Alice on the Roof - © Sara Bastai
Alice on the Roof - © Sara Bastai

Alice on the Roof en interview ‘sans filtre’ : “La musique m’a aidée à prendre confiance en moi”

De retour avec un troisième album particulièrement abouti, Alice on the Roof revient sur les coulisses de ce disque, les collaborations marquantes et son rapport au français. Rencontre avec aficia !

Plus d’une semaine après la sortie de son troisième album, sobrement intitulé Alice (chronique à savourer sans plus attendre ici !), Alice on the Roof s’est confiée à aficia sur la création de ses nouvelles chansons, son état d’esprit et les nombreuses rencontres qui ont façonné ce disque. Un album qui marque un virage certain, introduisant des facettes plus expérimentales et électro à la pop de l’artiste.

Autre point fort, le choix assumé de proposer un disque intégralement chanté en français. Une première pour l’artiste qui confirme sa plume poétique et fantaisiste, capable de sublimer des thèmes qui ne sont pas toujours légers. Une prise de risque saluée, tant le résultat est réussi. Dans cet entretien, Alice on the Roof se confie sans fard, avec tout le pétillant qu’on lui connaît !

Alice on the Roof : l’interview !

Six ans se sont écoulés depuis ton précédent album, et te voilà de retour avec Alice. Dans quel état d’esprit es-tu ? Ressens-tu une forme de pression ou d’attente ?

Je ressens beaucoup d’ondes positives. C’est chouette, parce qu’avec la maison de disques et mes équipes en Belgique, on était vraiment dans l’action jusqu’ici. Tout s’est enchaîné très vite : les mix, le mastering, les tournages des clips, l’organisation des release parties… Avec tout ça, la date de sortie est finalement arrivée, et je suis moi-même surprise de ne pas avoir ressenti plus de stress. Je suis très heureuse, parce que oui, six ans c’est long, et c’était beaucoup de travail, mais quel plaisir de voir cet album sortir enfin.

Tu as changé de maison de disque. S’agissait-il d’un besoin de renouveau ou d’une nécessité artistique ?

J’admire énormément ma nouvelle maison de disques, Tôt ou tard, et je n’aurais jamais imaginé en faire partie un jour ! Avant, j’avais une maison de disques en Belgique qui travaillait en licence avec Sony, une major en France. Grâce à mon tourneur, Zouave, j’ai rencontré les équipes de Tôt ou tard, et le match a été immédiat. Quand j’étais petite, on écoutait très peu de chansons en français à la maison, mais les rares artistes francophones que mes parents mettaient étaient Anne Sylvestre, Vincent Delerm, Albin de la Simone, Jeanne Cherhal… qui sont tous signés chez Tôt ou tard. C’est très étrange et très touchant de me retrouver aujourd’hui dans cette même maison de disques !

Sur ton album précédent, tu alternais entre des chansons en français et en anglais. Cette fois, tu optes exclusivement pour le français. Était-ce une volonté de te dévoiler autrement ? Qu’est-ce que chanter en français a changé dans ton écriture ?

Ça change beaucoup de choses pour moi. Parfois, dans la vie, il faut trancher, et moi je suis spécialiste pour ne pas prendre de décisions… Mais là, ça me paraissait évident, parce que j’avais déjà écrit ou coécrit sept-huit chansons en français. Musicalement, ça change tout aussi : la langue, la manière d’écrire, de composer… Et en français, je trouve qu’on se retrouve plus vite face au syndrome de la page blanche. C’est intimidant. Tout le monde comprend tout de suite ce qu’on dit. Alors qu’en anglais, et j’en écoute beaucoup, je me laisse surtout porter par la mélodie. Je vais rarement chercher le sens exact des paroles, c’est peut-être un peu de la fainéantise, mais bon.
En français, c’est plus direct. Et j’ai découvert que ça me faisait vraiment du bien d’aborder certains sujets. Dans la vraie vie, je ne m’y attarde pas forcément, show must go on, mais en chanson, c’est l’endroit où j’ai trouvé que je pouvais me libérer de certaines choses.

L’album a été créé avec plusieurs artistes en écriture et en réalisation. Peux-tu nous raconter la naissance de ce projet ? Comment s’est formée cette équipe autour de toi et comment as-tu trouvé ton équilibre créatif avec d’autres auteurs ?

