Yadam - © Diane Moyssan
Yadam - © Diane Moyssan

Yadam en interview : “Ma vie n’est faite que de risques, je suis constamment à la recherche d’un milieu sûr”

À l’occasion de la sortie de son premier clip, Yadam est venu se confier sur son parcours et sur la confection de son premier album. Interview intense en émotions à lire sur aficia.

Faisons les présentations de Yadam, un jeune vénézuélien de 21 ans, découvert auprès du grand public dans ‘Nouvelle Star’. Il avait alors beaucoup ému le jury, dont Coeur de Pirate, en lui chantant “Crier tout bas”. Depuis cette jolie aventure, le chanteur a mûri. Il vient de dévoiler son premier clip tout simplement appelé “Yadam” et proposera courant 2020 un magnifique projet, à son image, avec un style : le sien. C’est à sujet que nous l’avons d’ailleurs rencontré.

Hormis de son album, on a parlé ensemble de son parcours atypique, de sa famille, de son public mais aussi de ses influences. On a d’ailleurs failli lui faire décrocher une petite larme. Place à l’entretien avec une personne visiblement sincère, fier des valeurs et de ce qu’elle défend…

Yadam : l’interview…

Comment décris-tu l’avant et l’après Yadam depuis la ‘Nouvelle Star’ (2017) ?

Déjà, avant Yadam était un garçon de 19 ans qui ne savait pas ce qu’il faisait, dans le sens où il était très naïf dans la façon dont il faisait les choses, notamment dans la musique. J’étais vraiment quelqu’un comme tous les autres qui avait des rêves, qui ne savait pas comment tout cela se passait. L’après Yadam, c’est quelqu’un qui fait les choses avec son cœur, qui a conscience des choses qui se passent dans le milieu. Cela a pris deux ans à se développer, j’ai appris énormément, j’ai profité artistiquement et je suis très content de me présenter enfin ! C’est un Yadam bien plus heureux et épanoui puissance 1000. Aujourd’hui, je me sens un peu effrayé. J’ai l’impression de tout savoir. Mais la vie m’apprend qu’à chaque étape qu’il y a encore plus de choses à apprendre. Aujourd’hui, je suis davantage dans une phase où je me dit “Qu’est-ce que j’ai encore à apprendre ?”.

Tu ressors donc grandit de ‘Nouvelle Star’ ?

La France comme priorité, les États-Unis ensuite !

La ‘Nouvelle Star’ et ces deux dernières années de ma vie n’ont été qu’une porte, dans le sens où j’ai rencontré un public. Le plus important est vraiment ce qui m’est arrivé après. Tout ce que j’ai dû faire, construire, quand je n’avais rien. C’était dur. Mais heureusement que j’avais un public, ça m’a fait énormément de bien. Là où je suis content, c’est que j’ai un public qui m’a vu grandir dans cette aventure. Il m’a vu composer, écrire des chansons, faire les petits concerts que j’ai donné… Il se trépigne autant que moi de dévoiler mon projet ! Si je devais remercier ‘Nouvelle Star’, c’est pour le public qu’il m’a donné. Maintenant, on a qu’une hâte, c’est que ce public grandisse, qu’il continue à m’accompagner pour qui je suis, et ce que je donne artistiquement. 

(Re)découvrez la prestation de Yadam à ‘Nouvelle Star’ :

Aujourd’hui, tu espères faire carrière dans la musique. Quelles sont tes ambitions ?

On a décidé de démarrer avec une chanson en français car la France est le pays qui m’a accueilli, qui m’a donné cette opportunité. En soit, le projet est énorme car on va essayer de jouer avec les gens. Je ne vais jamais leur dire si la chanson est chantée en français, en espagnol ou en anglais. Je le dirais uniquement le jour J. Je suis très content de jouer avec ça car cela me représente. Pour ne pas m’éloigner de la question, mes ambitions sont de pouvoir continuer à faire de la musique, en France, mais ailleurs aussi, mais surtout avoir la France comme point de départ comme je l’ai toujours dit.

La France comme priorité donc, mais tu as une volonté de faire carrière outre-Atlantique aussi?

Oui, je veux rester ici, me développer ici et faire voyager ma musique. C’est pour cela que mon projet ne tire pas uniquement que sur de la variété, mais sur un univers qui n’existe pas forcément ici. C’est mon univers à moi. J’ai vraiment pensé pour la France et les États-Unis. Un univers qui me représente, nouveau, et qui me permet d’aller au delà que d’une petite communauté. 

J’ai lu dans ta biographie que tu n’avais pas eu une vie des plus faciles. Penses-tu que cela a forgé la personne que tu es ?

