Antoine Elie : faut-il écouter l’album ‘Roi du silence’ ?

Antoine Elie entre dans la cour des grands avec l’album Roi du silence. Faut-il écouter ce premier cru ? Réponse avec aficia.

Originaire de Rouen, Antoine Elie ne rentre dans une aucune case, ne s’identifie à aucun style musical spécifique et mieux encore, il se moque éperdument des codes imposés par nos sociétés.

Véritable poète des temps modernes, celui qui était encore méconnu il y a deux ans pourrait bien être la révélation de l’année. Plusieurs mois après la parution d’un mini-disque éponyme qui marquait déjà le ton, Antoine Elie nous livre son premier opus baptisé Roi du silence. Et au-delà d’un disque riche de 12 pistes originales, il dresse incontestablement le portrait d’un artiste bavard et passionné.

Un artiste funambule

Entre trip hop, sonorités pop-electro voire même rock alternatif, Antoine Elie joue avec les couleurs musicales et parvient à créer des sensations farouchement addictives. Roi du silence s’ouvre justement sur l’imparable « Clopes, sky-cola » qui instaure d’emblée une aura mystérieuse car au-delà de la mélodie, c’est le texte scandé par la voix suave de l’artiste qui attire l’attention. Il est question d’une soirée trop arrosée dans laquelle se mêle désir, amour et colère, un tas de sentiments qui provoque souvent des débordements.


Et après une entrée en matière parfaitement amorcée, les pistes qui suivent se révèlent être toutes au moins aussi prometteuses. Sur des beats psychédéliques, Antoine Elie savoure le rythme d’une vie effrénée et pleine de rebondissements avec « Le Bad » et « Psylo », deux pistes particulièrement accrocheuses. Justement, des rythmes saisissants imposés par les modulations d’un timbre vocal tantôt puissant tantôt marqué de fêlures, le disque en compte un grand nombre à l’instar de « Sous la mer », ferveur célébration d’une certaine légèreté en dépit des cruautés de la vie. Les mots s’entrechoquent, sont souvent crus mais surtout d’une justesse déconcertante.

Antoine Elie - © Jim Rosemberg
Antoine Elie – © Jim Rosemberg

L’amour et la mort

L’amour est sans aucun doute le thème de prédilection d’Antoine Elie, concernant un grand nombre des pistes de l’album. Des histoires souvent déçues et douloureuses comme dans « L’amas d’chair », ébouriffante production soulignée par l’uppercut des pulsations. Conteur de ses histoires, l’artiste décline également le propos sur l’électrisant « Je réponds pas », retraçant avec émotion sa romance avec l’une de ses relations. Mais s’il y a bien un coup de cœur dans cet album, nous le devons à « La rose et l’armure » qui se dévoile dans une nouvelle version encore plus prenante. À l’instar de la version single, la piste débute par un guitare-voix authentique, sans fioritures pour mettre en exergue la voix d’Antoine Elie qui scande une magnifique déclaration d’amour. Mais rapidement, des cordes ainsi que des notes electro viennent enrichir cette production à la nostalgie palpable.


Outre la passion et les sentiments amoureux, l’artiste évoque avec beaucoup de vivacité la mort, éclairant ainsi des faces plutôt sombres et torturées de notre existence. Avec « Aïe », on se heurte à cette fatalité que nous sommes tous dans la file d’attente vers la faucheuse et que rien n’y pourra changer tandis que l’auditeur se voit ensuite plonger dans une ambiance quasiment trans à l’écoute d’« Où aller », comme une diversion incitant à noyer ses peines dans l’alcool. Mais Antoine Elie a l’art des plus grands pour adoucir ce douloureux constat du temps qui passe, maniant des mots poétiques dans cette merveilleuse ritournelle sans fioritures intitulée « Nous liés ».

Véritablement inspiré par nos sociétés, Antoine Elie rend hommage à tous ceux qui vivent dans les rues à travers « Nuit tranquille », production soignée misant sur la férocité de notes jouées au synthétiseur. Enfin, le disque s’achève en apothéose avec la piste phare « Roi du silence » qui donne son nom au projet. Cette fois-ci, ce sont des arrangements organiques d’un piano qui nous embarque dans une ronde electro-pop intense, l’artiste réglant intimement ses comptes. Cette liberté de ton affirmée tout au fil de l’écoute est particulièrement louable.

Découvrez Roi du silence, le premier album d’Antoine Elie :

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