Najoua Belyzel en interview : « J’ai été déçue par le passé, aujourd’hui je souhaite me laisser porter »

À l’occasion de son retour sur la scène musicale, Najoua Belyzel se livre sur son retour, son expérience, ses ambitions. C’est avec aficia !

Enfin ! Cela faisait plus de neuf ans que Najoua Belyzel n’avait pas publié de nouvel album, le dernier en date étant Au féminin, promu par le single « M (Hey hey hey) ». Douze ans après « Gabriel« , la chanteuse aujourd’hui âgée de 36 ans a pris beaucoup de recul et compte bien publier à l’hiver 2019 son nouvel album baptisé De la lune au soleil. Elle nous a d’ailleurs donné la date de publication ! Le single « Cheveux aux vents » en est le single locomotive.

C’est ravie mais à la fois bouleversante et émue que Najoua Belyzel a bien voulu se confier à nous à propos de ces années d’absence, de son excitation de revenir sur le devant de la scène et bien entendu de musique… .

Najoua Belyzel… l’interview !

Neuf ans sans publier de nouvel album, c’est une période relativement longue quand on est artiste. Comment gère-t-on cela ?

(Rires) Oula ! Déjà, je n’ai pas compté le temps de la même manière que toi. Ça me fait toujours drôle d’entendre le chiffre neuf. Disons que je n’ai jamais quitté la musique et la musique ne m’a jamais quitté. Pour tout te dire, j’ai aimé être dans l’anonymat. Mon premier album a eu beaucoup de succès et il y a forcément eu certaines séquelles lorsque l’on est pas prêt ni protégé. Mais ça, avec le temps, l’âge et la vie, on finit par apprendre. Après mon deuxième album, j’ai quitté ma maison de disques avec qui j’étais depuis 2005. Avec mon acolyte Christophe Casanave, avec qui je travaille depuis mes débuts, on a décidé de continuer notre route musicale indépendamment et par nos propres moyens.

J’imagine que ce n’était pas facile…

Je m’essaye à écrire un roman. Najoua Belyzel

Il s’est avéré que c’était un peu compliqué, car quand on n’a pas de label ou de maison de disques, les chemins tracés ne sont pas les mêmes. Mais ça, c’était jusqu’à ce qu’on se dise : « Mais ça ne marche pas comme ça, on va devoir aller re-démarcher les labels ! On va devoir reprendre la recette du départ ». Mais au final, on n’a même pas eu besoin de le faire puisqu’on a rencontré une équipe formidable qui est Warrior Prod. Mais sinon c’est vrai que le temps est passé, mais ce n’est pas grave…

C’est également neuf ans de remise en question et de réflexion je suppose ? Concrètement, qu’as-tu fais pendant ces longues années d’absence ?

Je n’ai jamais arrêté la musique en fait. J’ai la chance d’écrire depuis toujours, avant même d’être chanteuse. J’ai toujours aimé les mots, la poésie, lire… J’ai lu et écrit beaucoup. D’ailleurs tu vas être le premier à qui je le dis, à part à mes proches : je m’essaye à écrire un roman. Est-ce que c’est un roman, je ne sais pas, mais c’est en tout cas une histoire qui m’ai arrivée. Je me suis réveillée un matin et j’ai vu des choses car je suis quelqu’un qui analyse beaucoup. Parfois, ça prend la tête et parfois ça ne prend pas du tout la tête. Pour le coup, ça m’a pris le cœur plutôt que la tête. Je me suis donc mise à écrire…

Écrire son histoire sous la forme d’un roman, c’est impressionnant ?

Être écrivain, c’est quelque chose de très fort. De très noble aussi. Je me suis dit que je n’allais pas faire les choses n’importe comment, donc j’ai écris mes idées. Ce n’est pas du tout comme la création d’une musique. C’est un tout autre processus. Là, ce sont des mots qui me sont tombés comme une pluie. Cela ne s’arrêtait pas. Des mots, des mots et encore des mots sont arrivés, mêlés à des personnages, une histoire qui se raconte dans une autre histoire. Je me suis dit que ce n’était plus des chansons que j’écrivais. J’ai commencé à vraiment m’y mettre. Mais comme je me suis remise à la musique, j’ai mis entre parenthèse mon roman. La musique est revenue, avec la signature d’un nouveau label. Je veux que cet album sorte une bonne fois pour toute, et seulement après je me remettrai sur l’écriture. Donc ça, ça m’a pris trois belles années et puis entre temps j’ai eu… tu es également la première personne à qui je le dis, du moins dans la presse… j’ai eu un bébé. C’était mon désir d’enfant dans « Luna ». De cette merveilleuse envie et de cette merveilleuse chanson, il y a eu cette magie d’être une maman enceinte.

