C’est le phénomène qui fait beaucoup parler de lui en ce moment. Asfar Shamsi, la petite protégée de Youssef Swatt’s a répondu à 10 questions sur aficia. C’est le format DIX-MOI.
On vous l’a dit, c’est une artiste qui monte. Mi chanson, mi rap, mi slam, mi électro… Asfar Shamsi sait tout faire, avec classe et de façon percutante. Annoncée comme la nouvelle artiste majeure de cette scène bouillonnante de la nouvelle chanson française, Asfar Shamsi explose avec son morceau “2006”, composé en un temps records pour “Planète Rap”, où elle était invitée par Youssef Swatt’s (‘Nouvelle école).
L’artiste au nom de scène très personnel et énigmatique, était programmée au festival “Paroles & Musiques” que nous avons couverts toute la semaine. Nous lui avons posé 10 questions. Pas une de plus ! C’est notre format d’interview DIX-MOI.
Asfar Shamsi, DIX-MOI…
1 Bonjour Asfar. Tu t’appelles Julia, tu as 26 ans et tu viens de Strasbourg. Que peut-on apprendre d’autre sur toi ?
(Sourire) Eh bien, je fais de la musique, accessoirement ! J’ai sorti mon premier projet en 2023. Avant ça, je faisais mes morceaux dans ma chambre, entre deux cours ou boulots. Après mes études, je me suis lancée dans le monde du travail, pensant que tout allait enfin s’aligner. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. J’avais besoin de sens, et ce que je n’ai pas trouvé dans mes études ou dans un job « classique », je l’ai trouvé dans la musique. C’est ce qui m’a toujours portée.
2 Et tout à coup, le fameux déclic ?
Oui, à un moment, je me suis dit : “C’est maintenant ou jamais.” J’ai monté mon projet avec deux amis avec qui je travaille aujourd’hui sur la compo et la scène. Moi, j’écris de mon côté, je construis des maquettes, puis on façonne tout ensemble.
3 Est-ce que tu te considères comme chanteuse ? Rappeuse ? Artiste ?
C’est une étiquette que je laisse aux autres. Dire “je suis artiste”, je trouve ça un peu prétentieux. Chanteuse ? Pas vraiment. Rappeuse ? Pas tout à fait non plus. Disons que je suis autrice-compositrice. Le terme « chanteuse », parfois, enfermé dans une image trop figée : celle d’une interprète à qui on aurait écrit des textes. Ce n’est pas mon cas. “Rappeuse”, c’est aussi réducteur, surtout quand tu es une femme. On t’attend dans une case bien précise : soit Diam’s, soit Cardi B. J’en suis ni l’une ni l’autre, même si j’admire leurs parcours. Moi, j’écris, je compose, je fais de la musique, point.
4 Et du côté des influences ? Tu as grandi dans un univers musical particulier ?
Pas vraiment dans ce qu’on appellerait la « chanson » ou la « musique urbaine ». Mon père écoutait beaucoup de musique classique et du monde. Quand j’étais petite, j’ai fait un peu de conservatoire. Le rap, je l’ai découvert seule, à l’adolescence, en téléchargeant illégalement des compils sur Internet ! (Rires) La chanson française, je l’ai découverte bien plus tard. Au départ, je ne m’y reconnaissais pas. Et puis, j’ai compris que rap et chanson avaient bien plus en commun qu’on ne le pense. L’un peut nourrir l’autre, et inversement.
5 Tu as souvent parlé de ton lien avec Youssef. Qu’est-ce qu’il représente dans ton parcours ?
C’est un ami précieux, un soutien fort. On ne vient pas du même endroit, mais on s’est rencontrés au moment où je sortais mon premier projet. Il m’a tendu la main, sans attendre quoi que ce soit en retour. Et ça, c’est fou. J’ai compris que beaucoup de force dans ce milieu vient d’autres artistes. Ceux qui te tendent la main alors que personne ne sait encore que tu existes. Youssef fait partie de ceux qui donnent, qui soutiennent, sans arrière-pensée. On se partage nos morceaux, on échange, on se pousse mutuellement. C’est rare et précieux.

