Aliose en interview : « Conquérir la France, c’est un peu comme repartir de zéro ! »

Alors qu’il vient de publier son nouvel album Comme on respire dans les bacs, Aliose a répondu à quelques questions pour aficia. Un joli moment que l’on vous partage.

Aliose, c’est l’association d’Alizée et de Xavier, deux artistes suisses qui partagent la scène depuis une dizaine d’années. Mais après avoir sorti deux albums qu’ils ont auto-produit et accompagné plusieurs artistes sur scène, comme Selah Sue, Joyce Jonathan et Gérard Lenorman, le duo sort Comme on respire, un nouvel album dont Alizée nous raconte la genèse, depuis un petit café en plein centre de Paris…

L’interview…

Raconte-moi un peu l’histoire de votre binôme ?

Xavier et moi, nous nous sommes connus il y a pas mal d’années, dans des ateliers d’auteurs-compositeurs et interprètes. Xavier écrivait déjà beaucoup de chansons. Moi je débutais et je suis tombée sous le charme de cet artiste. J’ai tout de suite voulu travailler avec lui. (Sourire)

Au premier abord, vos deux voix sont surprenantes. Il y a une certaine discordance lorsqu’elles sont fusionnées. Et finalement, on se laisse bercer par vos deux timbres. Qu’est-ce qui a déclenché votre union ?

« C’est surréaliste de se dire qu’on a une ‘carrière’ ! »

Concernant nos voix, c’est vrai qu’elles sont totalement différentes, mais c’est peut-être aussi ce qui fait leur complémentarité. On s’est dit qu’après avoir auto-produit quelques albums, qu’on pourrait se lancer dans le grand bain avec un album plus abouti. On a eu très vite l’envie de chanter à deux. Ça s’est imposé à nous en fait. C’est comme ça que la personnalité du duo est ressorti. Et c’est pour ça qu’on a décidé en 2012 de s’affirmer en tant que duo. On a fait les choses naturellement, c’est ce qui fait la beauté d’Aliose je pense.

À votre actif, déjà deux albums auto-produits et plus de 300 concerts. Est-ce qu’avant de commencer votre carrière, vous imaginiez qu’elle prendrait une telle tournure ?

Ah non jamais ! (Rires) Rien que ‘carrière’, c’est un mot surréaliste, un mot presque neuf dans notre bouche. En fait, quand on a débuté, nous étions de part et d’autre dans nos études respectives, tout en faisant quelques scènes en parallèle. Et là, on s’est posé la question : « Est-ce qu’on continue nos études ? Est-ce qu’on continue de faire ça pour le plaisir ou bien est-ce qu’on s’y met sérieusement ? ». On a lâché nos jobs chacun de notre côté pour se professionnaliser et, au final, on s’est vraiment lancé en 2012 avec cet album auto-produit. On a eu énormément de retours positifs. Ça nous a permis de vraiment lancer notre ‘carrière’ alors qu’on n’y avait jamais réfléchi sérieusement avant. On ne s’était jamais dit, « Allez, on va faire ça de notre vie ! ». C’est ce qui fait un peu le côté magique de notre aventure…

Malgré cet aspect ‘magique’ dont tu parles, y-a-t-il eu à un moment ou un autre des complications dans Aliose ?

Évidemment, comme dans toute carrière, il y a eu des hauts et des bas. Mais à côté de cela, on a réussi à gravir les marches les unes après les autres, sans pour autant avoir vu notre notoriété véritablement décoller. Dernièrement, on vient de franchir sans doute la plus haute marche qu’on ait eu à gravir, celle d’avoir trouvé de beaux partenaires. On a signé chez Warner Music France, ce qui n’est pas rien, on a trouvé un tourneur qui est le géant Live Nation… J’ai l’impression que tout s’enchaîne avec une certaine logique. Tout se fait naturellement et on s’y tient.

Vous publiez au mois de septembre votre premier album intitulé Comme on respire. C’est un peu comme repartir à zéro finalement, non ?

Oui, totalement ! (Sourire) Ce ne sera pas notre première fois en France, car nous avons déjà fait quelques scènes aux côtés de Selah Sue ou de Joyce Jonathan. Mais par contre, nous n’avions encore rien publié. Après, je suis tout à fait d’accord avec toi, il y a tout un nouveau public à aller chercher. Mais en même temps, c’est un défi assez sympa car justement on aime les nouvelles expériences de ce type-là. C’est chouette !