Je suis très sensible à l’environnement dans lequel je me trouve, j’ai un côté un peu éponge. Du coup, quand je compose avec quelqu’un, j’ai tendance à sentir que l’autre a de super idées et à foncer dedans, plutôt que de m’accrocher à quelque chose de plus personnel ou créatif de ma part. Pour cet album, la pièce vraiment importante, ça a été l’écriture. J’ai commencé à travailler toute seule, et c’était essentiel pour moi de m’isoler dans ma chambre, au piano. Parfois, des mots arrivaient, parfois même des sujets, mais ça ne m’empêchait pas d’avoir plein de maquettes sans vraiment savoir comment avancer après.

J’ai commencé à travailler avec des gens avec qui je suis vraiment à l’aise, comme Noé Preszow, qui est dans la même maison de disques que moi et que je connais très bien. On a beaucoup discuté de la manière de chanter en français, de la recherche d’un ton. Et petit à petit, ce qui a vraiment marqué la construction de l’album, c’est que je faisais une petite tournée en Belgique en même temps que j’écrivais seule au piano. Du coup, je pouvais tester les chansons en temps réel. C’était vraiment génial ! Au début, j’avais peur que les gens s’ennuient parce que j’étais toute seule sur scène. Mais j’ai bossé pour qu’il se passe plein de choses, en dehors de la musique avec des projections, des visuels… J’y ai mis beaucoup de cœur.

Et puis j’ai invité mon très cher Albin de la Simone, qui m’avait proposé de faire sa première partie au Trianon. À ce moment-là, je cherchais encore avec qui produire l’album, et c’était difficile de mettre des mots sur ce que je voulais. Je fais de la pop, oui, mais je voulais vraiment qu’on retrouve l’intimité du “seule sur scène”, avec ma machine à loops, les percussions… J’avais envie de quelque chose d’un peu artisanal, pas l’autoroute de la pop !

Albin de la Simone est vraiment le spécialiste pour faire ce genre de choses. Je l’ai invité à venir voir mon concert en Belgique et je pense que ça m’a permis de gagner du temps, il a vu les chansons et a pu comprendre où je souhaitais aller. Ca a été une rencontre absolument géniale, j’ai adoré sa façon de faire. Sur cet album, j’ai vraiment eu la chance de croiser des gens avec qui j’ai beaucoup de goûts en commun. Il fallait juste le temps de la rencontre et c’est ça qui a pris du temps.

C’est un vrai saut dans le vide de se mouiller comme ça. J’ai l’impression que certaines chansons devaient sortir, et que c’est un peu ma mission, à mon échelle, d’en parler

ALICE ON THE ROOF

Cet album semble parcouru d’une forme de guérison. La musique est-elle pour toi un exutoire des peines ?

Mais complètement ! Il y a trois ans, je n’aurais jamais imaginé que l’album prendrait cette tournure. La musique, en tant que simple auditrice, c’est vraiment ce qui m’a aidée à prendre confiance en moi quand j’étais ado. Je me sentais, et encore un peu aujourd’hui, un peu à côté de la plaque. Socialement, j’avais l’impression de ne jamais avoir la bonne répartie. Mais je chantais en chorale, et parfois je faisais des solos qui se passaient super bien ! Et quand on sent qu’il y a un endroit où on se démarque, ça fait du bien à l’estime de soi. La musique m’a accompagnée, et sur cet album, je suis vraiment contente d’avoir pris la décision de le faire en français.

Cet album t’a-t-il permis d’assumer des choses que tu n’aurais pas osé dire auparavant ?

Je pense par exemple à la chanson “15 ans”, elle est née du tirage d’un tirage de tarot, on faisait un exercice d’écriture et dans les cartes du tarot, il y avait une assiette et le mot angoisse. Ça m’a frappée tout de suite. Je n’avais jamais pensé à parler de cet épisode qui a duré environ cinq ans dans mon adolescence, où j’avais un rapport hyper conflictuel avec la nourriture, complètement déraisonnable.

Jamais je n’aurais pensé écrire là-dessus, et là, c’était l’occasion. C’était tellement différent, tellement aventureux pour moi, que quand j’en ai parlé dans une interview en Belgique, mes parents m’ont demandé si j’étais sûre de vouloir en parler ! Mais c’était justement le but.
C’est un vrai saut dans le vide de se mouiller comme ça. J’ai l’impression que certaines chansons devaient sortir, et que c’est un peu ma mission, à mon échelle, d’en parler.

Visionnez le clip de “15 ans” d’Alice on the Roof :

Est-ce qu’il y a une chanson de cet album qui a été plus difficile à écrire ou à composer ?

