Madame Monsieur en interview : “La tolérance et l’acceptation sont des sujets sur lesquels il faut continuer à se battre”

Exclusivité aficia

À l’occasion du nouvel album Tandem qui paraîtra ce vendredi on vous offre une semaine en compagnie de Madame Monsieur. Dans cette nouvelle interview, le duo nous parle du harcèlement de rue, de l’acception de soi ou encore de la tolérance.

Retour dans les bacs ce vendredi 26 juin pour Madame Monsieur. En effet, le duo que le grand public a eu l’occasion de découvrir avec le titre “Mercy” afin de représenter la France au Concours Eurovision de la Chanson compte bien nous surprendre avec un format très riche.

Ce format c’est Tandem, un album qui offre 25 titres, tous en collaborations avec d’autres artistes. On retrouve ainsi sur la galette Christophe Willem, Slimane, Boulevard des Airs, Soprano, Hatik ou encore Oxmo Puccino… La promesse d’un très beau voyage musical ! Il était donc pour nous évidement d’invité Madame Monsieur à passer une semaine en votre compagnie…

Une prise de parole sur le harcèlement de rue, la femme…

Toute la semaine, nous découvrons et redécouvrons Madame Monsieur et parlons de divers sujets ! Après nous avoir confié sa playlist du moment et parlé de son premier livre “Je m’appelle Mercy”, Madame Monsieur a souhaité abordé les problèmes de société liés au harcèlement de rue, des agressions ou encore la place de la femme de la femme en 2020. Avec un certain optimisme, Madame Monsieur a souhaité prendre la parole en toute simplicité.

Madame Monsieur : l’interview…

On parle en premier lieu du harcèlement de rue concernant les femmes. Mais la rue est aussi un obstacle pour d’autre personnes comme les LGBT+ par exemple. Quel regard vous portez sur le fait de ne pas pouvoir être soit, en 2020, dans des pays comme la France ?

Madame Monsieur - © Fifou

Jean-Karl : J’ai envie de te dire que ça va dans le bon sens. On est quand même dans des sociétés un peu plus tolérantes. J’ai l’impression que ceux qui sont contre font encore plus de bruit et le montrent de façon plus extrêmes et c’est terrible. Je me dis aussi qu’il y a des avancées régulières qui vont dans le sens de la tolérance et l’acceptation. Ce sont des sujets sur lesquels il faut continuer à se battre, à ne pas baisser les bras. Il faut arrêter de croire que tout le monde est gentil et que tout est beau. 

Emilie : Il ne faut jamais rester neutre en tout cas, face au racisme, à l’antisémitisme ou des choses hyper naturelles, comme le fait d’être soi sans emmerder les autres. Évidemment qu’il faut continuer à s’élever contre les gens qui sont des obstacles à cela.

Malgré tout, il y a une frontière entre harcèlement et séduction. Comment la distinguer ? Il n’y a-t-il pas un piège de stigmatisation systématique ? 

Emilie : Si ! Ça c’est malheureusement le résultat d’une prise de conscience d’une femme, le point commun qu’elles ont d’être des poids, infortunées. C’est vrai que la limite, la frontière est ténue, mais je crois qu’il ne faut pas être hypocrite dans le sens où chaque homme, lorsqu’il approche une femme, sait s’il lui met la pression ou non dans sa façon de l’aborder. Qu’elle soit verbale ou physique. C’est comme la politesse. Tu peux très bien être vulgaire ou agressif sans utiliser de mots horribles. Le harcèlement ne passe pas forcément pas les mots, mais par plein de choses. Je pense qu’il manque une part d’honnêteté chez les hommes. Il faudrait moins d’hypocrisie pour comprendre que la personne en face est un être humain.

J’ai l’impression que c’est plus compliqué d’être une femme depuis que la Terre existe.

Jean-Karl

‘Habillé comme une potiche’… On répond quoi aux personnes qui pensent que le fait de porter une jupe peuvent tout leur permettre ?

Emilie : Wow ! Qu’est-ce qu’on leur répond ? Ce que je dis dans la chanson “Zéro” sur l’album Tandem, à la fin du morceau : “Tu t’expliques et tu divagues, il n’y a pas d’erreur tu crois que tu dragues, tu agis comme un voleur. Pense à tous les zéros qui traînent dans le secteur, pense à tous les zéros qui pourraient serrer ta sœur”. En fait, ce message s’adresse aux gars. J’ai envie de leur dire “Oh les gars, quand vous vous adressez à une femme, une fille, n’importe qui, mais gardez toujours en tête que vous êtes le fils d’une femme, vous avez des sœurs, des cousines et vous aurez peut-être une fille un jour. Essayez deux secondes de vous mettre dans la situation d’un père, d’un ami ou d’un fils, et est-ce que vous aimeriez que l’on fasse ça à l’une des vôtres”. Et je pense que cette réponse refroidit pas mal. 

Au-delà du simple harcèlement de rue, la situation de la femme est souvent précaire. Il suffit pour cela de regarder la différence de salaire, par exemple, pour un homme et une femme occupant le même poste. Pourtant une loi existe en France pour interdire de telles pratiques. Premièrement, pensez-vous qu’il est plus difficile d’être une femme qu’un homme en 2020 ? 