… Sachant que la France est un pays difficile à convaincre, encore plus quand est étranger.

« En tant que duo, on a
une place
à prendre »

Je ne pense pas qu’il y ait un pays plus facile à conquérir qu’un autre ! (Sourire) Pour nous, la France c’est un pays particulier parce que nous sommes effectivement attachés à la langue française. Presque tous nos textes sont écrits en français, en tout cas sur Aliose. C’est donc assez logique de venir conquérir le territoire français.

Quels sont vos atouts pour séduire d’après vous ?

Il y a déjà nos chansons, puisqu’on a travaillé très dur sur cet album. On a enregistré près de 40 chansons pour ne garder que les 14 meilleures, on espère. Il y a beaucoup de sujets qui nous tenaient à cœur et qui ne sont pas forcément faciles à aborder. Je pense que ça, ça peut contribuer à émouvoir certaines personnes. Je dirais aussi qu’il y a l’aspect de notre union. On est un duo garçon/fille. Il y a probablement une place à prendre pour nous car il y a en a, ça existe, mais pas des tonnes. Enfin, je dirais qu’il y a notre univers très particulier, très ouvert, très mélodique avec beaucoup d’harmonies à l’intérieur. Il est vraiment beau !

Justement, c’était important pour vous de débarquer avec un sujet sensible et à la fois percutant, à savoir l’infertilité, le thème du single « Loin » ?

Ce n’est jamais facile d’aborder certains sujets. Alors pourquoi tel ou tel sujet ? Cette chanson-là, en l’occurrence, on s’est rendu compte qu’elle pouvait toucher énormément de couples, rien qu’autour de nous. C’est finalement assez tabou et souvent peu exploité en musique. On voulait le faire et on est content d’avoir mis des mots sur ces émotions.

Est-ce qu’il y a d’autres thèmes, d’autres causes sensibles qui vous tiennent à cœur ?

Bien sûr ! Par exemple, sur l’album, il y a la chanson « Conquistador » qui est un peu notre chasseur vert. On s’est mis dans la peau d’un pesticide véreux qui se dit du genre humain. Donc c’était important pour nous de faire la lumière sur des aberrations alimentaires, étant donné que nous sommes une génération où nous sommes en plein là-dedans. Ça nous touche particulièrement.

Il y a également « Tout et son contraire » qui est un peu le prolongement de ce dont on vient de parler. C’est une chanson qui parle de cette génération abreuvée d’informations, pas toujours vérifiées et parfois contradictoires.

Il y a aussi la chanson « Slavoutytch » qui est le travail d’un photographe qu’on aime beaucoup. C’est une chanson qui parle de cette ville construite après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Voilà, on aime bien aborder des sujets de société et pas livrer uniquement des chansons d’amour, même si c’est un thème très intéressant qu’on aime explorer.

Vous débarquiez au début de l’année avec le premier extrait, « Loin », un single taillé pour les radios. Vous teniez tous les ingrédients pour décrocher un tube. Hélas, le public n’a pas suivi en masse… Qu’est-ce qu’il manquait ?

Je ne sais pas s’il manquait vraiment quelque chose… Quand nous l’avons écrit, on n’était pas parti dans une optique de toucher les radios. On l’a écrit comme nous le ressentions, avec la même envie que l’on écrit toutes nos chansons d’ailleurs. Et au contraire, j’ai été étonnée de l’entendre sur autant de radios, comme NRJ. On n’est pas forcément le genre d’artistes qu’ils ont l’habitude de jouer, et ça, ça nous a fait plaisir. On a vraiment eu de bons retours sur cette chanson. Après, c’est juste le temps qui manque. Il faut que les gens commencent à nous identifier, qu’ils découvrent l’ensemble de notre univers afin de pouvoir nous reconnaître C’est toujours compliqué de rattacher un artiste à une seule chanson. C’est pour ça qu’on a été impatient de sortir l’album et de voir comment le public allait réagir.

Depuis, le single s’est offert plusieurs versions. Un remix par We Are I.V et un acoustique. Laquelle préfères-tu ?