Découvrez « Luna » de Najoua Belyzel :

De la lune au soleil est le nom donné à ce troisième album que tu annonces depuis près de quatre ans. Y a-t-il une part de frustration quand cet album n’arrive jamais ?

C’est un album qui est purement électro. Najoua Belyzel

Frustrée non. J’ai peut-être eu le sentiment d’être déçue en 2012 car je devais sortir mon troisième album cette année là, et cela ne s’est pas fait. À partir de là, j’ai compris énormément de choses. J’ai grandi à plusieurs points de vues. La musique, ce n’est pas juste des chansons, des radios et des TV, des musiques et des fans. C’est très difficile d’exister lorsque tu n’as plus de labels, plus personne pour te soutenir, te respecter. Certains sont simplement là pour te manipuler et te transformer. J’ai eu beaucoup de chances et beaucoup de temps. L’équipe avec qui je suis aujourd’hui aime ce que je fais et me respecte, et ça, c’est très important ! Il y a fallu que j’apprenne à ne pas avoir peur aussi. À chaque fois que l’on se rapprochait de mon univers et qu’on voulait un peu me changer parce que ça ne marchait pas comme si comme ça, j’ai eu très peur. J’avais envie de leur dire : « Prenez moi comme je suis sinon rien du tout ». Je ne cherche ni la gloire ni le succès. Je n’ai jamais voulu devenir une star. Si ça ne marche pas tant pis, c’est la vie, ça marchera peut-être plus tard. En ayant ce raisonnement là, je pense qu’on aura moins mal et moins de frustration.

As-tu peur de décevoir ou pire, faire un retour raté ?

Je n’ai pas peur de ça non. Je n’arrive pas vraiment à l’expliquer, car en réalité je suis très émue à l’instant même, ça doit se ressentir… Je prends les choses très sereinement. J’ai confiance en ce que j’ai fait. J’ai confiance en mon public qui est toujours là. Certains sont extraordinaires. C’est aussi pour eux que je continue. J’ai envie de tout simplement me laisser porter, comme en 2005, même si je sais que de nombreux éléments ont changé aujourd’hui, il y en a plein qui disent que c’était plus facile avant parce qu’il y a avait moins de compétition. Mais c’est faux ! Il faut vivre dans l’air du temps. Il ne faut pas oublier que j’essaye d’être un ange donc j’ai des ailes et dans le pire des cas si je tombe je m’envolerai…

À quoi doit s’attendre avec ce nouvel album ? Quels sont les grands changements par rapport au précédent ?

Ce troisième album là ne sera pas du tout dans la même veine qu’ Au Féminin par exemple. C’est un album beaucoup plus punchy, beaucoup plus électro. Dans mes deux premiers albums, il y avait beaucoup d’instruments qui sont ‘la base de la musique’ en général, comme la guitare acoustique ou électrique. Sur cet album là, il n’y a aucune guitare. C’est un album qui est purement électro. Ça ne veut pas dire qu’il est froid. Au niveau des chansons, il y a énormément de chœurs, de sentiments et d’émotions. Les textes que j’aborde sont toujours aussi forts, des thèmes qui sont assez récurrents chez moi aussi, engagés, dénonciateurs… Mais au niveau musical, c’est beaucoup plus dansant. J’aimerais tellement te le faire écouter pour qu’on le décortique ensemble, mais ce n’est pas le moment. Mais je meurs d’envie ! (Sourire) Il y a beaucoup de chansons où tu n’écoutes pas le texte. Tu as simplement envie de danser et fermer les yeux. Mais si tu lis le texte, tu vas te dire « Ah ouais, j’ai quand même danser sur un sujet comme celui-ci ». C’est un peu comme Stromae, artiste que je respecte énormément. Cette manière et cette gymnastique qu’il a, de pouvoir faire danser les gens sur des thèmes hyper tristes. Et bien c’est ce qu’on a fait sur ce nouvel album, notamment les deux prochains singles, qui bougent encore plus que « Cheveux au vent ». Je ne sais pas comment te dire autrement les choses…

