Nolwenn Leroy en interview : « Aujourd’hui, une chanson qui n’est plus chantée, elle est morte »

Nolwenn Leroy vient de dévoiler son album de reprises Folk. À cette occasion, elle s’est entretenu avec aficia. Confidences d’une artiste aux multiples facettes !

Il y a bientôt 16 ans, Nolwenn Leroy remportait la seconde édition de la ‘Star Academy‘. Depuis, la chanteuse bretonne compte sept albums à son actif. Folk, le dernier en date dévoilé le 2 novembre, renferme des reprises de titres appartenant à ce répertoire musical indémodable.

Artiste aux goûts et répertoire hétéroclites, Nolwenn Leroy s’est confié à aficia sur sa carrière, ses combats de femme et d’artiste ainsi que ses sources d’inspiration… Confidences !

Nolween Leroy… l’interview

De nombreux fans se demandent pourquoi ton précédent album, Gemme, a été si peu exploité et ce malgré de bonnes ventes…

Justement je me pose aussi la question ! J’aimerais tant pouvoir y répondre mais je crois que moi-même j’aurais pu la poser. Effectivement, il y avait beaucoup de bonnes chansons sur l’album et il s’est plutôt bien vendu. Je crois, si mes souvenirs sont bons, qu’il y a plus de 100.000 exemplaires écoulés aujourd’hui. Par rapport à mes albums précédents, peut-être qu’effectivement nous ne sommes pas arrivés aux même niveau de ventes mais dans l’absolu et avec l’état actuel du marché du disque, je pense que les ventes sont plutôt très bonnes.

Ma seule réponse possible, c’est qu’il y a du avoir un mauvais alignement des planètes au moment de la sortie de l’album. Il y a sûrement d’autres sorties d’albums de mon label et en général à ce moment-là. Moi, j’écris des chansons, ensuite on sort l’album, je vais le présenter aux médias et puis après on fait en sorte qu’il ait une belle visibilité. C’est pareil pour tous les artistes et je comprends que le public se pose ce genre de questions concernant le travail sur la longueur d’un album entier. En toute sincérité, je suis la première à être déçue de la tournure des événements après la sortie du premier single de Gemme.

Heureusement, il y a eu une très belle tournée avec de nombreux concerts. J’ai fait vivre toutes ces belles chansons sur scène. Mais tout comme le public, je suis obligée de dire que j’ai une certaine déception. Ça ne dépend pas de moi…

Toujours du point de vue des fans… Pourquoi apportes-tu si peu d’importance à la création de clip toi qui dit souvent que l’image est importante ? As-tu conscience de la frustration de ta fan base dû à cela ?

Je pourrais te donner la même réponse que pour la question précédente. On me demande souvent pourquoi il n’y a pas de second clip au moment de la sortie du deuxième single. Ça reste, là aussi, une énigme absolue ! (Rires) J’en suis la première attristée et déçue. Cette chanson méritait vraiment d’avoir son propre clip…

Je suis consciente qu’il y a eu une grosse déception de la part de ceux qui me suivent depuis le début et qui n’ont pas compris que l’album soit si peu mis en lumière. C’est dommage car c’est vrai que l’image est très importante pour chacun de mes projets. Ça n’a pas aidé pour la suite du développement de l’album. Ça envoie un message étrange…

Tu reviens avec cet album de reprises de titres folk. De nombreuses personnes voient ce genre d’exercice comme de la facilité. Que penses-tu de cela ?

Peut-être que certains n’apprécient pas ce travail mais moi je trouve ça plaisant. Si personne n’appréciait les reprises, je pense que nous n’aurions pas vendu plus de 1,5 millions d’exemplaires de Bretonne. Ça ne m’empêche pas de travailler sur mes propres chansons et d’avoir des moment consacrés à la création. Ces albums de reprises viennent ponctuer des albums de chansons originales. L’un n’empêche pas l’autre, loin de là. Je me nourris toujours de ces projets, je les vois comme des parenthèses, comme une sorte de respiration entre mes albums de créations originales.

Ce que je réponds à cette remarque que l’on peut entendre c’est pas parce que je me vois comme passeur, de chanter des titres d’autres artistes, de continuer à les faire vivre en offrant une nouvelle lecture et en les faisant découvrir aux nouvelles générations que ça t’empêche de continuer à créer à côté.

