Je dirais que ça s’est fait en deux temps. Le premier temps, il est un peu inexplicable parce que c’est quelque chose d’inné, un goût pour les mots que j’ai toujours eu. Et dans un second temps c’est la rencontre en première avec une professeure de français qui m’a fait découvrir la littérature et les poètes.

J’ai toujours écrit, mais disons que j’écrivais sans avoir jamais lu. Et à partir du lycée, j’ai commencé à voir différemment les mots, mais légèrement, ça n’a pas changé du tout au tout.

L’écriture et la musique de façon plus générale me permettent d’être quelqu’un de plus épanoui,
de plus positif et de plus joyeux dans la vie de tous les jours.

Lonepsi

Ton univers semble tissé de mélancolie. Est-ce que c’est un besoin d’avoir ce côté assez sombre ?

Je ne sais pas si c’est un besoin, en tout cas c’est une évidence. À l’heure où je te parle, je ne me vois pas faire une musique avec une autre esthétique, avec des accords plus majeurs et plus joyeux. J’ai toujours aimé les musiques un peu plus tristes. Avant un entretien d’embauche, avant des partiels, quand je devais me concentrer… Même de bonne humeur j’écoutais des musiques tristes.

C’est l’ego, ça s’explique difficilement. Je pense la première claque musicale que j’ai eu c’était le “Clair de lune” de Claude Debussy, c’était une musique visiblement triste, et je pense qu’elle a mis en moi des dispositions qui ont changées beaucoup de choses.

Baudelaire, la nuit, les clairs de lune… C’est un environnement qui t’inspire, qui t’aide dans ton travail ?

Mais pas que, il y a aussi des choses beaucoup plus simples… Des rencontres, des films, des détails qui changent tout, des musiques, des peintures, des expositions. Ce sont toutes des choses qui m’inspirent.

Ton art a également un côté très introspectif en parlant de tes amours, de tes peines, de tes espoirs… Il y a une sorte d’exutoire dans ta manière de travailler et d’apporter les choses ?

Oui. Le personnage que je décris dans mes textes en parlant à la première personne, si je ne le décrivais pas, si je l’écrivais pas, si je ne le sublimais pas dans mes textes je serais exactement dans la vie le personnage que j’incarne dans ma musique.

L’écriture et la musique de façon plus générale me permettent d’être quelqu’un de plus épanoui, de plus positif et de plus joyeux dans la vie de tous les jours.

Je n’ai pas envie d’inviter quelqu’un dans mon album alors qu’il n’a pas fait partie de ma vie.

Lonepsi

De même, cette manière d’écrire, douce, poétique et introspective est bien loin des ‘codes’ habituels du rap. Est-ce que tu t’es déjà dit que ce talent et cette écriture pouvaient être un frein au succès finalement ?

Non… J’ai déjà fait un morceau qui s’appelle “Le chien et le flacon”, un titre emprunté au poème de Baudelaire. Il compare le public à un chien qui est content et qui remue la queue que lorsqu’on lui présente de la merde. Et quand on lui présente un flacon sophistiqué avec 50 arômes qui rend la compréhension du parfum complexe, le chien baisse la queue et se met à grogner comme s’il était en colère. Baudelaire fait l’analogie entre ce chien et le public, et moi je ne suis pas d’accord avec Baudelaire et je pense que les gens peuvent aussi aimer les choses un peu plus élaborées.

En fait je met toute ma confiance dans le public et je fais un pari sur lui. Je ne dis pas que ma musique est sophistiquée et élaborée mais je pense, vu que tu me poses la question, que le public peut être amené à aimer des choses un peu plus complexe qu’une simple musique ou qu’un simple texte.

Tu viens de publier ton EP, Toutes les nuits du monde. Quel est le message central de ce format ?

C’est un message que je m’adresse à moi-même. C’est une tentative de compréhension de quelques histoires qu’il y a eu dans ma vie. Parfois des histoires amoureuses, des histoires personnelles, entre moi et moi. Parfois je parle de rêves qui n’ont pas pu être exaucés, je parle aussi de la pluie car elle m’évoque bien plus que la pluie elle-même. C’est un message que je m’adresse à moi-même pour tenter de comprendre un peu mieux ma vie et de la rendre un peu plus supportable.

On te retrouve derrière la composition et l’écriture de chaque titre. C’est une chose essentielle pour toi d’avoir la main mise sur ce que tu interprète et partage au public ?

Concernant l’interprétation et l’écriture oui c’est très important pour moi. Concernant certains aspects de la musique je sais que j’ai plus de lacunes et je reste très ouvert à des collaborations, pour travailler avec des réalisateurs, des producteurs. Mais je n’ai pas encore rencontré l’âme-sœur musicale, quelqu’un qui comprenne ma musique et qui sache où je veux aller.

Alors je suis le seul compositeur de mes musiques mais si un jour la vie met sur mon chemin un producteur ou un réalisateur qui sera me comprendre, alors je laisserai la porte grande ouverte.

Cet EP annonce d’une certaine manière un album à venir. À quoi le public doit s’attendre ?

Je voulais partir d’une idée pour l’album, qui était de proposer des musiques de films, des musiques cinématographiques et orchestrales, avec des touches modernes, à la fois rap mais aussi d’autres influences propres à notre époque. J’ai trouvé cette idée bien, mais pas assez assumée, pas assez musclée si je puis dire. Alors j’ai décidé de la renforcer en me disant que de cet album j’allais en faire un film, mais sans images, juste avec des paroles et des musiques. C’est mon défi, je ne sais pas dans quelle mesure c’est possible, et à quel point je vais y arriver ou ne pas y arriver, mais c’est mon objectif.

Je ne travestirai pour rien au monde ni mes textes, ni ma façon de raconter les histoires.

Lonepsi

Sur ce format d’album, tu aimerais collaborer avec d’autres artistes ? Si oui, tu as des idées précises ?

Inviter un autre artiste sur un album, j’ai du mal à le concevoir parce que je fais des albums très introspectifs et très personnels, et je n’ai pas envie d’inviter quelqu’un dans mon album alors qu’il n’a pas fait partie de ma vie. Mais faire des collaborations extra-album, ça oui avec grand plaisir ! Là j’ai pas de nom à te donner parce que je voudrais pas faire de jaloux (rires) mais c’est des choses qui vont se faire.

Aujourd’hui l’industrie musicale va très vite. On se retrouve dans un monde de consommation parfois ‘fast-food’ de la musique. Tu n’as pas cette peur de n’être qu’un artiste éphémère ?

Non parce qu’on est éphémère qu’aux yeux des gens et le regard des autres ne m’intéresse pas grandement. Si je continue à faire des musiques et des textes qui me ressemblent, pour moi c’est l’essentiel. Et ça j’en ai pas peur parce que je sais que j’ai la tête sur les épaules et que je ne travestirai pour rien au monde ni mes textes, ni ma façon de raconter les histoires.

C’était la seconde partie de ma question. C’est ça en fait, tu ne vas pas tenter des choses où essayer de ne plus être toi-même pour continuer d’exister ?

Non ça ne m’intéresse pas ça. Dans une autre vie peut-être, mais là non !