(‘Re)découvrez « Que sont-ils devenus ? » de Najoua Belyzel : 

Avec ce nouveau single, tu as proposé plusieurs versions remixées…

Oui, j’adorerai toucher les clubs ! C’est pour cela qu’avec « Cheveux au vent », on a six remixes dont Agrume et Mico C ! Lorsque Warrior Prod m’a envoyé ça, je leur ai dis que c’était génial. J’adore ça ! C’est extraordinaire de pouvoir prendre une chanson, la proposer, la transformer comme ça, en gardant la colonne vertébrale de la chanson et de la voix. Je pense qu’on va être amené à renouveler l’expérience. En tout cas, je suis ouverte à ça. Si ça me plaît, super, si ça me plaît pas et bien vous le saurez jamais ! [Rires]

Tu reviens donc avec « Cheveux aux vent », un titre rempli d’espoir et plutôt optimiste si on écoute les paroles : « Cheveux au vent libre comme l’air  / Je me sens bien dans mon pull-over / Et bonjour les beaux jours  / Que la vie soit folle d’amour ». Si je ne me trompe pas, c’est une chanson à double sens…

Mon regret est de ne pas avoir fait assez de scène Najoua Belyzel

En réalité cette chanson-là, quand on l’écoute, c’est un son assez tropical, dance électro, elle est entêtante…. J’ai réalisé le clip la semaine dernière. Le réalisateur n’a pas arrêté de me dire sur le tournage que cette chanson était incroyable, qu’il l’avait écouté mille fois et qu’il n’a pas réussi à s’en défaire. Je trouve ça génial. J’aime que ce que je fais produise ça chez les gens. C’est un super compliment. Mais si on se penche vraiment sur le texte, il est plutôt léger. C’est un peu comme j’avais pu faire sur « Gabriel ». Ce n’était pas un sujet si simple que ça. Ce n’est pas juste une chanson d’amour. « Cheveux aux vents » est en fait un appel au secours d’une femme qui a perdu l’amour de sa vie et qui se suicide. Le saut de l’ange, c’est parce qu’elle veut se jeter du haut d’une falaise. C’est assez spécial. C’est une ambiguïté que j’aime chercher. Des fois, cela ne vient pas tout de suite. C’est un peu cette dualité là, entre le dark et la musique…

Le suicide fait partie des thèmes qui te touchent ?

En fait, cette chanson parle de liberté d’aimer, d’être aimé et la liberté de ne plus être parce qu’on est plus aimé. Je ne pourrais pas te dire que j’ai été inspiré par le suicide parce que je n’ai connu aucune fille dans cette situation. C’est quelque chose qu’on a au quotidien dans le monde d’aujourd’hui, au travail par exemple. Cela a toujours existé, il me semble depuis la nuit des temps. C’est quelque chose qui est très difficile à aborder. Est-ce que c’est quelque chose que j’ai fait exprès d’aborder ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, c’est une femme, qui, d’une manière très poétique, quitte le monde dans lequel elle est par amour pour son être cher.

C’est un texte écrit par Christophe Casanave, un artiste qui a écrit la plupart de tes morceaux comme « Gabriel » mais aussi pour d’autres comme « Toi mon amour » pour Marc Lavoine. C’était important pour toi de refaire appel à lui ?

Effectivement, je travaille depuis le départ avec lui. On forme un duo, sauf que je suis devant, il est un peu dans l’ombre alors que c’est lui qui met un peu tout en lumière. C’est un choix. J’aurais très bien pu choisir un autre compositeur puisqu’on m’envoie régulièrement d’autres chansons. Je les écoute avec attention. Je respecte tous les artistes, qu’ils soient connus ou inconnus d’ailleurs. Si je pouvais donner la chance à un compositeur pour qu’il soit connu, je le ferais. Mais c’est juste que j’ai tout ce qu’il faut. J’ai quelqu’un qui fait du sur-mesure avec moi. Christophe Casanave est un magicien pour moi et je ne peux pas m’en défaire. Pourquoi irais-je voir ailleurs alors que j’ai une chance énorme ? Et lui dit pareil de moi ! C’est un travail mutuel qui fonctionne, donc on continue. Même si pendant longtemps on a réussi à faire connaître davantage ce qu’on faisait, on continuera toujours !

D’où tires-tu le nom de ton troisième album ?