Folk reste un album qui a un sens une cohérence dans la globalité de ma discographie. Il y a un lien entre ces albums de reprises et les autres. Je ne fais pas un album de reprises d’un artiste qui n’a rien à voir avec le style de chansons que je peux écrire. En l’occurrence, le premier chanteur folk français c’est Alan Stivell dont je me suis inspirée pour mes compositions.

En ce qui me concerne, j’entends très peu que je suis dans la facilité. Les personnes qui font ce genre de remarques sont des personnes qui n’ont pas suivi ce que j’ai pu faire depuis le début de ma carrière donc ce n’est pas très grave.

Qu’est-ce que ce nouvel album représente pour toi ?

Une respiration, une parenthèse… Mais une parenthèse qui me nourrit. En travaillant et en proposant ces relectures de chansons que j’aime, qui sont réconfortantes, intemporelles et font du bien,ça m’apporte beaucoup dans mon écriture. J’y puise une certaine inspiration pour mes propres projets. Elles nous plongent dans une certaines nostalgie. Ça fait du bien de pouvoir les réentendre.

Le choix de placer ta reprise de « Je ne peux plus dire je t’aime » en tête de la tracklist. Est-ce une manière de rendre hommage à Jacques Higelin ?

Certainement ! C’est vrai que Jacques Higelin qui nous a quitté il y a peu est un artiste dont les chansons sont très peu reprises. C’était un tel artiste qui ne faisait qu’un avec son personnage et les chansons qu’il a pu chanter. On entend si peu son répertoire à la télé… C’est pas si évident que ça ! Cette chanson est tellement magnifique et c’est un artiste tellement emblématique des années 70 que c’était difficile de ne pas lui trouver une place sur cet album. On a essayé de lui rendre cet hommage en étant le plus simple et dépouillé possible, dans l’essence de la mélodie et du texte. J’ai eu la chance de travailler avec un musicien extraordinaire qui s’appelle Clément Ducol qui a vraiment apporté un supplément d’âme à toutes ces magnifiques chansons et notamment celle-ci.

Je crois que le plus difficile quand on fait une reprise pour en revenir à ta question de tout à l’heure c’est que les personnes extérieures ont tendance à voir une certaine forme de facilité. Pas du tout. Je crois que la facilité c’est de toujours essayer de prendre le contre-pied systématiquement quand on fait une reprise, de faire up-tempo quand on a un slow et inversement, de casser la chanson comme on peut le voir dans des télé-crochets ou d’émissions de variétés. C’est dommage ! Quand on reprend un artiste on doit servir son oeuvre en restant le plus fidèle possible tout en lui apportant sa sensibilité. Il n’y a rien de plus difficile que reprendre les chansons des autres… Il n’y a pas plus beau témoignage que de voir que nos chansons continuent à vivre quand on est artiste. C’est ce que nous avons essayé de faire avec « Je ne peux plus dire je t’aime ».

Aujourd’hui, une chanson qui n’est plus chantée, elle est morte. On a tendance à dire que reprendre des titres empêche la création mais c’est tout l’inverse ! On le voit aussi dans la mode vestimentaire, la création s’inspire souvent du passé dans lequel on vient puiser son inspiration pour créer des choses nouvelles. C’est un éternel recommencement… D’accoler les mots reprises et facilité c’est un lieu-commun très souvent véhiculé par les médias et que le public reprend par la suite. Mais je ne comprends pas comment le fait de reprendre de grandes chansons empêche la création. Je trouve ça tellement ridicule, c’est débile !

Découvrez « Je ne peux plus dire je t’aime » par Nolwenn Leroy :

As-tu eu l’occasion de faire écouter tes reprises à certains des artistes concernés  ?

Absolument ! Bien sûr que certains ne sont plus parmi nous mais il y en a beaucoup comme Nicolas Peyrac, Francis Cabrel et Yves Simon qui sont encore là. Pour parler de Nicolas Peyrac par exemple, je lui ai envoyé un petit mot avant la sortie de l’album en lui disant que l’on ne pouvait pas se passer du titre sublime qu’est « So Far Away From L.A ». Le film de cette chanson représente tellement les années 70 qu’on se devait de la mettre dans la tracklist. Il a été touché par ma version et il m’a envoyé un message qui m’a fait chaud au cœur. Quand on parle d’hommage, on espère que ce dernier va être bien reçu et ça a été le cas. J’étais très angoissée de lui envoyer le titre parce que j’avais envie que tout se passe bien. Au final, tout s’est bien déroulé donc ça fait vraiment plaisir !

