La Cigale, le Trianon, et bientôt l’Élysée Montmartre… Le groupe Colours In The Street enchaîne les prestigieuses salles Parisiennes et affiche complet. Place à l’interview sur aficia.
Depuis leur dernière interview avec aficia, les Colours In The Street n’ont pas chômé. C’est sur un tout autre terrain qu’ils ont choisi de se réinventer, avec le choix d’un album 100% en français. Avec Insomnie, nom donné à leur nouvel album, Alex, Noé, Lucien et Pierre-Eli signent un projet ambitieux et profondément intime. Il a été construit comme une nuit blanche, de la tombée du crépuscule jusqu’aux premières lueurs de l’aube. aficia les a rencontrés pour en parler.
Colours In The Street, l’interview DIX MOI
- Qu’est-ce qui a changé pour les Colours depuis notre dernière rencontre, avec aficia ?
Lucien : Je pense que c’était avant qu’on fasse la Cigale. Parce qu’on a joué dans cette salle mythique depuis, au Trianon aussi, et on a refait un album. Ça a changé beaucoup de choses, on le sent. On travaille beaucoup mais on est content parce qu’on sent que ça paye. On sent que les gens s’intéressent un peu plus à notre musique. Il y a des super concerts en tout cas, parce qu’à chaque fois c’était complet. Et là, on a carrément annoncé un Elysée Montmartre, histoire d’avoir fait le tiercé gagnant. Donc tout va bien pour nous depuis !
2. Vous disiez récemment dans un post Instagram être sortis de votre zone de confort pour la création de l’album, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Noé : Tout a commencé quand on a décidé de faire cet album en français. Ça a été un challenge assez costaud, même si on avait sorti notre chanson « Aux étoiles, la chanson la plus connue du groupe, qui est en français. Elle faisait office d’exception dans le répertoire d’avant. Quand on s’est lancés dans ce projet d’album en français, ça a été une vraie recherche pour trouver notre nouvelle façon de travailler.
Changer de langue quand on crée des chansons, cela peut paraître anodin, mais c’est comme changer de monde. Mélodie, textes, sujets… tout devient un peu plus frontal lorsqu’il s’agit de sa langue maternelle, où chaque mot se doit d’être lourd de sens. Une rupture avec nos habitudes qui nous a imposé une longue période de recherche, avant de trouver nos marques et de nous lancer dans la création de cet album, baptisé « Insomnie ».
3. Est-ce plus dur pour vous de composer en français ?
Noé : Peut-être au tout départ, oui. Le temps de trouver nos marques, savoir comment procéder. Une fois qu’on a commencé à avoir une chanson puis 2, puis 3, on a trouvé notre méthode, notre manière de faire. Donc plus dur oui et non.. Plus dur pour la nouveauté mais, en fin de compte, on est très fiers du résultat. On est très contents de cet album. On trouve qu’on a réussi le challenge et qu’on a eu raison d’aller là-dedans.
4. La construction de l’album est assez différente des précédents. Notamment dans le déroulé, avec une intro et une outro en instrumentale. Est-ce que c’était voulu par rapport au thème de la nuit ou est-ce que vous souhaitiez bousculer vos habitudes ?
Alex : Nous avons voulu donner à cet album une dimension conceptuelle, à travers nos textes et notre musique. Il se déroule le temps d’une nuit, le temps d’une insomnie, où se succèdent pensées et questionnements. On y aborde l’amour, le manque, le deuil, l’angoisse, la peur de vieillir… Ces sujets profonds qui ressurgissent invariablement dans l’obscurité, quand le sommeil refuse de venir. Pour incarner ce voyage nocturne, il nous fallait en poser les bornes avec ‘Crépuscule’ en ouverture, ‘Aube’ en clôture. C’était une évidence, et quelque chose que nous souhaitions faire depuis longtemps en tant que musiciens, pour donner toute sa cohérence à ce concept.
