Leblanc (c) ANNA&JACQUES
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L’interview sans filtre de Leblanc : “Je ne veux pas être l’artiste qui remixe Mozart”

C’est la nouvelle sensation de la techno mélodique en France. Leblanc est en interview sans filtre sur aficia.

On le connaît sous le nom de Leblanc sur les réseaux sociaux. Mais en réalisé, Sébastien de son vrai nom, est simplement un féru de musique. Il mêle habillement la puissance de la techno mélodique et la grandeur de la musique épique et symphonique. Son univers musical, à la croisée des genres, puise son inspiration dans les bandes originales de films et les chefs-d’œuvre intemporels de la musique classique, qu’il réinterprète et réinvente avec une sensibilité unique.

Il vient de signer sur le label Polydor (Universal Music) pour publier son 1er album Reborn (sortie le 23 mai 2025). Une œuvre qui est synonyme de véritable voyage sonore, mêlant intensité, émotion et virtuosité orchestrale, et qui confirme Leblanc comme un nom incontournable pour les années à venir.

L’interview sans filtre de Leblanc : 

Bonjour Sébastien. J’ai remonté tout ton fil Instagram, et tout semble avoir été archivé avant le début de cette nouvelle ère en 2023. Que faisais-tu avant cette date ?

Avant 2023, j’étais déjà dans un projet électro, mais dans un tout autre style. J’ai commencé la musique comme beaucoup de monde : par passion, au lycée, il y a une dizaine d’années. À l’époque, je faisais de la trap, avec des influences très hip-hop dans les instrumentales. Ce sont les débuts de DJ Snake qui m’ont donné envie de m’y mettre. Mon projet s’appelait LBLVNC — toujours « Leblanc », mais écrit différemment. On peut encore le retrouver sur Spotify, avec mes premières sorties.

Qu’est-ce que tu as appris avec ce premier projet ?

C’est à travers ce projet que j’ai découvert mon attirance pour les univers symphoniques et cinématographiques. En 2023, j’ai ressenti une évolution, une maturité artistique qui m’a amené à explorer des styles comme la melodic techno et la deep house, avec des sonorités plus européennes. La trap, très ancrée aux États-Unis, me parlait moins ici en tant qu’artiste français. Il n’y avait pas vraiment de soirées trap/dubstep dans lesquelles je me reconnaissais. Donc oui, ça fait dix ans que je fais de la musique, et deux/trois ans maintenant que je développe ce nouveau projet, qui a rencontré un bel accueil. Je suis heureux de cette transition.

Tu dirais que c’est la maturité qui t’a poussé à faire cette transition ?

Oui, en partie. Mais pas uniquement. Comme beaucoup, je traverse des périodes. Je reste fidèle à ma patte, mais je n’avais plus la petite flamme pour continuer dans la trap. La melodic techno m’a ouvert un nouveau champ d’exploration, avec plus de possibilités de mélanger les genres. Ça m’a tout de suite parlé. Peut-être que dans deux ou trois ans, je changerai encore ! En tout cas, cette transition, je la vois comme un signe de maturité — à la fois personnelle et musicale.

Y a-t-il un compositeur classique ou une bande originale qui a marqué ton parcours ?

Je suis très attiré par la musique classique et les musiques de films. Hans Zimmer, John Williams et Ennio Morricone sont mes trois références absolues. Ils figurent d’ailleurs en haut de mes écoutes Spotify chaque année ! Ce sont des artistes qui, à chaque écoute, me projettent des images, m’inspirent profondément. Leur musique me donne des frissons. Cela ne m’empêche pas de rester attentif à la scène melodic techno pour rester à jour.

Et Spotify est là pour prouver que tu ne bluffes pas !

Exactement. Ce n’est pas un effet de style. Et je n’ai jamais essayé de surfer sur une tendance en mélangeant musique classique et techno. Même si Hans Zimmer est très connu grâce à Interstellar, ce n’est pas ce qu’on appelle mainstream. Et la melodic techno, bien que plus visible qu’avant, reste aussi un style de niche. Je n’ai jamais cherché à faire « du buzz ». J’ai juste suivi mon instinct.

Et pourtant, ton projet rencontre un vrai succès…

Oui, j’ai eu la chance d’arriver au bon moment. Mais on est tous sur les réseaux pour espérer que ça fonctionne, bien sûr. J’ai quand même réfléchi à la façon d’aborder ce projet. Dans mon album Reborn, je suis allé chercher des œuvres connues : Mozart, Beethoven… Le but était de parler au grand public. Mon objectif, sans prétention, c’est de rendre la musique classique et la musique de films plus accessibles. Montrer que ce n’est pas poussiéreux, que ça peut être jeune et cool, si c’est bien amené.

Finalement, ce mélange de classique et de techno, ce n’est pas ce que beaucoup aimeraient entendre en festival ? Quelque chose de familier, mais modernisé ?

Je pense que oui. Il y a une part de nostalgie qui touche les gens. Sur les réseaux, notamment avec le single “Now We Are Free, je me rends compte que mon public n’est pas si jeune. Ce sont souvent des trentenaires, voire plus. En festival, tout le monde a entendu une œuvre de Mozart ou de Beethoven, même sans être amateur de classique. Et quand je vois les gens danser là-dessus, je me dis que le pari est réussi.

Tu viens de sortir ton premier album Reborn chez Polydor, ce 23 mai. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

C’est une façon de tourner une page. J’avais envie que Leblanc devienne un projet plus personnel, centré sur mes propres compositions. J’ai adoré faire des reprises, mais je ne veux pas être « l’artiste qui remixe Mozart ». J’ai envie de montrer qui je suis, tout en conservant l’ADN symphonique du projet.

