C’est une artiste que l’on suit depuis ses débuts. Woody aborde son retour avec sérénité. Entre tournée, indépendance totale, santé mentale et ambition assumée, elle se livre sans détour sur son parcours au cours d’une interview sans filtre sur aficia.
Chanteuse, compositrice et interprète pop, Woody trace sa route depuis trois ans dans une pop en anglais habitée par les grandes voix qui l’ont façonnée, d’Adele à Amy Winehouse. Après un premier EP en 2023 et une tournée marquante aux côtés de Kazy Lambist, l’artiste revient en indépendant avec de nouveaux titres. En live, en studio, dans les doutes comme dans l’ambition, elle avance avec détermination. Rencontre sans filtre à quelques jours de la sortie de Mental Rest. Nous l’avons rencontré au Bise Festival à Nantes et avons abordé une interview sans filtre comme on les aime. Entre vérité du métier et rêves encore bien enfouis…
Woody en interview sans filtre :
Bonjour Woody. Pour commencer, tu dirais que tu es une artiste de studio ou de live ?
Live, 100%. Je me rappelle pourquoi je fais ce métier quand je suis sur scène. C’est ce que je préfère à 200 %. J’adore composer, j’adore le studio, mais la scène, c’est une nécessité. J’ai besoin d’être sur scène plus que de retourner en studio.
Mais tu fais essentiellement des premières parties au stade de carrière où tu en es, et c’est un exercice particulier…
Oui, parce que les gens ne viennent pas pour toi. Tu n’es pas forcément leur cœur de cible. Mais j’ai eu énormément de chance. J’ai accompagné Kary Lambist pendant un an et demi sur sa tournée, et même quand je ne chantais pas mes propres titres, les retours étaient hyper bons.
Plein de gens sont allés écouter mes chansons après m’avoir vue en live. Alors que ce n’est pas du tout le même style de musique. Ils me disaient qu’ils avaient eu un super feeling sur scène. Ça m’a énormément encouragée. Au début, je me demandais si ça avait du sens de me présenter en tant que Woody dans ce contexte-là, ou juste comme “chanteuse de”. Finalement, c’est hyper rassurant de voir que la voix peut toucher indépendamment du style musical.
Tu es méso-soprano ?
Oui. Un peu plus grave qu’une soprano, un peu moins qu’une alto. J’ai grandi avec les grandes voix : Adèle, Beyoncé, Aretha Franklin, Amy Winehouse, Sam Smith… Adèle, c’est une immense inspiration depuis 2008. J’ai appris à chanter avec “Someone Like You”. Forcément, ça nourrit ma manière de placer ma voix.
Difficile de ne pas te comparer à Adele en effet..
Je ne dirais pas que je veux me rapprocher d’elle, mais oui, ça m’a construite. Après, j’ai l’impression que ce que je sors aujourd’hui est peut-être un peu plus underground que ce qu’elle peut faire. Elle a des orchestres, tout est joué en live, il y a des moyens énormes derrière.
Est-ce qu’on peut rivaliser avec ce type de production quand on est indépendante ?
C’est compliqué, mais pas impossible. La plus grande production d’Adèle, c’est son songwriting et sa voix. Si tu regardes un live guitare-voix de “Chasing Pavements”, ce qui fait la grandeur de la chanson, c’est la grille d’accords, le texte, l’interprétation. Donc oui, on peut rivaliser. Après, sur le son et l’esthétique, il faut de bonnes équipes, des créatifs ambitieux qui croient au projet. Mais je n’ai aucune envie d’attendre une major pour avancer.
Tu aspires à plus de reconnaissance ?
Bien sûr. Dire le contraire serait mentir. Je fais de la pop, ce n’est pas une niche. Évidemment que j’aimerais élargir mon audience, faire plus de concerts, toucher un public un peu partout, d’autant plus que je chante en anglais. Mais ce n’est pas la raison première pour laquelle je sors de la musique. Si 10 personnes sont à 300 %, c’est déjà énorme.
On est trop noyés dans les chiffres aujourd’hui. Les monthly listeners, les stats… Mais imagine déjà 50 000 personnes qui t’écoutent tous les mois. En vrai, c’est gigantesque. Et le live remet tout à échelle humaine. 300 vraies personnes dans une salle, c’est immense.
Tu parles souvent de parcours du combattant. Pourquoi ?