Lucien : Cet album, on l’a pensé cinéma. D’ailleurs, ces deux morceaux-là font très musique de film. Il y a un côté désertique. On avait ces images-là en tête, on s’est un peu laissés aller parce que dans une insomnie, il y a quand même des petits moments où tu dors et où tu pars un peu dans tous les sens. Et dans tes rêves, tu peux t’imaginer toutes sortes de décors. Je pense que, presque spontanément, nous sommes allés vers ce genre d’esthétique.
5. L’album aborde des thématiques assez lourdes comme le deuil ou les blessures — est-ce que ce sont ces sujets qui vous ont naturellement amené au thème de l’insomnie, ou c’est l’inverse ?
Noé : Pour être tout à fait franc, pour nous, le processus global d’un album c’est souvent un petit peu décousu. Quand on se lance là-dedans, on ne sait pas à 100% vers où on va. Au début, il nous a fallu composer quelques titres, et assez rapidement on a commencé à se dire que nos chansons parlaient de sujets un petit peu plus intimes que nos précédents albums.
C’est en posant ces premières bases que nous avons commencé à réaliser que nos chansons partageaient une même couleur. Quelque chose de nocturne, d’intime, de replié sur soi. Il nous a alors semblé naturel de continuer sur ce rail-là, d’en faire le fil conducteur de l’album et de construire tout son concept autour de l’histoire d’une nuit, d’une insomnie.
La vraie différence avec le français, c’est la force des mots et l’ampleur qu’ils prennent
– Alex, Colours In The Street
6. Pensez-vous que le français vous aide justement à traiter des sujets un petit peu plus personnels ou compliqués ?
Alex : La plupart des sujets qu’on a traité sur notre dernier album on les a aussi traités, sur les albums précédents. L’angoisse on a déjà on en a déjà parlé sur « Paralyzed ». Le manque, on en parle sur « Aux étoiles ». Mais là, la vraie différence avec le français, c’est la force des mots et l’ampleur qu’ils prennent sur les sujets qu’on aborde. Je pense qu’aujourd’hui, et nous les premiers, quand on écoute une chanson en français, on fait un peu plus attention à ce que ça raconte. En français, les gens comprennent qu’il y a vraiment une nuance un peu différente et c’est-ce qui donne une force. Je pense que le français nous met encore plus à nu, qu’il nous rend encore plus sensible, et rend les chansons encore plus fortes.
7. Vous pensez continuer sur cette lancée du français ?
Alex : Une chose est certaine, cet album, aussi différent soit-il, n’efface pas ce qu’on a construit avant. Il y a des chansons qu’on aime profondément et on ne s’est jamais imposé de limites. Nous avons la chance de faire les choses à notre façon, de prendre nos décisions artistiques nous-mêmes. Alors, si demain l’envie revient d’écrire en anglais, on le fera. De mélanger les deux langues, on le fera aussi.
Pour l’heure, nous continuons en français. Le projet est lancé, et nous avons encore des choses à dire. De nouvelles chansons verront le jour dans les mois à venir. Mais l’anglais ne sera jamais exclu pour autant, c’est là que se trouvent nos racines, c’est la musique qu’on aime avant tout. La suite ? On verra ce que l’avenir nous réserve !
8. Quel est le morceau qui a été le plus dur a composer ?
Lucien : Le plus dur à écrire pour moi ça a été « Padoue », pour des raisons perso mais on a mis beaucoup de temps à trouver le bon ton. Parce que quand tu veux rendre hommage à quelqu’un que t’as perdu, tu sais que c’est un peu la dernière ligne droite. Il y a eu plusieurs versions qui ont été assez dures, en tout cas pour trouver les bons mots. Et après, quand tu trouves, tu le trouves en deux heures. Donc moi, à titre perso, ça a été celle-là.
Alex : En termes de composition, quand on s’est donné le process de faire l’album en français avant de se voir avec les gars, il y a eu deux mois de recherche. Pour ma part, en tant que chanteur et compositeur, cela a été un véritable apprentissage, presque un retour aux fondamentaux. Comment chanter en français, comment écrire des mélodies qui s’y prêtent naturellement… Même si nous l’avions déjà fait sur ‘Aux étoiles’, et que nous l’avions bien fait, ce n’était pas quelque chose qui faisait partie de nos habitudes.
