Raphael en interview : « Je pense que je ne suis pas très saisissable »

Raphael est de retour dans les bacs avec l’album Anticyclone qu’il a déjà défendu sur scène et dont il a extrait le titre « Retourner à la mer ». Il en parle pour aficia.

Deux ans après la sortie de Somnambules, un disque en grande partie enregistré avec une chorale d’enfants, Raphael remet les compteurs à zéro. Il revient cet automne avec un huitième album de chansons, Anticyclone, réalisé en collaboration avec Gaëtan Roussel et qui renferme notamment un duo avec sa compagne Mélanie Thierry. Plus accessible que ces dernières productions, cet opus très poétique et centré sur le monde tel que le perçoit l’interprète de « Caravane » se veut le compromis entre un univers plus populaire qui lui a permis de se faire connaître à ses débuts, et plus pointu, à l’image de Pacific 231 (2010) et Super Welter (2012). Rencontre avec ce chanteur aussi doué qu’insaisissable…

Gaëtan Roussel a eu toute ma confiance.

Qu’est-ce qui t’a motivé à renouer avec une major, Sony Music en l’occurrence ?

C’est vrai que ces dernières années, j’avais rejoint un petit label, celui d’un ami d’enfance. Et lui a revendu ce label à une major. Moi, j’avais fini mon contrat… Ça faisait longtemps que je voulais travailler avec Columbia, et j’ai de surcroît beaucoup d’amitié pour Laurent Chapeau. J’avais beaucoup d’estime pour lui, et donc très envie que l’on travaille ensemble. On s’est rencontré… C’est assez merveilleux de se retrouver dans une structure comme celle-là. Et puis, c’est intéressant de sentir toute l’énergie d’une grande équipe qui vous pousse et qui a des attentes vis-à-vis de vous.

Était-ce aussi une évidence de collaborer avec Gaëtan Roussel sur ce nouvel album, plus largement qu’il y a deux ans autour de ton précédent album Somnambules ?

C’était une évidence, oui, dans la mesure où j’avais très envie. J’y ai réfléchi un petit peu… Et puis je me suis souvenu que c’était délicieux quand on avait travaillé ensemble la première fois en studio. On avait réussi à produire des morceaux en trois heures, c’était assez cool. Tout s’est passé avec une grande fluidité. Ensuite, j’avais fait un concert à La Rochelle où il m’avait beaucoup aidé sur les arrangements musicaux. Donc ce sont deux choses que j’avais faites avec lui et pour lesquelles j’ai pris beaucoup de plaisir. J’ai aussi beaucoup aimé le résultat.

À partir de là, quelle liberté lui as-tu laissé ? Qu’a-t-il apporté ?

Il a apporté beaucoup de choses. Il avait une totale liberté. C’est à dire que je le rejoignais le matin avec le texte et la musique. Je lui expliquais que s’il voulait changer quelque chose il avait carte blanche. Quitte à raccourcir le texte s’il estimait que c’était du bavardage, ou même à changer la structure. Et comme il est très élégant et délicat, il a fait des changements de manière gentille. Il a eu toute ma confiance. (Sourire)

J’ai eu quelques bides !

Quand as-tu commencé à travailler sur ce disque ? Dans quelles conditions et dans quel état d’esprit ?

Je dois avouer que j’ai commencé à travailler dessus dans des conditions très agréables. Je revenais de voyage. Je suis allé en Inde notamment, avec un ami, et puis près de Pompéi et de Naples. J’étais dans une bonne ambiance, en vacances avec ma femme et mes enfants. Techniquement parlant, c’est simple puisque je n’avais qu’un piano et mon téléphone portable. J’avais un magnétophone aussi ! (Sourire) Donc je ne suis pas passé par la case des maquettes. C’est la première fois que je zappe cette étape et ça a été très agréable. J’ai écrit les chansons assez simplement. J’ai écrit pas mal de textes, j’ai pris des notes sur un carnet, sur lequel je faisais d’ailleurs quelques petits dessins assez horribles. (Sourire)

Écoutez le titre « Les gens » de Raphael :

Peut-on qualifier Anticyclone d’introspection, relative à qui tu es aujourd’hui et à tes opinions ?

Je dirais plutôt que ce disque représente le monde dans lequel je vis. Ce n’est pas un disque que j’aurais pu écrire il y a cinq ou dix ans. Ça raconte mon époque. Et puis, c’est un disque intime, parce qu’il y est beaucoup question d’amour, de l’anticyclone qu’on peut se créer pour se protéger du monde. C’est la météo que j’ai dans la tête…

Quel était le défi de ce huitième album, après Somnambules qui était quand même très original ? Celui de lier une musique populaire à quelque chose de plus pointu, pas nécessairement aussi accessible et donc dans la mouvance des disques de ces dernières années ?