Parce que tout prend du temps. Les changements d’équipe. Les remises en question. Les réponses aux mails dont tu dépends. Les agendas. Les plateformes. Les périodes de sortie où il y a trois grosses releases et où tu sais que c’est mort. Et produire un disque, c’est chercher des financements, faire des demandes de subventions, trouver les bonnes personnes créatives. Tu écris 60 chansons pour en sortir 6. En parallèle, tu tournes. Trois dates dans la semaine, deux jours de voyage. Tu rentres fracassée, mais il faut continuer à bosser sur ton projet, faire vivre tes réseaux. Parfois tu as la tête dans le guidon et tu trouves ça interminable. Et en même temps, quand tu regardes derrière toi, tu te dis : j’ai fait du chemin.
Quelle est ta situation aujourd’hui ?
Je suis intermittente maintenant. Je n’ai pas de métier parallèle Avant, je vivais chez ma mère, je n’avais pas de loyer à payer. Là, je vis de la musique. Mais le projet Woody me mange tout mon argent. Dès que j’ai un peu de fonds, ça repart dans le projet : enregistrements, tenues de scène, matériel, lumières, trépieds… C’est un investissement permanent. Et oui, j’espère que c’est pour le long terme. Mais tant que j’y crois, j’y vais à deux cents pour cent. Si un jour je n’y crois plus, je ferai autre chose. Mais faire ça à 40 %, ça ne m’intéresse pas. Mon entreprise, c’est moi. Comme n’importe quel entrepreneur qui monte sa boîte. Il faut y croire et se donner à fond.
Qu’as-tu appris avec le temps sur le métier ?
En trois ans, j’ai appris à comprendre tous les corps de métier : tourneurs, labels, promo… On est au centre d’un écosystème. Plus tu comprends qui fait quoi, moins tu te fais avoir. Même si les mauvais choix, ça arrive toujours. On a l’impression que certaines ascensions sont fulgurantes. Mais c’est faux. Regarde RAYE. Ça fait dix ans qu’elle travaille, qu’elle écrit pour d’autres, qu’elle pose sa voix sur des feats dance. Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. Tant que tu es en mouvement, tu es dans la course.
Tu parlais d’une tournée avec Kazy Lambist, plutôt electronique. Si un DJ venait à te contacter pour que tu poses ta voix sur l’un de ses morceaux, que répondrais-tu?
Je ne me ferme aucune porte. Si David Guetta lit cet article, je dirai oui (rires). Plus sé1rieusement, je fais des essais voix quand on me propose. Il faut que ça me parle un minimum. Avec Kazy Lambist, ça faisait sens humainement et musicalement. On a co-écrit, c’était naturel. Il y a pas longtemps, j’ai reçu un appel d’offres d’un producteur allemand. Cela n’a pas abouti, mais ça aurait pu donner quelque chose ! Prêter juste ma voix en full interprète, ça dépend du contexte. Je ne me ferme pas la porte, mais je ne vais pas me donner corps et âme là-dedans non plus.
Tu reviens avec le single “Mental Rest”. Tu peux me le présenter ?
Le single s’appelle Mental Rest, “le repos de l’esprit”. Je pense que c’est la chanson la plus singulière de mon prochain projet. Elle parle de ces moments où tu n’arrives pas à “switch off”, où ton esprit ne s’arrête jamais. Je l’ai écrite pour ma sœur, après une grosse conversation. Elle traverse des choses liées à la santé mentale, le fait de se sentir envahie, de ne pas réussir à verbaliser ce qui se passe à l’intérieur. Je voulais parler de ça, mais aussi de l’espoir. Se dire que ça arrive à d’autres, qu’on n’est pas seul.Je suis hyper fière du son et de l’intention.
Qu’est-ce que ça donne en live ?
En live, il y a eu un réarrangement avec Pierre Schregle à la direction musicale. Jusqu’ici, j’étais en piano-voix. Là, j’ai une musicienne avec moi : piano, SPD-SX, basse, drums, des bandes. Il y a un vrai écrin autour des morceaux. Et beaucoup d’inédits.
Un dernier mot ?
La santé. La passion. Et la grinta, comme dirait ma mère. The grit. La gnac. Oui, je suis ambitieuse. J’espère qu’un jour j’irai chercher un Grammy.




