MC Solaar et Youssoupha : quand le rap français rallume les Nuits de Fourvière

Piliers du rap français, MC Solaar et Youssoupha se produisaient aux Nuits de Fourvière ce mardi 2 juin. Entre rap, jazz, et confession, retour sur une soirée où la « prose combat ».

La pluie tombait, mais le Solaar est revenu. Aux côtés de Youssoupha et du groupe de jazz Supersonic Social Club, « MC Claude » a fait rayonner l’héritage du rap français sur le théâtre Gallo-Romain de Lyon, ce mardi 2 juin. Un show intimiste mêlant les sonorités accoustiques jazzies des dix musiciens présents sur scène à la prose technique et affutée des deux tauliers du rap français.

Pourtant, ce sont bien les deux soeurs Sacha et Laurina, du groupe roannais Malaka qui ont commencé à réchauffer les coeurs des spectateurs, trempés par la pluie. Leur musique ? Indescriptible, tant tournée vers l’émotion que vers la puissance vocale, douce bourrasque pourrait-on dire. Sacha arrive sur scène. Seule ? Non, accompagnée par sa guitare. Puis tour à tour, le décor s’installe. Laurina débarque, basse à la main, suivie par le batteur ou plutôt percussionniste du soir. Elles interprètent « Blacky Blood », une ode à la liberté capillaire. Entre les deux soeurs, la synergie est stupéfiante, leurs voix se fondent entre elles pour n’en former qu’une seule. Zouk, soul et sonorités exotiques, ponctuées d’une danse presque onirique, Makala chante sans compromis. La lumière blanche centrée sur elles au milieu de l’obscure clarté du théâtre Gallo-Romain, cela tient presque du spirituel. En seulement 20 minutes, le public comprend la marque Malaka, avec leurs titres « Woulé« , ou encore « Mangrove » : une musique enracinée dans leur culture, mais dont l’arbre est lui, bien libre.

Jazz, rap et héritage

Après cette performance hors du temps, un nouveau décor s’installe. Nous voilà transposés à la Nouvelle-Orléans, aux racines même du jazz. Un canapé en cuir, un bar qui fait office de DJ Set, les dix musiciens et choristes du Supersonic Social Club posent les bases de ce qui va définir le reste de cette soirée : jazz et héritage. Le public trépigne d’impatience. Ils sont là. MC Solaar, plume intemporelle du rap français, vêtu d’un costume trois-pièces noir, et d’un chapeau assorti. Youssoupha, son complice du soir a fait le choix des lunettes noires, et d’un costume bleu à rayures. Les dés sont pipés, ce concert s’avance comme une ode au rap français. En témoigne le premier titre, « Qui sème le vent récolte le tempo » de MC Solaar, l’un des premiers classiques du genre. Aucun des deux ne se grille la priorité, la setlist alterne entre les discographies des deux tauliers. « Viens » et « Suprême’ du « lyriciste Bantou », précèdent le classique « Nouveau Western » samplé sur « Bonnie & Clyde » de Serge Gaisnbourg et Brigitte Bardot. Les deux compères leur feront même un clin d’oeil en interprétant le titre. « Je demande à mon idole de jouer Brigitte Bardot » ironise Youssoupha.

Entre électricité et confession

Puis, à l’image du jazz, parfois énergique, parfois mélancolique, le décor se transforme. Le canapé est déplacé au devant de la scène, l’ambiance est plus feutrée, plus sobre, comme si les deux artistes avaient des choses à confesser à leur public. Youssoupha interprète « prier sans crainte », issu de son dernier album, Amour Suprême. « Est-ce que tu t’es déjà senti seul ? Même au milieu des gens, tu t’es senti seul ? / Voilà l’épisode que j’traverse dans ma vie. Et j’espère que c’est pas ça, l’épilogue de ma vie. « Claude MC », lui, opte pour « la cinquième saison », sorti en 1998.

Le Supersonic Social Cub aussi a son moment de gloire. Un mashup entre « Dream’in » et « les Temps changent ». Quoi de mieux pour montrer que rap et jazz sont encore à la mode, encore plus quand ils se mêlent ensemble. L’amour aussi a occupé une place prééminente, d’abord envers le public, puis par l’intermédiaire de leur standards respectifs, « Caroline » et « Jiji ». En cette fin de soirée, les classiques pleuvent à nouveau de « Grand Paris » à « Prose Combat », jusqu’à « Solaar Pleure », climax de la soirée. Le public est en éruption, de quoi transformer Lugdunum en Pompéi. Après le mythique « on se connait », symbole de communion entre les artistes et leur public, Youssoupha a rendu hommage « à son idole ». « Cela fait des années que je rêve de ce moment, des années qu’on bosse sur ce projet. J’aurais bien aimé être en groupe, j’ai toujours eu cette frustration. La première fois dans ma vie où j’ai un groupe, c’est avec mon idole » a-t-il confié, ému. Preuve que l’émotion fait partie de l’ADN du rap, plus de cinquante ans après sa création.