C’est ce que j’essaie de faire à chaque fois. Mais j’ai eu quelques bides ! (Rire) C’est beau de toucher les gens en essayant de faire de la chanson populaire. Tout comme on a du cinéma populaire… J’aime l’art populaire, totalement. Je viens de là. Je suis allé voir le film « Dunkerque » et j’ai été fasciné. J’ai trouvé que c’était un chef d’œuvre ! Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il faut prendre les gens pour des idiots. Les gens aiment les belles choses, j’en suis sûr. C’est vrai qu’il est rare de voir un disque être à la fois un succès critique et un succès commercial. Mais quand ça arrive…

Il est rare de voir un disque être à la fois un succès critique et un succès commercial.

Comment parviens-tu à lier ces deux aspects-là de ta carrière sur scène ?

Finalement, je trouve que mes albums sont malgré tout assez proches. Pour moi, encore une fois c’est très simple. Pour chaque album, il y a un son et on fait en sorte que les anciens morceaux rentrent dans cette enveloppe. Je suis toujours très heureux de chanter des titres comme « Sur la route » et « Caravane » que j’aime beaucoup. J’ai envie de te dire, ce qui compte pour moi, c’est avant tout de me lever le matin en me disant que je vais pouvoir faire de la musique et chanter. Ça paraît très bête, mais c’est important de le rappeler. Les gens qui viennent me voir ont compris que j’avais besoin de liberté.

Quelle image penses-tu renvoyer aujourd’hui ?

Je ne sais pas… Je pense que je ne suis pas très saisissable. J’aime bien l’idée qu’on ne puisse pas être réduit à trois phrases. Ce qui est sûr, c’est que je ne travaille pas beaucoup le marketing. J’ai envie d’être posé, d’être ce que je suis. Ceux qui m’ont lâché avec « Caravane » et qui me retrouvent aujourd’hui, j’imagine forcément qu’ils sont perturbés. Pour ceux qui ne font pas l’effort d’aller chercher un disque, j’imagine que j’ai disparu des radars depuis longtemps. Mais c’est comme ça. J’aimerais bien refaire un disque qui soit un succès populaire parce qu’il permettrait sans doute de faire redécouvrir aussi des chansons moins connues. Ce disque-là est beau, les deux précédents, je les aime beaucoup aussi…

J’imagine que la chanson « Retourner à la mer » a une saveur très particulière, puisqu’elle porte le même nom que ton recueil de nouvelles récemment primé. Est-ce que ça t’encourage à écrire d’autres ouvrages ?

Bien-sûr ! Je suis déjà en train d’écrire un autre livre. J’adore ça et ça me rend très heureux. Ça change ma vie complètement. La musique restera toujours mon premier amour. J’ai une passion pour la musique. Mais ensuite, je dirais que découvrir la littérature est merveilleux. La musique, on ne peut pas en faire tout le temps. Il faut une certaine joie en soi, une certaine légèreté.

Regardez la vidéo du single « Retourner à la mer » :

L’idée d’enregistrer un duo avec ta compagne Mélanie Thierry, « La question est why », ça trottait dans ta tête depuis longtemps ?

Non, pas vraiment. Ça s’est fait comme ça en fait. C’est quelque chose de très intime, donc je trouvais ça normal de la chanter avec elle. Je n’aurais pas compris l’intérêt de l’enregistrer avec quelqu’un d’autre. Ça aurait été truqué. Tout s’est fait de manière assez naturelle, on en a discuté et elle a fait des premiers essais à la maison.

L’un de tes enfants tout comme Mélanie Thierry avait déjà fait une apparition dans d’anciens clips. La musique, est-ce aussi une histoire de famille ?

Je trouve très émouvant de faire des choses avec les gens qu’on aime le plus. Je ne suis pas quelqu’un qui expose beaucoup ma vie privée. Je trouve ça bien au-delà de ces collaborations de séparer vie privée et sphère publique. Je trouve qu’on se donne déjà beaucoup dans ses chansons, non ? Je ne mettrais pas des photos de mes enfants sur les réseaux sociaux. C’est quelque chose que je ne comprends pas. Après, je ne suis pas là pour juger non plus…

Si on ne devait écouter qu’un seul titre de l’album, ce serait lequel et pourquoi ?

Ça change assez souvent en fait ! J’aime beaucoup « Retourner à la mer ». Il y a pas mal de lyrisme.

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