“Today” a été la chanson la plus difficile à produire parce que justement, elle a eu plusieurs costumes. Plusieurs réalisateurs ont travaillé dessus. D’abord Paco Del Rosso, qui a produit le titre, et on sentait qu’il y avait un potentiel rythmique, presque dansant, mais encore un peu timide. Ensuite, j’ai rencontré Kid Sophie, qui est une super réalisatrice, et elle a mis du soleil, des couleurs, du peps dans la chanson. Mais à l’inverse, certaines chansons sont vraiment sorties toutes seules.

As-tu laissé des chansons de côté, trop personnelles ou pas alignées avec la direction finale du disque ?

Il y avait effectivement une treizième chanson prévue, elle est même mastérisée. Mais finalement, je n’ai pas voulu la garder parce qu’elle est en anglais, et je trouvais que ça diluait un peu ce que j’avais envie de raconter. Peut-être qu’un jour je la sortirai quand même, parce qu’elle a été arrangée avec des cuivres par Albin de la Simone, et à titre perso, je l’adore ! Peut-être qu’elle sortira pour une occasion particulière.

Est-ce que tu aurais une anecdote marquante à partager sur les enregistrements en studio de cet album ?

Ne t’attends pas à une chute, mais le moment le plus dingue pour moi, ça a été les enregistrements avec Catherine Ringer. Je ne pensais pas vivre ça un jour. Je cherchais ma maman fictive de chanson et j’ai contacté Catherine Ringer. J’étais très étonnée, mais tellement heureuse qu’elle accepte de chanter “Ma chérie” avec moi. Je ne m’y attendais pas non plus parce que ce n’est pas vraiment son registre, mais je pense qu’elle aime beaucoup Anne Sylvestre.

Quand elle est arrivée en studio, on était tous un peu intimidés, on marchait sur des œufs… et elle a été hyper naturelle. Elle était super préparée, connaissait le texte par cœur, et là je me suis pris une claque. Je ne pensais pas qu’on pouvait proposer une telle interprétation en studio. Elle a chanté comme si elle était à l’Olympia, c’était tellement émouvant pour moi.

Découvrez “Ma chérie” d’Alice on the Roof et Catherine Ringer :

« Maman debout » est une déclaration touchante à ta maman, et tu prolonges donc ce thème familial avec « Ma chérie », une reprise d’Anne Sylvestre. Comment tu as eu l’idée de contacter Catherine Ringer ?

Il y a des personnes qu’on admire. Chaque année, je fais un vision board, et je colle sa photo parce qu’elle fait vraiment partie des femmes que j’admire énormément, pour plein de raisons. Elle m’évoque Kate Bush, qui est un autre de mes modèles. Je la suis toujours, j’adore ce qu’elle fait encore aujourd’hui, j’aime écouter ses interviews. Moi, je suis plutôt douce et réservée, et on a besoin de modèles de femmes qui ne rentrent pas dans des cases… elle représente vraiment ça pour moi. Elle était tout en haut de ma liste de mamans fictives ! Et en plus, ma mère s’appelle Catherine, donc c’était un joli clin d’œil !

Les jeunes comprennent que la chanson peut être un espace pour montrer une forme de vulnérabilité, et que les gens qui écoutent ça sont réceptifs

ALICE ON THE ROOF

Zazie signe aussi deux textes de l’album, “Today” et “Tyrannosaure” qui collent bien à ton univers. Comment cette collaboration s’est-elle initiée ?

Elle est venue en concert à Mons, où j’habite, et elle avait dit un petit mot au micro en disant qu’il y avait une artiste qu’elle aimait bien dans la salle. Je ne voyais personne d’autre se lever, donc je me suis dit que ça devait être moi ! Après le concert, j’ai pu la rencontrer dans sa loge, et j’ai tout de suite accroché avec elle. Je connais très bien Vianney et je sais la réputation de Zazie d’être une personne délicieuse à connaître.

J’avais mes petites chansons en yaourt, et je lui ai dit que j’avais des chansons qui attendaient leur texte. Elle m’a invitée dans le studio de sa complice, productrice et guitariste Edith Fambuena, et on a écouté 6 ou 7 maquettes. Elle a fait son marché et s’est penchée sur deux titres qui lui parlaient. On a discuté ensemble des thèmes, et elle m’a vraiment éblouie. Quelques jours après, j’ai reçu les deux textes à 5h du matin — parce qu’elle travaille de nuit ! — et franchement, c’est la grande classe cette femme. Elle m’a dit que je pouvais tout changer si je voulais, mais honnêtement, c’était parfait, il n’y avait rien à modifier.