Concrètement, comment as-tu travaillé cet album ? Tu utilises des samples ou tu recomposes tout ?

Je ne sample pas. Je recomposes tout. C’est un peu ce qui fait ma différence. Je ne me contente pas de prendre un enregistrement et de le retravailler. Je me plonge dans les partitions, je regarde des vidéos pour refaire chaque ligne — violons, violoncelles, contrebasses — une par une. C’est plus long, mais ça me donne une vraie liberté. Et ça me permet aussi de publier mes morceaux sur Spotify sans souci de droits, puisque ce sont considérés comme des covers, pas des remixes.

Par exemple, sur Now We Are Free, ce n’est pas la chanteuse originale, mais une nouvelle interprète. Cet album m’a aussi appris à orchestrer un morceau 100 % symphonique. C’est important pour moi, car à terme, j’aimerais composer pour l’image.

On peut dire que tu es un peu le Mozart de la melodic techno, non ?

(Rires) Peut-être pas ! J’essaye simplement d’y mettre ma patte. Au départ, je voulais rester très puriste, très symphonique. Mais finalement, je veux aussi toucher un public plus large. Garder mon univers, tout en l’adaptant aux scènes et aux clubs.

C’est assez rare de sortir un album dans le milieu électro, non ?

Oui, c’est vrai. D’ailleurs, au début, mon équipe n’était pas forcément très emballée. Dans l’électro, c’est compliqué d’imposer un album, sauf si tu es déjà un gros nom. Mais pour moi, c’était logique. Je voulais vraiment proposer un projet fort, physique, avec des vinyles, un vrai objet. Un album de dix titres pour marquer la fin d’un chapitre.

Tu ne penses pas que c’est un peu tôt pour parler de “tourner la page”, alors que beaucoup de gens te découvrent à peine ?

Justement, je pense que c’est le bon moment. Je ne suis pas encore catégorisé dans un style précis. J’ai donc encore le temps d’évoluer sans être enfermé. Mais Leblanc, lui, ne changera pas. L’émotion sera toujours au centre, simplement avec d’autres instruments, une direction plus club aussi, par rapport à l’album où certains morceaux ne sont pas taillés pour la scène.

Sur Instagram, on voit que des noms comme DJ Mag, Mosimann, RIVO ou Radio FG s’intéressent déjà à toi. Mais j’ai l’impression qu’en France, ça reste encore discret ?

C’est vrai. Ma communauté n’est pas majoritairement française. J’ai l’impression que les Allemands, par exemple, sont très réceptifs à ce type de son. Il y a aussi une grosse communauté à Paris, bien sûr, et on essaye de développer ça. Mais je suis honnête : même si je suis Français, je ne cible pas forcément la France en priorité. Je n’oublie pas d’où je viens, mais mon regard est plus tourné vers l’international.

Des carrières comme Ofenbach ou Kungs, qui s’exportent beaucoup, t’inspirent ?

Oui, clairement. Être un artiste français qui s’exporte, c’est un peu le modèle. C’est aussi pour ça que je m’appelle Leblanc, que j’ai ce look « petit frenchy ». J’aime cette image du Français qui mêle techno mélodique et musique classique. Si je pouvais suivre les pas de Kungs, Ofenbach ou Rivo à l’international, ce serait l’idéal.

Penses-tu que Polydor t’aurait signé si tu avais eu 5.000 abonnés, mais la même qualité musicale ?

(Il lève les yeux au ciel et hoche la tête) Franchement, non. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’être un bon musicien. Il faut aussi être visible. Bien sûr, tu peux construire ta carrière sans être une star des réseaux, mais les labels, les programmateurs, regardent d’abord tes chiffres. J’ai compris ça très tôt. C’est pour ça que je suis allé sur TikTok, avec des reprises plus “grand public”. Ça a marché. C’est un peu triste à dire, mais c’est la réalité actuelle.

Quand tu as rencontré Polydor, est-ce que l’album était déjà prêt ou avez-vous construit le projet ensemble ?

J’avais déjà mon idée très claire : je voulais sortir cet album pour clôturer ce chapitre. Au départ, ils étaient un peu hésitants. Un album instrumental, sans voix, c’est plus difficile à placer en playlist. Mais j’ai tenu bon. Ils ont vu que ça fonctionnait sur mes réseaux. Pour les rassurer, on a prévu des morceaux plus « radio friendly », chantés. On travaille déjà sur le prochain single pour cet été…

Quel serait ton rêve absolu en tant qu’artiste : jouer à Tomorrowland, diriger un orchestre, composer pour le cinéma ?

Les trois ! En ce moment, ce que j’adore, ce sont les festivals. J’ai 26 ans, c’est le moment d’en profiter. Mais à long terme, je me vois plutôt en studio, à composer pour l’image. J’ai besoin d’images pour m’inspirer. J’ai déjà composé pour un film, et même si c’était nouveau de recevoir des directives d’un réalisateur, j’ai adoré l’expérience. C’est clairement un domaine que je veux approfondir.

Et puis un jour, diriger un orchestre, oui, j’y pense. Comme Worakls, que j’ai vu à la Salle Pleyel : c’était incroyable. Je ne sais pas encore si je suis prêt, c’est un énorme travail de coordination. Mais c’est quelque chose de très vivant, qui me parle beaucoup.

Découvrez l’album Reborn de Leblanc :