Les premières que j’ai proposé au groupe c’était « Le rêve » et « Seul ». C’était pour moi les plus dures à écrire parce que j’ai vraiment mis deux mois à réussir à proposer ces idées-là. Et après, on a trouvé la recette qui fonctionnait et qui nous donnait l’espoir de pouvoir faire cet album-là.
Noé : Je suis assez d’accord. Je dirais que sur cet album, on s’est plus concentrés sur chaque chanson. Avec l’âge, l’expérience tout ça, on apprend à plus rapidement se dire que cette chanson-là a un vrai potentiel, qu’elle va nous plaire. On a passé un petit peu plus de temps sur chaque chanson, quitte à passer des jours et des jours à peaufiner le moindre détail pour aboutir à ces 10 chansons.
Nous avons préféré en composer treize ou quatorze pour n’en retenir que dix, mais consacrer un soin extrême à chaque détail. Une approche différente de nos précédents albums, où nous pouvions en écrire une trentaine, voire une quarantaine, avant de faire notre sélection. Ce qui a peut-être été le plus exigeant, c’est justement cette quête du détail absolu. Passer parfois des journées entières sur trente secondes de musique, jusqu’à ce que chaque élément soit parfait.
9. Est-ce qu’il y a une chanson que vous redoutez pendant les lives ?
Alex : Non pas forcément. Ce sont des chansons qu’on a composé live donc elles sont retranscrites assez facilement, émotionnellement. Là, le dernier concert qu’on a fait, il y a une chanson qui m’avait énormément ému. C’est rare que j’aie la larme à l’œil sur scène, mais lorsque je chantais ‘Le rêve’, seul au piano, cette chanson m’a littéralement emporté. Il y a certains titres qui, émotionnellement, touchent plus profondément que d’autres. C’est une question de subjectivité, de sensibilité personnelle. Sinon, la difficulté pour moi tient surtout au fait que ces chansons sont vraiment taillées pour la scène, pensées et conçues pour elle.
Lucien : Pour ma part, il y a eu « Padoue », cette chanson que j’avais écrite en pensant à mon grand-père. Il y a eu ce moment où il a fallu la jouer devant ma mère. Ce n’est pas que je le redoutais, mais c’est quelque chose auquel je n’avais tout simplement pas pensé. Quand nous l’avons interprétée pour la première fois et qu’elle était là, dans le public, ça m’a traversé. C’est un moment fort, bouleversant, et en même temps, cela donne une toute autre dimension à la chanson sur scène.
C’est un peu comme « Aux étoiles », elle a été écrite pour une raison. Il se trouve que les gens font un peu ce qu’ils y trouvent aussi. Et c’est après le concert que tu vois qu’ils ont été bouleversés.
10. On va pouvoir vous retrouver en tournée. Vous passez à Niort prochainement, et à la fin de l’année vous passez à Sanois et à Toulouse, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour l’album et pour la suite de vos projets ?
Lucien : On aimerait qu’il y ait 1.000.000 de concerts à travers le monde. Que l’album soit écouté par le maximum de gens. Et se dire que si ça peut résonner chez certaines personnes, si ça peut leur procurer ne serait-ce qu’un petit peu de l’émotion que l’on a eu à l’écrire, ce serait super. Puis que le groupe continue de grandir. On joue à l’Elysée Montmartre en fin d’année donc que la salle soit pleine !
On a prévu en tout cas de continuer d’écrire des chansons. Le projet Insomnie, c’est une nuit qui commence. On a encore des choses à dire donc on va continuer là-dessus. Et on va revenir très bientôt avec des nouveautés.
Alex : Et j’aimerais remercier tout le monde d’ailleurs. Je le fais parce que grâce à vous, on a quand même gagné deux prix aficia music awards (rires). Deux années consécutives ! Et c’est grâce à tous les gens qui ont voté pour nous. On a la chance d’avoir un public qui nous suit donc merci du fond du cœur c’est cool !
Laissez-vous porter par une nuit blanche et plongez dans Insomnie :
Ndlr : aficia remercie l’hôtel Aristide pour son accueil chaleureux et son cadre parfait pour cette rencontre.





