Après plusieurs années d’absence dans les bacs, Alice on the Roof fait un retour remarqué, synonyme de renaissance et de mots affirmés. Chronique avec aficia !
Cela fait déjà six ans qu’Alice on the Roof nous avait laissé une très belle impression avec son deuxième album Madame, introduisant la langue de Molière dans son univers aérien et rêveur. Néanmoins, jamais bien loin de la scène où la transmission d’émotions demeure l’un de ses plus grands atouts, l’artiste s’illustre désormais brillamment dans le rôle attendrissant de coach de The Voice Kids Belgique, émission (l’édition adulte) sur laquelle tout avait commencé pour elle en 2014. Mais une chose est sûre, la chanteuse nous avait manqué sur disque.
De retour en chanson à la rentrée avec l’envoûtant “Comme je t’ai aimé”, hymne à l’amour déçu brillamment écrit à quatre mains avec Adrien Gallo, Alice on the Roof annonçait la parution d’Alice, un troisième disque présenté comme une quête personnelle, au fil de douze compositions réunissant une pléiade d’artistes venus appuyer et sublimer son talent. Avant de monter sur la scène de l’Européen, à Paris, le 7 avril prochain, l’heure est à l’écoute de ce nouveau disque, cette fois intégralement chanté en français. Alors, que faut-il en retenir ? Réponse avec aficia !



Une mise à nu
Avec Alice, la principale intéressée ouvre un nouveau chapitre de son histoire, créant un pont entre une adolescence pas toujours aussi insouciante et le passage au monde adulte, accompagné de son lot de déconvenues. Sans marquer de rupture puisque des touches de fantaisie caractéristiques de son univers demeurant bien présentes, Alice on the Roof se met davantage à nu, pour se raconter sans artifices. La réflexion s’engage d’ailleurs sur “Miroir, miroir”, où la surexposition sur les réseaux sociaux montre des fragments de vie plus pétillants, des physiques à envier, et fait naître l’impression de ne plus plaire, de ne pas être à la hauteur.
C’est ce fil conducteur qui parcourt tout le disque, nous entraînant dans une épopée intime tendant vers l’acceptation, voire l’amour de soi. Autant de chansons qui pansent les peines à l’instar de “Comme je t’ai aimé” ou “Broken”, et évoquent la reconstruction après la rupture. Tantôt accepter ses imperfections, tantôt faire la peau à ses fardeaux et fantômes tout en les apprivoisant sur la route, Alice se révèle comme un disque d’accomplissement profondément thérapeutique.
Visionnez le clip de “Comme je t’ai aimé” :
Cet opus offre également l’occasion de faire danser et virevolter les maux, la maladie y étant mise en lumière sans jamais sombrer dans le larmoyant. Des troubles alimentaires évoqués dans l’entraînant “15 ans” à la perte de proches sur “Émilie”, bouleversant hommage à l’actrice Émilie Dequenne, jusqu’à “Dansons le Parkinson”, où l’on retrouve toute la malice d’Alice on the Roof et son art d’aborder avec légèreté des sujets bien plus lourds, l’artiste transforme la douleur en poésie.
Un album tout en contrastes
Si le piano reste le compagnon de route idéal de la chanteuse, l’ensemble se révèle d’une grande richesse dans les arrangements, fruit d’un travail de co-réalisation avec des réalisateurs de renom (Albin de la Simone, Paco del Rosso, Ambroise Willaume, Kid Sophie). Le piano, parfois dépouillé, se mêle à des nappes électroniques frétillantes, comme sur “Si peur de nous”, qui gagne en intensité au fil de sa progression pour offrir un final détonant. La voix cristalline et fragile d’Alice on the Roof apporte un contrepoint délicat, refusant de laisser la vie et les doutes prendre le pas sur ses rêves.
Visionnez le clip de “Si peur pour nous” :
On se laisse également séduire par les cuivres sur la merveilleuse ballade “Maman debout”, écrite par Clou. Il y est question de transmission, du regard de ceux qui nous élèvent et nous accompagnent dans l’apprentissage de la vie. Un brin de nostalgie se glisse enfin sur la dernière piste du projet, “Kenobi”, où les nombreuses références cinématographiques et culturelles invitent à se faire des films et à s’imaginer une vie riche en aventures. Tout ce qu’on aime chez Alice on the Roof, c’est cette capacité à émouvoir et à faire frissonner grâce à un grain de voix singulier, sublimé ici dans une chanson sans fioritures en guitare-voix.
Des collaborations prestigieuses
Comme à l’accoutumée, Alice on the Roof co-signe la quasi-intégralité de ses textes, à l’exception de quatre pistes, dont “Ma chérie”, reprise du répertoire d’Anne Sylvestre, sur laquelle elle invite Catherine Ringer pour un duo attendrissant. Véritable dialogue empreint de délicatesse, la chanson explore à la fois la beauté et la complexité du lien entre une mère et sa fille. Fidèle et respectueux de l’intention initiale, le duo remet au goût du jour un texte intemporel.
Autre grand nom de la chanson française présent dans les contours de ce troisième album : Zazie, qui signe deux textes intelligents et percutants, parfaitement en phase avec l’univers d’Alice on the Roof. Il en résulte d’abord “Today”, une piste up-tempo mise en musique par l’artiste belge, sur une production pop rétro diablement efficace et résolument optimiste. Alice on the Roof s’allège de ses fardeaux et prône la philosophie de vivre l’instant présent. Dans un registre plus sombre ensuite, “Tyrannosaure” s’impose comme l’un des points d’orgue de l’opus, mettant en lumière la fragilité et le combat intérieur face au doute et à l’auto-sabotage. Un tandem qui fonctionne à merveille sur ces deux pépites, révélant une direction artistique saisissante et un album particulièrement abouti.
Écoutez Alice, le troisième disque d’Alice on the Roof :