La version ‘radio edit’ que l’on retrouve sur l’album est la version qu’on préfère puisque c’est le résultat de plusieurs semaines de travail. C’est la version la plus proche de notre univers. C’est celle que l’on peut défendre le mieux possible car on l’a travaillé avec Pierre Jaconelli, qui est un grand réalisateur musical, qui a travaillé avec Zazie, Calogero, Benjamin Biolay… Ensuite, le remix de We Are I.V est une autre aventure, c’est une nouvelle interprétation d’autres artistes de notre chanson, très intéressante. Probablement que cette version nous a ouvert à un public plus jeune. Pour moi, cette chanson c’est comme une jeune fille à qui l’on rajoute les strass et les paillettes. On l’arrange, on la sublime avec le temps. Cette chanson, c’est un peu ça. C’était bien aussi de la voir un peu différemment…

Vous avez confié la réalisation de vos harmonies à Pierre Jaconelli. Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec lui ?

C’est notre directeur artistique, Bertrand Lamblot, qui nous a découvert dans notre plus simple appareil, en guitare voix, avec la chanson « P.S ». Il nous l’a présenté et il nous a dit que Pierre Jaconelli était vraiment quelqu’un avec qui notre univers pourrait vraiment matcher. Durant nos premières sessions, on s’est tout de suite trouvé artistiquement. On s’est même attaché les uns aux autres. On a passé des heures et des heures en studio pour trouver la meilleure formule pour les morceaux. Donc l’idée de se retrouver était un choix judicieux, vraiment !

Comment définiriez-vous l’état d’esprit global de cet album par conséquent ?

« La musique comble une part de nos rêves ! »

Je pense que c’est un album relativement optimiste, notamment par la chanson « Pieds nus » qui parle de chacun d’entre nous qui courrons à travers la recherche d’un Eldorado et de notre volonté de réaliser nos rêves. « J’ferme les yeux », c’est plus une chanson rigolote qui évoque l’exode. Alors, ça dépend des titres, ça dépend du ressenti de chaque individu. Certains ressentiront plus la tendresse et la douceur autour de ce disque. Après, il n’y a pas que des chansons uptempo, on a privilégié les ballades, c’est vrai.

Dans vos chansons, vous parlez souvent de vos souvenirs à deux également, comme si vous aviez vécu énormément de choses ensemble. C’est le cas dans « Pixels ». Quels sont vos liens à côté de partager un duo en musique ?

Cela fait une dizaine d’années qu’on se côtoie à travers la musique, qu’on écrit ensemble, qu’on chante ensemble, qu’on fait des concerts ensemble, que nos vies sont entremêlées. Pour autant, je n’ai pas l’impression qu’on se connaisse plus que ça. On partage de très bons moments dans la vie de tous les jours. Donc c’est sûr qu’on est un duo à 100% tout le temps.

J’ai également la sensation que vous voulez fuir le présent, comme dans la chanson « Pieds nus » où vous dites : « Brûlés par le vent / Ecoeurés par les affaires / Perdus dans les montagnes vides ». Est-ce un peu un ras-le-bol de la société ?

Je n’en ai pas forcément la sensation. C’était plus dans l’optique de symboliser que des pieds nus peuvent être dans leurs maisons bourgeoises, comme des pieds nus peuvent être en train de fuir des explosions dans des pays en guerre… C’est justement plein de petits morceaux un peu kitchs qui montrent que les hommes cherchent l’Eldorado, un meilleur endroit pour vivre. Après, c’est vrai que c’est très relatif à chaque personne. Ça parle également des difficultés qu’on rencontre dans la vie, si tu cours auprès d’autres choses. Certaines personnes vont essayer de survivre, d’autres vont réussir dans qu’elles entreprennent.

Est-ce que vous vous décrivez finalement dans ces paroles ?

Je pense qu’on essaye tous d’atteindre un certain bonheur. On a tous certains objectifs, un Eldorado qui nous comble. Moi, en l’occurrence, c’est de réaliser mes rêves en musique. Il faut avoir des rêves, des choses prescriptibles atteignables. Alors oui, effectivement, on a voulu étendre le sujet là-dessus car il faut qu’on apporte une dose d’optimisme à travers nos chansons.

Enfin, quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Actuellement, on est en pleine promotion du nouvel album et puis on démarrera la tournée le 23 novembre. On passera par le Café de la Danse le 7 décembre. On se réjouit d’avance. On sera plusieurs sur scène. On est en train de préparer un très beau spectacle. On espère en mettre plein les yeux aux personnes présentes chaque soir et prendre du plaisir, évidemment.

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