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Jean-Karl : J’ai l’impression que c’est plus compliqué d’être une femme depuis que la Terre existe. Qu’en penses-tu Emilie ?

Emilie : L’autre jour en interview, on me demandait qui j’aurais rêvée d’être ? Et j’avais envie de répondre Léonardo Dicaprio tu vois… Pas simplement pour son physique. Sans doute qu’il a des complexes et des moments où il est malheureux mais cette personne incarne la liberté d’être un homme sur cette planète, c’est-à-dire qu’il fait ce qu’il veut, il joue les rôles qu’il veut, personne ne le juge sur sa personnalité, tout le monde l’admire, il doit des comptes à personnes. J’ai l’impression que cette liberté-là ne peut être donnée qu’à un homme aujourd’hui.

J’ai souvent pensé que c’était plus facile, plus confortable d’être un homme.

Émilie

Inversement, tu penses qu’une femme, cela ne peut être le cas ?

Emilie : Je suis certaine que même une femme qui serait son alter ego comme Julia Roberts par exemple, sera toujours jugée en tant que femme et non pas en tant qu’être humain qui kiffe sa vie et fait ce qu’il veut. J’ai souvent pensé que c’était plus facile, plus confortable d’être un homme. Les personnes de couleurs disent par exemple qu’on “on ne peut jamais oublier qu’on est une personne de couleur. Vous, vous pouvez oublier que vous êtes blancs, et quand vous voulez vous le rappeler, ben ok vous vous le rappelez, et alors ?”. Je pense qu’être une femme, c’est un peu pareil. On n’oublie jamais qu’on est une femme, lorsqu’on se balade dans la rue, la journée comme le soir. Et que potentiellement on peut se faire emmerder, on doit être sur nos gardes, on ne peut pas se tenir comme on veut. Ou du moins, si on le fait, c’est à nos dépends. Il y a encore du boulot la-dessus. 

Tu parlais de Julia Roberts. Penses-tu que des femmes comme Jennifer Lawrence et Angelina Jolie ont eu du mal à devenir celles qu’elles sont devenues ?

Emilie : Bien sûr. Je pense surtout qu’elles sont simplement sexy. On a dû attribuer leur succès au fait que ce sont des nanas, qu’elles ont des seins, qu’elles sont sexy, qu’elles se maquillent, qu’elles sont maîtresses de leur corps. En fait, le problème, c’est qu’on est toujours ramené à notre condition de femme, quoi qu’on fasse. Si on échoue, on est ramené à notre condition de femme. Forcément, on est une nana. Alors que si ça marche pour nous, c’est presque de la jalousie puisqu’on nous dit qu’on a joué de notre charme. C’est vraiment le problème central. 

Il faut absolument que les enfants du futur soient beaucoup plus confiants.

Jean-Karl

Peut-être l’avez-vous vu, Ask for Angela, un dispositif anti-harcèlement et agressions qui existe déjà à l’étranger et qui a été annoncé par Marlène Schiappa le 28 mai dernier. Était-il temps d’après vous ?

Emilie : C’est très bien ça ! Je souhaite de tout cœur que cela fonctionne. Après, j’ai l’impression d’avoir entendu ce genre d’infos déjà mille fois. Que ce soit des noms de codes quand tu rentres dans un bar ou en demandant le nom d’un cocktail… Je pense que toutes les nanas pourront te dire avoir déjà vu ce genre d’infos. J’ai l’exemple du vernis à ongle qui me vient en tête également. Tout ça, ce sont des palliatifs, c’est là juste pour corriger le tir mais ce qu’il faudrait c’est prendre le problème à la source, que ce soit dans l’éducation des enfants par exemple, afin que le problème soit résolu.

Toujours à propos de ces inégalités, pensez-vous que les pouvoirs publics ne mettent pas assez d’actions en place pour enfin limiter, voire même supprimer les inégalités ?

Emilie : Est-ce que peut-être on devrait apprendre ça à l’école ? C’est toujours délicat de différencier ce que nous devons apprendre à la maison ou à l’école, c’est-à-dire ce que les parents doivent transmettre et l’éducation scolaire. Malheureusement, je pense qu’il serait pas mal de voir aussi, même si je sais que les enseignants sont déjà débordés, de faire de l’éducation civique 1h par semaine. Peut-être que cela existe déjà d’ailleurs, je ne suis pas sûr. Mais il faudrait l’enseigner dès le plus jeune âge pour apprendre l’égalité, le droit des sexes, le respect de l’autre. Je parle sans forcément savoir.

Jean-Karl : Ce n’est pas forcément des questions de lois, c’est parfois simplement une question de bon sens et d’éducation. Il faut absolument que les enfants du futur soient beaucoup plus confiants de cette différence-là qui ne devrait pas l’être. Peut-être suis-je trop optimiste mais je pense que la génération actuelle a bien ça en tête, et j’espère que l’on tendra à aller vers l’égalité des sexes bientôt.