RoseDog ©Nine-Louvel
RoseDog ©Nine-Louvel

RoseDog en interview Dix-moi : “en Belgique, il y a plus de liberté musicale”

À l’occasion de la sortie de threshold, son nouvel EP prévu pour l’automne 2026, le duo belge RoseDog affine une identité à la croisée de l’électro, du rock et de l’intime. aficia leur a posé 10 questions. C’est le format Dix-moi.

RoseDog, en voilà un joli nom. Une sorte de dualité, de contraste. Entre tension et apaisement, Emil et Victor façonnent une musique organique, nourrie par leurs différences autant que par une quête commune : créer sans trahir l’émotion. C’est pourquoi chez RoseDog, tout commence par une tension. Celle d’un monde extérieur jugé anxiogène, mais aussi celle, plus féconde, qui lie Emil et Victor dans leur manière de créer. L’un arrive avec des esquisses fragiles, guitare-voix encore tremblantes ; l’autre construit, déconstruit, habille, jusqu’à donner au morceau une ampleur nouvelle. De cette complémentarité est né un projet hybride, à la fois brut et sensible, qui refuse les cadres trop étroits.

Avec threshold, son deuxième EP attendu pour l’automne, le duo poursuit cette exploration intérieure avec le single Hold Me Back qui sort ce vendredi 10 avril 2026.. Pensé comme une trajectoire allant de la colère vers une forme d’apaisement, le disque interroge sans jamais asséner. Comment aimer, grandir, se construire dans un monde saturé ? RoseDog ne prétend pas apporter de réponses, mais ouvre un espace. Un refuge fragile, où la sincérité devient, presque malgré elle, un acte engagé

L’interview Dix-moi de RoseDog : 

1- Comment naissent vos morceaux ? Qui amène quoi ?

Emil : Ça dépend vraiment des morceaux, il n’y a pas une seule méthode. Souvent, j’arrive avec une première idée, une sorte de maquette guitare-voix. Ce n’est jamais très propre, il y a des trous, des moments où je ne sais pas encore où je vais, des “tu vois ce que je veux dire ?” un peu partout. Mais il y a déjà une intention, une direction. Quand il y a un élément qui nous accroche tous les deux — une mélodie, une phrase, une ambiance — on commence à construire autour. On garde cette base, un peu comme un squelette.

Victor : Oui, même si c’est brut, il y a toujours quelque chose qui se dégage. En général, je comprends assez vite l’univers ou l’émotion qu’il veut poser. À partir de là, on décide si ça vaut le coup d’aller plus loin. Je vais venir développer tout l’aspect production : les textures, les synthés, les rythmiques, l’espace du morceau. J’aime bien partir de ce matériau assez simple et lui donner une dimension plus large.

Emil : En résumé, j’amène souvent la structure de départ, et Victor va lui donner du corps. Mais ensuite, tout le reste se fait vraiment à deux. Et il y a aussi des moments où on fait complètement différemment. On peut partir de rien, juste d’une session où on teste des choses. On est devant un synthé, une boîte à rythme, on lance des idées un peu au hasard… et parfois, il y a un truc qui prend. C’est plus expérimental, plus spontané. Et certains morceaux naissent comme ça, sans aucune base préalable.

2- Est-ce qu’il y a une répartition des rôles ou tout est organique ?

Emil : C’est venu assez naturellement, sans qu’on ait besoin de poser des règles. Il y a une forme de logique qui s’est installée toute seule. On ne s’est jamais dit “toi tu fais ça, moi je fais ça”. Mais avec le temps, certaines habitudes se sont créées. À la base, je lui ai envoyé des morceaux déjà bien avancés, donc ça a installé une première dynamique où j’apportais une base.

Victor :
Et moi je venais développer derrière. Mais aujourd’hui, c’est beaucoup plus ouvert. On peut intervenir sur tout. Même si on a chacun des sensibilités différentes, rien n’est figé. Et c’est important pour nous que ça reste comme ça, pour ne pas s’enfermer dans un fonctionnement trop rigide.

3- Est-ce que vous cherchez à faire passer des messages dans votre musique ?

Emil : Pas de manière directe ou militante, en tout cas. On préfère suggérer plutôt qu’imposer. Laisser de l’espace à l’interprétation.

Victor : On est plus dans quelque chose de sensible, de ressenti. Chacun peut projeter ce qu’il veut dans les morceaux. C’est presque plus intéressant comme ça.

© Nine Louvel
© Nine Louvel

4- Comment est né RoseDog ? À quel moment ça devient “un projet sérieux” ?

Emil : Au départ, c’était vraiment spontané. Il n’y avait pas de stratégie derrière, pas d’objectif précis. C’était plus une envie de créer ensemble. Et puis, petit à petit, il y a eu des retours, des gens qui ont accroché… Mais il n’y a pas eu un moment précis où on a décidé que ça devenait “sérieux”.

Victor : Oui, presque comme un terrain de jeu. On testait des choses, sans pression. Puis, il y a eu des opportunités aussi, des rencontres qui ont donné une autre dimension au projet. C’est quelque chose qui s’est installé progressivement, de manière assez naturelle.

5- Qu’est-ce qui est le plus difficile dans la création ?

Emil : Savoir s’arrêter, clairement. Mais à un moment, il faut accepter que le morceau est fini. Trouver cet équilibre entre spontanéité et exigence, c’est probablement ce qu’il y a de plus difficile.

Victor : Oui, c’est un vrai sujet. On peut toujours ajouter quelque chose, améliorer, modifier… Et ne pas le dénaturer en voulant trop bien faire.

6- Vous avez des visions différentes du live, c’est quoi ces différences ?

Emil : J’ai une approche assez directe, assez brute. J’aime l’idée d’une énergie immédiate, quelque chose de très frontal.

Victor : De mon côté, je suis peut-être plus sensible à l’esthétique globale : la lumière, la scénographie, la cohérence visuelle. Ces différences créent une complémentarité. On arrive à un équilibre entre énergie et univers.

7- Pour vous, un bon live, c’est quoi finalement ?

Emil : C’est un moment où il se passe quelque chose de vrai. Peu importe le nombre de personnes ou la taille de la salle.

Victor : Une connexion avec le public, même si elle est difficile à définir. Si les gens ressentent quelque chose, s’ils sont embarqués, alors c’est réussi.

8- Comment vous percevez la scène belge aujourd’hui et qu’est-ce qui la rend différente de la scène française selon vous ?

Emil : On la trouve très dynamique. Il y a beaucoup de diversité dans les projets. Il y a peut-être moins de barrières qu’en France, une sorte de liberté qui permet de prendre plus de risques.

Victor : Et surtout très libre. Et une vraie envie d’expérimenter, de sortir des cadres, moins de formatage. Tout ça se ressent dans la singularité des projets qui émergent.

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9- Qu’est-ce que vous voulez que les gens retiennent après vous avoir écoutés ?

Emil : Une sensation avant tout. Une émotion, plus qu’un message précis.

Victor : Quelque chose de sincère. Quelque chose qui reste, même de manière diffuse.

10- Vous voulez emmener RoseDog jusqu’où ?

Emil : Le plus loin possible, mais sans perdre ce qui fait l’essence du projet, sans se répéter.

Victor : Continuer à évoluer, à expérimenter. Et faire grandir RoseDog de manière naturelle, sans se forcer.