Comment as-tu fait le choix des titres présents sur ce nouvel opus ?

J’ai commencé par faire une liste idéale selon moi en laissant pas mal de chansons de côté qui feront peut-être l’objet d’un second volet. Je n’aime pas les albums longs donc j’ai fait un vrai choix. J’ai recoupé ma liste avec celles d’autres personnes qui connaissaient bien cette période ou qui ont une passion pour la musique folk. Voilà, comment le choix s’est fait.

Si tu ne devais retenir qu’un titre de cet album, lequel serait-ce ?

Alalala que c’est dur ! (Rires) Je dirais, je dirais… En fait, j’en vois deux. Ça serait « Marions les roses » du groupe Malicorne et la chanson de Jacques Higelin. Il y a aussi la chanson de Francis Cabrel qui a une histoire particulière et personnelle sur cet album. C’est difficile de choisir… Ça serait « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai » pour l’histoire personnelle et « Je ne peux plus dire je t’aime » pour le second choix.

Cet album, enregistré au Studio Feber, est réalisé dans les conditions live, à l’ancienne. Pourquoi avoir fait ce choix dans la production ?

Faire ce choix avait un sens par rapport au style de musique que l’on retrouve sur l’album. C’est un album de parti pris, on a rien laissé au hasard dans la façon de l’enregistrer. Ça allait de soi d’enregistrer ces chansons comme elles ont pu l’être à l’époque, le plus simplement du monde. Et puis dans la musique folk, il n’y a pas de minauderies, c’est pas propret. On a fait 4-5 prises pour chaque titre et on a gardé la meilleure. Il y a très peu d’albums qui sont enregistrés de cette manière aujourd’hui et c’était très important pour moi de pouvoir travailler dans ces conditions. Dans la façon de chanter, d’enregistrer et de travailler avec Clément Ducol, ça m’a beaucoup apporté dans ce que j’ai pu mettre dans mon chant.

Il y a peu tu étais à Lyon pour chanter devant l’immense et la talentueuse Jane Fonda. Des parcours comme le sien t’inspirent-ils dans ta vie de femme, d’artiste et de mère ?

C’est certain ! Jane Fonda c’est  quand même une sacrée gonzesse… C’est un honneur que d’avoir chanté pour elle lorsqu’elle a reçu le Prix Lumière. C’était vraiment un beau moment. Effectivement, ça ne peut être qu’une inspiration parce que c’est une femme de cœur, de tête et d’engagement. Elle m’inspire par rapport à mes propres engagements que je tiens depuis très longtemps. J’étais engagée avant même qu’artiste soit mon métier. Je suis partie en voyage humanitaire au Mali pour distribuer des fournitures scolaires dans des petits villages lorsque j’avais 13 ans. Après j’ai fait fac de droit justement pour éventuellement faire ma vie professionnelle dans l’humanitaire au cas où la musique ne marche pas. C’était aussi un engagement citoyen. Aujourd’hui, le fait d’être artiste me donne l’opportunité de poursuivre dans cette voie d’une manière différente. C’est en cela que le parcours de Jane Fonda m’inspire…

Une dernière question qui brûle les lèvres de tes fans… Folk fera-t-il l’objet d’une tournée ? Voir de quelques prestations live ?

Absolument ! On a déjà pas mal de séances de dédicaces et showcases de prévus jusqu’à Noël. Et puis à partir du mois de mars, on repart en tournée avec l’album Folk. On sera au Trianon les 26 et 27 mars et également dans le reste de la France avec des festivals l’été prochain. Il y une sorte de fondu enchaîné entre les deux tournées puisqu’il nous reste des dates du « Gemme Tour » jusqu’à la fin du mois de novembre. On reste sur la route pour mon plus grand bonheur car c’est quand même ce que je préfère faire. On va pouvoir retrouver l’ambiance et le son que l’on peut entendre sur l’album lors de la tournée qui arrive. Ça va être une très belle tournée !

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