Si tu devais choisir une ou deux chansons pour inciter à écouter l’album, celles qui résument le mieux ton état d’esprit actuel, lesquelles seraient-elles et pourquoi ?

Je dirais “Broken” parce qu’elle me représente vraiment et qu’elle parle justement de ce sentiment d’être un peu à côté de la plaque. J’ai l’impression que j’attire des personnes qui se sentent un peu comme ça, et ça me fait vraiment plaisir. Les gens se confient, font semblant d’aller bien dans leurs baskets, mais je pense qu’on a tous beaucoup d’incertitudes. Je dirais aussi la chanson Dansons le parkinson”, qui est très personnelle pour moi mais qui représente ce que la musique peut faire : rendre lumineux ce qui est cassé dans la vie.

Tu as déjà pu dévoiler certains titres en live comme tu l’évoquais. Une tournée est-elle prévue ?

Oui, on aimerait bien monter une petite tournée avec mon tourneur. Ce serait vraiment quelques dates pour commencer. Pour l’instant, on cherche un fil conducteur, parce que j’aimerais bien qu’il y ait un angle particulier. Mais oui, j’ai vraiment envie d’aller à la rencontre des gens. Je fais beaucoup de choses en acoustique et toute seule, donc ça a l’avantage d’être amovible. Je peux me déplacer facilement !

Tu es actuellement coach dans The Voice Kids Belgique. Quel regard portes-tu sur cette nouvelle génération de chanteurs ?

Je viens de The Voice, il y a maintenant plus de dix ans, et honnêtement, je n’aurais jamais fait ce métier sans ce télécrochet, parce que je n’avais aucune connaissance dans ce milieu. Ça permet de faire des rencontres. On n’apprend pas tout dans un télécrochet, mais c’est un vrai accélérateur. Je trouve qu’aujourd’hui, il y a quelque chose de très positif dans les télécrochets, peut-être plus qu’il y a quelques années. Tu te souviens, cette surexposition était parfois un peu étrange, comme quand il y avait des réflexions sur le poids de certains artistes, comme Jenifer… Cette séquence est ressortie sur les réseaux sociaux et ça avait beaucoup fait parler. Mais je trouve que les choses vont dans le bon sens.

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on est plus ouverts à accepter ses failles, ses faiblesses. Les jeunes comprennent que la chanson peut être un espace pour montrer une forme de vulnérabilité, et que les gens qui écoutent ça sont réceptifs. Marguerite est très forte dans ce registre, elle ose se dévoiler et dire les choses. Il y a plus de place aujourd’hui, pour les artistes masculins aussi, pour l’émotion et pour ceux qui ne sont pas des pop stars conventionnelles.

Si tu pouvais t’adresser à la Alice de The Voice saison 3, que lui dirais-tu aujourd’hui ?

J’aurais aimé me sentir plus vite comme je me sens aujourd’hui, c’est-à-dire en paix avec moi-même. Parfois, quand je lis des interviews d’autres personnes, je trouve qu’il y a une vraie répartie, une spontanéité… et j’adorerais être comme ça. J’ai un peu perdu de temps à essayer de réparer des trucs en vain. J’ai conscience d’avoir un accent belge quand je parle, et je me disais que ça n’allait pas, que je devais faire attention… mais c’est trop dur de faire semblant, ça ne tient pas la route.

Et c’est dommage de vouloir gommer ça aussi !

C’est gentil ! Mais oui, je dirais à mon moi plus jeune de ne pas perdre de temps à faire semblant. J’aurais gagné quelques années.

Est-ce que tu aurais une collaboration à laquelle tu rêverais ?

Oui ! Il y a des personnes que j’adore mais qui ne sont pas forcément dans le registre de la chanson. J’adorerais rencontrer Isabelle Nanty. J’adore cette femme et j’adorerais tenter un duo avec elle ou du moins la rencontrer. Je suis également fan de Joe Keery, l’acteur de Stranger Things, qui a son propre projet. Il faudrait traverser quelques océans mais il faut rêver !

Et enfin, qu’est-ce qu’on retrouve en ce moment sur la playlist d’Alice on the Roof ?

C’est plutôt festif dans ma playlist en ce moment ! J’écoute l’album de Parcels mais aussi Bon Iver qui est pour moi l’artiste indétrônable. Je te recommande aussi de découvrir Louis-Jean Cormier, un artiste canadien qui a des textes magnifiques.

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