(Sourire) J’étais en train d’en parler avec mon manager et mes amis… Les vies de chacun sont différentes et toutes sont faites de problèmes différents. J’ai eu une mère qui m’a élevée avec mon frère. Elle était célibataire. Je l’a voyais rentrer à 3h du matin. Ce sont les seuls moment où je l’a voyais pratiquement. Elle repartait à 9h du matin. Je devais m’occuper de mon frère de dix ans. J’ai été élevé dans une famille où il fallait travailler pour avoir ce qu’on voulait. On était démuni lorsque nous sommes partis aux États-Unis, car oui, la France n’est pas le premier pays où nous tentons d’accéder à la vie. Ma mère a toujours fait deux boulots pour subvenir à nos besoins. Je l’ai vu tout ça. Et le peu de choses qu’on avait, qu’elle nous offrait, on l’appréciait. Quand je suis venu en France et que j’avais envie de pleurer comme quoi ma vie était horrible, je me rappelle certains moments comme à Noël. Elle n’a jamais pu nous offrir de cadeaux, elle était triste alors je lui disais que son cadeau c’était elle, et d’être tous ensemble. Tu vas me faire pleurer rien que d’en parler, c’est incroyable… Ma mère m’a énormément façonné. J’essaye d’être reconnaissant envers la vie, car rien n’est donné, rien n’est facile. J’ai dû créer ma propre vie ici en France. J’ai dû trouver un travail à côté de la musique. Cela a été dur. 

Ta vie est faite uniquement de risques et de paris sur l’avenir en quelque sorte ?

Si demain j’ai envie de faire du reggaeton les gens m’écouteront

Ma vie n’est faite que de risques, et c’est de ça dont je parle dans mon EP. Il s‘appelle Safe Place car justement, je suis à la recherche constamment d’un milieu sûr, où je peux me reposer. Quand tu as l’impression d’arriver au bout de quelque chose, bam clac, tu as un nouveau truc qui arrive qui t’oblige à te réadapter. Ce n’est pas vu d’un point négatif. Oui, je crie ma colère et ma tristesse. Mais dans le processus, il y aussi le fait de vouloir montrer que je suis plus fort. Au final, il y a un apprentissage et c’est comme ça que je vois la vie. 

Quand j’écoute ton premier single “Yadam”, j’entends un jeune garçon qui prend ses valises, ses clics et ses clacs et qui part à l’aventure tenter l’impossible. C’est un peu ça ton histoire ?

Quand tu as envie de faire quelque chose, tu arrives dans un endroit totalement inconnu, tu ne connais personne, tu n’es même pas sûr de savoir comment faire. Tu te présentes et tu dis “Me voici”. Dans la chanson, je dis “Je ne suis peut- être pas fait pour la forme de tes bras”. Je tente toujours des choses sans savoir si vraiment ça va marcher. Si on ne fait pas les efforts pour que ça marche, ça ne marchera pas ! Alors oui, c’est une histoire qui raconte de prendre des risques et de faire tout pour que nos rêves vaillent le coup.

Découvrez le premier clip de Yadam :

Ton histoire me rappelle celle de Slimane avec “Paname” et ce jeune homme qui débarque en France avec des rêves plein la tête…

Ça me touche parce que c’est exactement ça que je voulais présenter, à commencer à par une chanson mais aussi le vécu d’un artiste. J’aimerais que les gens se reconnaissent. Il y a tellement de gens qui font la même chose que nous dans le monde. Il y a tellement de gens qui arrivent en France avec aucun moyen. Quand je vois mes amis qui ont tout ce qu’ils veulent alors que d’autres n’attendent que d’être accueillis ou qu’on nous disent “On croit en toi”… C’est déjà une sacré victoire. Aujourd’hui, je ne sais pas si j’aurais pu rester en France, émotionnellement, sans mon public et la famille qui m’a accueilli, car on arrive avec nos rêves. C’est drôle que tu fasses référence à Slimane car au début, la chanson s’appelait “Paname”, et on s’est dit … “non !” (Rires). C’est déjà une chanson qui a déjà eu un succès. Sans pour autant réfléchir aux paroles de Slimane…

Musicalement parlant tu te diriges vers la pop, avec quelques sonorités électronique si je comprends bien ? Tu cites parmi tes influences Banks, Ibeyi, Woodkid ou encore Rosalia, des artistes finalement très alternatifs. C’est ce vers quoi tu veux tendre ?

Oui ! C’est vraiment le monde alternative pop. Certaines personnes ont déjà pu m’entendre à la télévision, d’autres ne me connaissent pas encore. Ceux qui me connaissent savent de quoi je suis capable de chanter avec Adele et Sam Smith. Ce que je veux donner c’est ça, cette étiquette-là et mon style musical, cela crée un univers qui n’est pas forcément évident. Du coup, on s’attend pas forcément à ça. J’ai vraiment voulu donner un truc nouveau, avec ma voix. J’ai voulu faire un projet conceptuel. Même dans les sonorités et dans les images qui vont suivre, tout a été réfléchi. Après, c’est un peu comme Rosalia, si demain j’ai envie de faire du reggaeton les gens vont m’écouter car ils savent ce que je sais faire autrement. Après, ça me permet de tenter d’autres choses à l’avenir…

CONCERTS

Vous pouvez retrouver Yadam en concert. Il sera en première partie de Sofi Tukker ce 28 novembre à l’Elysée Montmartre (réservations) avant d’être celle de Daysy au Café de la Danse le 3 décembre (réservations).

Enfin, il donne également rendez-vous à son public le 18 décembre au 1999 à Paris pour un concert intimiste avec des invités surprises… (réservations).