Nous avons rencontré Jyeuhair sur sa toute première date de tournée des festivals. Entretien très riche et sans filtre pour aficia.
Jyeuhair fait partie de ces artistes les plus doués de sa génération. Certes il n’a pas remporté “Nouvelle école” saison 3, mais il a bien rebondi. Il proposait dernièrement son nouvel album MYLNUI propulsé par les morceaux “Jeune Malagasy” ou “Bye bye adios”. C’est au festival Paroles & Musiques fin mai que nous avons rencontré l’artiste, juste avant son passage… c’est notre interview sans filtre !
Jyeuhair en interview sans filtre
Première question Jyeuhair. Tu te considères plutôt comme un rappeur ou comme un artiste ?
Un artiste. Plutôt un artiste qui fait du rap. Je pense que c’est une réponse assez simple, mais c’est la première chose qui me vient à l’esprit. Je ne dirais pas que je ne suis pas rappeur, mais je fais tellement d’autres choses que simplement rapper. Et puis surtout, en réalité, je n’ai pas commencé par le rap. Ce n’était pas ma première vocation artistique. Je faisais du dessin avant, ensuite j’ai fait de la 3D, j’ai essayé plein de trucs… Je cherche juste des manières de mettre mes idées en forme. Et le rap, c’est ce qui m’a le plus séduit, ce qui m’a permis de les exprimer au mieux.
Selon moi, tous les rappeurs sont des artistes.
C’est une vision intéressante. Du coup, comment tu définirais ta musique ?
Je sais pas trop. En plus, là, je suis dans une phase de transition musicale. En fait, je suis souvent en transition, parce qu’au moment où je sors des morceaux, je suis déjà en train de découvrir autre chose. C’est souvent le cas : ce que je sors est un peu en décalé.
Par exemple, un morceau prévu pour janvier 2026 a peut-être été terminé en janvier dernier, et depuis, j’ai découvert plein d’autres choses. Il y a parfois de longs délais comme ça.
Et concrètement, quelles sont les grandes différences entre ton projet de 2021 et le dernier ?
Il y a eu un vrai changement de vision, à la fois personnel et artistique. Et aussi au niveau technique. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai rencontré plein de gens différents jusqu’en 2025. Je dirais que je me suis aguerri. Avant, j’étais vraiment dans la bricole… Je le suis encore, mais avec plus d’outils.
Et puis, humainement, je suis comme beaucoup d’autres : je suis sur le chemin de la compréhension de ce que c’est, exister. Je suis dans ma trentième année, et j’essaie encore de comprendre, de survivre, de me faufiler dans ce bordel (rires).
Tout ce que j’ai appris, tout ce que j’apprends, influence ce que je raconte. Et c’est très différent de ce que je disais en 2021. À l’époque, j’étais révolté. Aujourd’hui, un peu moins.
En préparant l’interview, j’ai revu ton audition dans Nouvelle École et les commentaires de SCH et SDM. Tu t’en souviens ?*
C’était des pointures. À ce moment-là, je les voyais vraiment comme des membres d’un jury. Il fallait les convaincre. Quand ils m’ont dit qu’ils validaient, qu’ils étaient choqués, j’étais hyper flatté. Je me suis dit : « Bon, c’est presque acquis. » J’avais vu les deux saisons précédentes, et je savais que même si je tombais à cette épreuve là, il y avait un peu « la justice d’Internet » qui aurait pu me sauver. Ça a été un vrai coup de pouce pour mon projet.
Et à l’inverse, Aya Nakamura t’a un peu démonté publiquement…
Oui, mais sur le moment, ça ne m’a pas tant touché que ça, parce que j’étais encore porté par ce que m’avaient dit SDM et SCH.Je pensais qu’avec ma particularité artistique, elle serait au moins intriguée, qu’elle aurait envie d’en voir plus.
Depuis Nouvelle École, ou même avant, tu arrives à te rendre compte du parcours accompli ?
Oui, je m’en rends compte, et j’y pense de temps en temps. Je me dis que l’expérience était folle.
On a rencontré plein de gens de l’ombre : les cadreurs, les monteurs, les ingé-sons… Toute l’équipe technique. J’ai découvert plein de métiers. Je me suis même dit que si un jour ça ne marchait pas, je pourrais peut-être faire ça. C’était une période de folie, d’adrénaline, d’émotions, de stress… Et avec le recul, on l’apprécie encore plus. Certains stress laissent de bons souvenirs.
Être artiste, c’est un long processus. Tu as commencé par les petites scènes, les tremplins… Tu saurais dire combien ?
Franchement, beaucoup. Si on compte les bars, peut-être une cinquantaine ? Je ne saurais pas dire exactement.
Et maintenant, il y a l’Olympia qui arrive. Ça change tout !
