Peter Peter - © Paul Rousteau
Peter Peter - © Paul Rousteau

Peter Peter en interview : « Je me fous de savoir si je vais toucher un public mainstream ou pas »

Le chanteur québécois Peter Peter publie ce mois-ci son troisième opus Noir éden, romantique, troublant et lumineux à la fois. Il en parle sur aficia.

Six années se sont écoulées depuis la sortie de son premier disque, mais Peter Peter a su rester ce héros romantique qui nous avait tant touchés. À travers le troisième, baptisé Noir éden, ce Québécois parisien de cœur marque toutefois une évolution majeure dans la forme, mêlant une pop minimaliste aux influences multiples à des tourments amoureux. Plein de paradoxes, il nous berce dans un doux rêve éveillé, partageant aussi avec nous ses états d’âme sur des rythmiques synthétiques et enivrantes. Mais qu’on se rassure, tout est bien réel…

Tu as laissé s’écouler un an entre la sortie de tes deux premiers disques. Là, ce sont quatre années qui nous séparent du second. Comment expliques-tu ce temps long nécessaire à la confection de Noir éden ?

C’est vrai. Mais mon deuxième album Une version améliorée de la tristesse, je l’ai publié en France deux ans après qu’il soit sorti au Canada, quand je me suis installé à Paris, en 2014. J’ai été longtemps sur la promo de celui-là. Et une fois la tournée terminée, je n’avais qu’une ou deux chansons dans la tête. Je ne me sentais pas prêt pour construire un album entier. Alors j’ai pris mon temps, je me suis installé dans un appartement pour y réfléchir. J’ai mis aussi beaucoup plus de temps sur Noir éden parce que la production s’est faite entre Paris et Montréal. C’est ce qui explique aussi pourquoi le processus a été long.

Peut-être aussi parce que ce disque s’éloigne des précédents. Je ne veux pas parler de virage, mais on est quand même sur un son plus pop, plus produit.

Effectivement, j’ai commencé à bosser sur ce disque-là avec des personnes que je connaissais déjà. Mais après plusieurs jours de studio, j’ai décidé de rentrer chez moi, seul, pour le construire différemment du précédent. Je suis parti dans quelque chose de différent, de plus artisanal aussi. J’ai plus travaillé sur les matières, ce que je n’avais jamais vraiment fait en réalité. Avant, je faisais beaucoup confiance à mon co-réalisateur en studio. Tandis que là, je me suis finalement plus investi et je me suis aussi beaucoup plus fait confiance. C’est comme un cheminement qui s’est fait inconsciemment dans ma tête et qui me permet de sentir que cet album, c’est vraiment moi.

« J’ai compris que tout pouvait venir de moi »

Artistiquement parlant, ça veut dire que tu as appris des choses sur toi-même j’imagine…

J’aime travailler avec les gens, mais je dois admettre que ça m’a permis de comprendre que je devais faire confiance à mon instinct. J’ai compris aussi que tout pouvait venir de moi, que j’en suis capable.

Es-tu prêt à dire que ta musique est instinctive ?

Oui, on peut dire ça. Mais je crois aussi que c’est important de prendre de la hauteur et de savoir se remettre en question. Je ne crois pas qu’il y ait des artistes qui sont 100% calculateurs ou d’autres qui font tout par instinct. Il faut trouver sa place entre les deux, sans être trop sûr de soi. Moi, je suis plus dans les sentiments, les épanchements…

Il y a comme une sorte de paradoxe entre l’assurance dont tu fais preuve depuis le début de cet entretien et la réserve, pour ne pas dire la pudeur, que l’on devine à travers ta musique et tes clips.

(Rires) D’une interview à l’autre, je n’ai pas toujours le même discours et je n’appréhende pas nécessairement les choses de la même manière. Ce n’est pas quelque chose de tangible. Pour aller dans ton sens, je dirais que même lorsque je pense avoir compris Noir éden, je me rends compte que ce n’est pas le cas. Je pense que je suis un paradoxe dans plein d’autres domaines. (Sourire)

« J’ai toujours eu envie de tout recommencer »

Pourquoi avoir choisi de venir vivre et travailler à Paris ?

