AaRON - © François Berthier
AaRON - © François Berthier

Nous avons écouté ‘We Cut the Night’ d’AaRON…

Après trois albums couronnés de succès, le groupe Aaron revient sur le devant de la scène avec un album intitulé We Cut the Night. Seulement, cette fois, ce n’est plus seulement avec la même recette (voix d’outre-tombe, accent anglo-saxon charmant et sens du rythme) que le duo compte confirmer son statut de groupe alternatif incontournable… C’est à découvrir avec aficia.

C’est en 2006 que nous découvrons Aaron. Tendre, romantique et cultivant pourtant une part sombre, le duo français qui se cache derrière cet acronyme (composé d’Olivier Coursier et de Simon Buret), nous conquiert avec « Lily », une ballade énergique au piano qui servira de bande son originale au film « Je vais bien, ne t’en fais pas ». Par la suite, un premier album sort et marque par son côté nostalgique, ses morceaux oniriques et parfois abrupts qui ne laissent jamais indifférents.

Le second album Birds In The Storms paraît en 2011 et rafle tout sur son passage (double disque d’or, à l’instar du premier opus). L’ajout de mélodies plus dynamiques et de musique électronique apportent au style du groupe une plus grande richesse instrumentale qui comptait déjà le piano, le violon, l’harmonica, la guitare et la batterie sur la plupart de leurs morceaux antérieurs. Tout cela est à compléter de la voix de rogomme que possède le chanteur et qu’il posera sur un troisième album compilant les prestations live de certains morceaux, recevant un succès plus mesuré.

Un album qui permet à Aaron d’aller encore plus loin

Ainsi, artistiquement, le groupe a su se renouveler en explorant d’autres sonorités pour les joindre à leur style musical et servir au mieux leurs morceaux. Avec We Cut the Night, Aaron tente très franchement un virage qui finit en dérapage -à moitié contrôlé- vers l’electropop plutôt que rester dans la musique alternative qui lui allait si bien. Nous saluons bien entendu cet essai mais nous ne pouvons le congratuler car, on perd une partie de la magie et de l’alchimie qu’avait créé le groupe au fil des années, et cela leur est dommageable.

Au terme de notre écoute, on peut dire qu’il y a moins de « gros morceaux » que dans les albums précédents. Plus homogène, l’album n’en est pas pour autant inintéressant. Chacune des pistes qui le composent y a sa place et les titres y sont agencées de manière à raconter une histoire. On sent le travail d’orfèvrerie qu’a demandé l’élaboration de cet album qui est un bijou posé dans son écrin mais dont il devient difficile de déloger une pièce au risque de perdre le sens et le charme de l’ensemble de l’oeuvre d’art qu’il représente …

Mis à part « Onassis » qui sort du lot -ayant d’ailleurs été choisi en guise de premier single-  et « Shades Of Blue », le reste des morceaux est à laisser bien à sa place. Retenons tout de même peut-être le morceau éponyme « We Cut The Night » dont la mélodie est simple et entraînante autant que le refrain qui s’insinue facilement dans notre mémoire.

Du bon et du moins bon pour We Cut The Night

On retrouve dans cet album ce qui nous a toujours plu chez Aaron : leur art du décalage et ce goût pour l’abstraction et pour une subtilité ingénieuse. « We Cut The Night » nous plonge dans un bel univers en en écorchant pourtant les contours. Lorsque le duo souhaite étonner, il nous perd et gâche quelque peu le spectacle (Comme sur « Invisible Stains », par exemple). En effet, souhaitant intégrer plusieurs styles dans cet album, il réalise le pari risqué de mélanger les sonorités dans un même morceau plutôt que de les répartir sur plusieurs. Cet équilibre instable nous fait trébucher par moments.

Mention spéciale cependant pour « 2:22 » qui nous fait penser à certains morceaux de Rhye, le groupe réussissant sa tentative d’une musique épurée au maximum. Que l’on aime ou pas, la voix du chanteur est transcendée et il est impossible, à l’oreille, de reconnaître l’artiste de ce morceau (faites donc le test !).

Cette mode pour la musique intellectuelle, intellectualisée et intellectualisante a comme défaut de ne plaire qu’à un public restreint. Ainsi, les fans ne seront certainement pas déçus mais certains autres resteront sur le carreau, ne voulant pas se torturer le cerveau avec des sonorités bancales et parfois déroutantes qui font pourtant d’Aaron ce qu’il est à présent : un groupe polyvalent et polymorphe.

Découvrez We Cut The Night, le nouvel album d’Aaron :