Grave. C’est une grande scène !
Paroles & Musiques, c’est ta première date de l’été. Comment tu appréhendes cette saison de concerts et de festivals ?
J’essaie de me mettre en bonne forme pour offrir le meilleur spectacle possible. J’ai envie que ce soit bien. C’est pour ça que je fais du sport : j’ai envie de prendre du plaisir, pas de subir. Je veux pas sortir de scène crevé, foncer à l’hôtel et être mal dans ma vie. Je veux vraiment kiffer, rappeler que ce métier est un plaisir.
J’ai regardé tes stats : 30 000 abonnés sur Insta, 250 000 écoutes sur Spotify… Et tu es Malgache ! C’est fou, non ?
Est-ce que c’est fou ? Je sais pas. Aujourd’hui, il y a tellement d’artistes de tous horizons… Peut-être qu’il y a eu aussi un peu de chance dans tout ça. Je suis persuadé qu’il y a plein de talents méconnus. Peut-être que j’ai eu les bonnes opportunités au bon moment. C’est un mélange. C’est peut-être exceptionnel, ou juste un mouvement parmi d’autres.
Qu’est-ce que t’a apporté Nouvelle École ? Tu penses que ta tournée actuelle en découle ?
Oui, clairement. Nouvelle École a joué un grand rôle. Ça m’a offert une énorme exposition, pile au bon moment. On avait déjà l’ambition d’atteindre ces résultats un jour, et on aurait continué quoi qu’il arrive. Mais l’émission m’a permis de montrer mon projet sous un certain angle et ça a ouvert plein de portes.
Qu’est-ce que tu veux apporter de nouveau au rap ?
Je ne pense pas encore avoir apporté quelque chose de nouveau. Pas pour l’instant. Mais j’espère que ça viendra. Je crois que certaines personnes ont capté ce que je fais, mais on ne peut pas dire que j’ai déjà marqué le rap. Jul, lui, a vraiment changé les choses. Moi, j’en suis encore loin.
C’est du long terme. Il faut du temps pour s’installer. Pour beaucoup, je viens d’arriver.
Tu as fait des pauses sur les réseaux. Aujourd’hui tu y es revenu. C’est une prise de conscience ou une nécessité ?
On a essayé plein de choses. Parfois j’étais très actif, parfois on lâchait un peu.
Mais naturellement, je préfère ne pas trop utiliser les réseaux. J’aime que les gens soient au courant de ce qui se passe, comme moi j’aime suivre mes artistes. Donc parfois j’y pense, mais mon équipe me pousse : “Faut donner des nouvelles.” Je me détache facilement des réseaux. Je pense pas à faire des stories ou publier. Il faut que ça ressemble à l’artiste que je suis.
Mais Instagram est devenu une extension de mon projet. J’aime m’en servir, même si je me prends trop la tête. Parfois je prépare un post comme si c’était un single ! Et au final, je ne le publie pas. C’est pas assez abouti à mes yeux… alors que d’autres l’auraient posté direct. Mais on se met la pression parce qu’on veut de la qualité.
On t’a vu aux balances tout à l’heure. Tu n’es plus seul sur scène. Quelle est ta vision d’un bon concert ?
Avant, j’étais seul sur scène. Il y a encore des moments où je le suis. Mais j’ai envie de renforcer les points forts du live. La danse en fait partie. J’ai toujours aimé danser. Je faisais du Krump, du break, du jerk… Le Krump est resté le plus longtemps. Là, j’ai voulu inviter des danseurs de styles différents pour apporter une vraie diversité et amplifier l’aspect chorégraphique. Et ils sont vraiment très forts !
Quels sont les projets à venir ?
Je compose à fond en ce moment. Je n’ai pas de date précise, mais certains sons sont presque prêts. Il faut juste finaliser quelques détails. Je ne sais pas encore quand ni dans quel ordre, mais oui, il est temps (rires). Il est temps de sortir des trucs.
Comment tu sais que c’est le bon moment pour sortir un titre ?
Il y a plusieurs facteurs. Artistiquement, j’attends qu’un morceau ait une forme finale, mais j’essaie de ne pas trop pousser, sinon on ne sort rien. Il faut que ça me touche, c’est un bon signe.
Ensuite, il y a des questions de timing : est-ce qu’il y a une tournée ? Un album derrière ? Est-ce que le projet redescend un peu ? Est-ce qu’il vaut mieux sortir un morceau sur les réseaux ?
Là, je ne décide pas tout seul. Mais artistiquement, c’est une question de feeling, de goûts, d’influences.
Et en prod, tu vas monter en gamme j’imagine ?
Ah oui, à fond ! J’aimerais trop pouvoir tout vous dire, mais oui, on va clairement monter en gamme ! (rires)
Découvrez le dernier album de Jyeuhair :