Pour moi, déménager d’une ville à l’autre au Québec, ça ne suffisait pas. J’ai toujours eu envie de tout recommencer, sans connaître personne et sans avoir aucune référence. Paris, c’est une ville que j’aime depuis que je l’ai découverte. Il s’y passe tellement de choses… C’est une ville qui me permet de retrouver ma solitude lorsque j’en ai envie, même si j’ai tissé des liens avec pas mal de gens ici. À un moment, j’étais trop seul justement. Je devenais fou, je me posais beaucoup de questions… Maintenant, je ne vois plus Paris comme la raison de ma solitude.

Pourquoi ne pas avoir tourné le clip de « Noir éden » à Paris dans ce contexte-là, plutôt qu’à Berlin ?

Il n’y pas vraiment de raison qui explique qu’on soit allé à Berlin en fait. Pour tout dire, j’envisageais d’aller à Tokyo au début. Mais comme nous n’avions pas assez d’argent, ça a été Berlin. (Sourire) Je ne connais pas encore cette ville comme je le souhaiterais, même si j’y suis resté cinq jours. On a fait surtout beaucoup de repérage. Donc il va falloir que j’y retourne. Pour le clip de « Noir éden », j’avais envie de me placer au milieu d’un environnement un peu à risques, plutôt épuré, qui mette bien en perspective le chemin que parfois on a besoin de parcourir pour avancer, en allant d’un point A à un point B. Comme une quête… Avec le recul, je suis content qu’on ait fait ça là-bas parce qu’on aurait pas pu avoir ce rendu à Tokyo. Ça aurait plus été axé sur le décor que sur cette réflexion personnelle.

Découvrez le clip du single « Bien réel » de Peter Peter :

Sur cet album, tu parles beaucoup d’amour. Au fil des titres, on voit d’ailleurs se dessiner l’ombre d’une autre personne. À qui t’adresses-tu ?

Quand je pense à Noir éden, je ne pense jamais à l’amour. Puis, à un certain moment, ça me revient… Et je constate qu’il y a en effet des chansons d’amour dedans. Je pense qu’en fait, elles sont le reflet de ce cheminement qui m’a beaucoup occupé l’esprit durant toutes les années de Noir éden. Toutes cette période où je me suis senti un peu seul et durant laquelle j’ai cherché quelqu’un, alors que je paraissais serein. Ça laisse aussi transparaître mes histoires d’amour, et le fait qu’on a tous besoin d’avoir quelqu’un à ses côtés je pense. L’amour, c’est la seule connexion que j’avais avec la réalité pendant cette période-là.

« Je ne sais pas si un jour je serais numéro un des charts »

Cet album est très cohérent, mais il y a aussi des grands écarts. On part dans des registres très différents, avec des titres qui se détachent comme « Allégresse » ou bien « Little Shangri La ». Que signifient ces titres qui apparaissent comme des ponctuations ?

Tu as très bien résumé ce disque. (Sourire) J’avais envie de pistes qui se clashent entre elles. Aucune idée de pourquoi en revanche ! Une version améliorée de la tristesse était un peu plus esthète. Là, la cohérence se joue plutôt dans les thèmes plus que dans les choix d’instruments qui en font un album électro-pop, de type anglo-saxon.

Comment est-ce qu’on peut définir le son de cet album justement ?

J’ai hâte de voir comment mes titres vont être interprétés et quels adjectifs on va leur associer. Pour moi, ce qui est sûr, c’est qu’il est l’album le plus personnel. Je préfère laisser une page blanche à tout ça, pour ne pas influencer les opinions.

Malgré tout, quelle place penses-tu pouvoir occuper sur la scène pop française ?

Je trouve que c’est une bonne question, parce que je me la pose moi-même. J’ai toujours été un peu torturé par cette idée de savoir où me placer. Je suis quelqu’un qui ne se mélange pas beaucoup aux autres. Je fais de la pop, mais il y a beaucoup de choix que je ne ferais pas parce que ça me rendrait malheureux. Je ne sais pas si un jour je serais numéro un des charts… J’ai beaucoup de mal à me projeter. Et puis, quand je réfléchis trop à ces choses-là, ça me rend anxieux… Je m’en fous de savoir si je vais toucher un public mainstream ou pas en fait.

N’y a-t-il pas plutôt une crainte de ne pas être totalement compris ?

Oui, je pense. Pour te donner un exemple, j’ai beaucoup hésité à mettre « Loving Game » dans l’album, parce qu’il était très pop. Mais je me suis dit qu’il faisait partie de son histoire, qui est celle de savoir si je peux faire quelque chose à la fois personnel et m’ouvrir aux gens.

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