Il faut savoir que j’écris tous les jours. Je suis essentiellement en studio la nuit. Il tient son nom de là. J’écrivais le jour, je changeais des mots, je dormais pas beaucoup et j’enregistrais la nuit, donc je voyais la lune et le soleil. Mes journées passaient vraiment comme ça, avec ces deux symboles très forts. Je ne suis pas allée chercher plus loin.

As-tu des objectifs personnels ?

Concernant la musique, je n’aime pas tout ce qui touche aux objectifs commerciaux, on va éviter le sujet. Par contre, j’adorerais faire des concerts. J’aimerais être sur les rotules à la fin de ma saison de concert en me disant que j’ai tout donné et j’ai kiffé. C’est ça mon métier ! J’écris et après je fais mes concerts. Et après j’irai dormir ! [Rires] Concrètement, c’est ça qui manque énormément à ma carrière. C’est un grand regret. Enfin, ça ne l’ai pas vraiment car ce n’est pas fini. J’ai eu de la chance de pouvoir continuer et de pouvoir présenter un nouvel album encore. Je vous donne donc rendez-vous très bientôt sur scène, sur les routes [Sourire].

À quoi doit s’attendre le public pour la suite ?

Des concerts ! J’en parlais tout à l’heure avec l’un de mes compositeurs ! Je me réjouirai de retrouver le public en 2019, à l’occasion de la sortie de l’album. Et si tout va bien, je publierai mon album le 18 février 2019, s’il n’y a pas l’apocalypse !

#WTF

Quel est ton TOC le plus dingue ? J’en ai pleins ! J’en ai des physiques, des mentaux… (Rires)

Combien de temps fais-tu de la musique par semaine ? Je vais te dire entre 20H et 30H !

Tu rencontres des martiens, comment te décris-tu en 3 mots ? Humaine, super méga extraterrestre car je le suis encore plus qu’eux en réalité, et je dirais ‘café’ ! Pourquoi pas !

Une chanson qui te fait passer par tous les états ? Il y en a tellement ! C’est horrible ce que tu me demandes. Il y a les Beattles et les Rita Mitzuko qui me rendent dingue ! Mais je vais te dire « Frozen » de Madonna.

La plus grosse bêtise de ta vie ? J’en ai fait des tas ! Je ne sais pas si c’est la plus grosse mais… Je vais t’en raconter une. Une fois, c’était l’anniversaire de mon petit frère, j’étais toute petite. C’était une grosse fête, on avait fait un énorme gâteau. Sauf que j’ai un péché mignon, c’est que je suis ultra gourmande… mais la nuit ! La veille de son anniversaire, je me suis levée en pleine nuit, sur la pointe des pieds, j’ouvre le frigo et je fais tomber le gâteau. Il était éclaté par terre, à mes pieds. Je m’en souviens comme si c’était hier, sauf que c’était il y a trente ans. Après, est-ce que c’est une grosse bêtise ? Je sais pas !

Il y en a d’autres. Ce sont des conneries que j’ai pu dire avec ou sur des artistes. Par exemple, j’étais invitée pour la première fois sur NRJ avec Cauet pour une interview. Il y a avait le XV de France et Clara Morgane qui étaient invités, donc beaucoup de mecs et de testostérones. Clara Morgane s’avance vers moi et me dit « J’adore ce que tu fais Najoua », et moi je lui ai répondu « Moi aussi j’adore ce que tu fais », mais je ne savais pas du tout qui c’était. Et ça, cela a fait rire tout le monde ! Elle a ri jaune. J’adore raconter cette anecdote là car j’ai cette espèce de naïveté que j’avais et que j’ai toujours aujourd’hui… Mais c’est pas une grosse grosse bêtise !

L’une des choses les plus absurdes que tu fais avant de monter sur scène ? Je crie à un niveau assez violent pour chercher une certaine tessiture. Je fais une espèce de danse assez dingue pour me faire parvenir les bonnes ondes et virer les mauvaises ! Et aussi, je crache !

Si tu avais un pouvoir magique ? Des fois j’ai envie de lire dans les pensées, d’être invisible. Je crois que les anges ont cette particularité là, donc c’est pas mal [Sourire].

Un petit mot ? Je suis hyper contente de vous retrouver, vous m’avez manquez. J’espère vous retrouver très vite. J’espère que l’album vous plaira. Croisez tous les doigts, même ceux des pieds pour moi !

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