6 Tu es souvent présentée comme l’une des voix montantes de la « nouvelle chanson française ». Tu te reconnais là-dedans ?
Je pense que cette nouvelle scène, c’est justement celle qui brouille les lignes. Je mets du rap dans la chanson française, là où d’autres essaient encore de cloisonner. Dans mon live, il y a beaucoup d’électronique aussi. J’écris avec une approche très rap, mais les mélodies sont clairement pop. Je crois qu’on est nombreux à être faits d’un patchwork d’influences. C’est ça, la singularité : ce mélange personnel de tout ce qu’on a écouté. Et aujourd’hui, je ne me demande plus dans quelle case je rentre. Je fais ce que j’aime, sans étiquette.
7 Tu as aussi la chance d’évoluer dans une structure libre, sans pression extérieure…
Exactement. C’est un projet très indépendant, construit avec un petit noyau dur. J’essaie de travailler avec les mêmes personnes sur le long terme. Parce que la musique, c’est aussi une aventure humaine. On vit des moments incroyables, et c’est encore plus fort quand tu les partages avec des gens que tu aimes. Il n’y a pas de pression, juste une vision commune. Et cette liberté, elle est essentielle.
8 Tu sembles entourée d’un cercle très soudé, loin des injonctions du milieu. C’est important pour toi de ne pas subir de pression extérieure ?
Oui, énormément. C’est vrai qu’on est peu nombreux autour du projet, mais on forme un vrai noyau dur. Cette proximité, cette confiance, ça change tout. Il n’y a pas de hiérarchie, pas de contrainte artistique ou commerciale. On construit ensemble, à notre rythme, en accord avec ce qu’on est. C’est une chance d’avoir autour de moi des gens qui ne cherchent pas à m’imposer une vision, mais qui au contraire m’aident à affirmer la mienne. Cette liberté-là, elle est précieuse. Et je pense que c’est ce qui nous permet, aujourd’hui, de créer des choses sincères, dont on est fiers.
9 Tu parles beaucoup de liberté. C’est ce qui t’a poussé à écrire « 2006 » ?
(Sourire) Complètement. Ce morceau, je l’ai écrit en 24 heures, un peu dans l’urgence. On avait besoin d’un titre pour Planète Rap, et je ne trouvais rien dans mon répertoire qui collait au format. Alors je me suis dit : « OK, je vais en écrire un juste pour ça. » C’est une émission que j’écoutais ado, une vraie référence pour moi. Je voulais marquer le coup, honorer le moment, faire un morceau à la hauteur de cette invitation.
Je n’avais pas anticipé l’impact que ça aurait, notamment auprès de ma génération. Mais je l’ai écrit avec tout ce que j’aime dans le rap, dans l’écriture, tout en gardant un refrain plus pop. « 2006 », c’est une sorte de déclaration d’amour à ce qui me fait vibrer dans cette musique-là.
10 Et maintenant, qu’est-ce que tu nous prépares ?
On ne court pas après les chiffres ou les grandes salles à tout prix. Mon plus grand luxe aujourd’hui, c’est de pouvoir vivre de ma musique. Et rien que ça, c’est déjà énorme. Bien sûr qu’on a des rêves, des ambitions – l’Olympia par exemple, c’est un mythe. Mais même si on ne va jamais plus loin que des salles comme La Maroquinerie, mais qu’on les remplit plusieurs fois, ce sera déjà très bien. Ce qui compte pour moi, c’est de continuer à faire de la musique avec les gens que j’aime, et de pouvoir toucher les gens avec ce que je raconte. Tant que je peux faire ça, je suis à ma place.
Découvrez Le Dilemme du hérisson, le dernier EP de Asfar Shamsi :

