Boostee - © Koria
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Boostee en interview : « Je dirais que c’est l’album d’un mec qui a pris des décisions »

Précis, bavard et constructif dans ses idées. Boostee a répondu à nos questions à l’occasion de la sortie de son nouvel album, et c’est à savourer sur aficia…

Un seul titre permet parfois de faire l’unanimité. C’était le cas avec « Pop Corn », certifié Single de Platine au bout de 5 mois d’exploitation. Et en parallèle, il y a eu Bluesky, un excellent album où Boostee balançait une tonne de positif et le sentiment d’un espoir jamais éteint. On le retrouve en interview à l’occasion de la sortie de M.A.D, un deuxième opus dans la lignée de sa personnalité musicale, avec un côté ‘sombre’ plus présent…

Boostee : l’interview…

Tu sais chanter, tu sais rapper. T’es loin d’être enfermé dans une case. Est-ce que tu penses qu’on perd notre temps à toujours vouloir caractériser quelqu’un qui fait de la musique ?

Ouais complètement. J’en parlais hier encore quand je parlais un peu de l’album à d’autres médias. Je comprends la volonté des gens de vouloir mettre des cases à certains artistes parce qu’à chaque fois on veut comparer. Et l’identifier à quelqu’un d’autre de plus connu, mais je pense de plus en plus maintenant, les artistes tentent des choses et mélangent les styles et il y a de moins en moins cette question de case mais effectivement, de mon côté savoir si je suis rappeur ou chanteur, ou quoi que ce soit… en fait je mélange tout, j’me prends pas trop la tête, que ce soit pour la manière de faire les choses, ou au niveau du thème, voilà pour moi y’a pas de case.

Il faut oser prendre du temps et oser se mettre à dos peut-être certaines personnes dans l’industrie à qui on ne s’identifie plus vraiment.

Tu cherches pas à faire quelque chose de précis, enfin… de particulier. Tu fais ce que t’aimes, en gros c’est ça.

Exactement, depuis le début, je bosse souvent avec les mêmes personnes, on fait jamais rien de privé, après y’a un axe hein à la base moi j’aime le rap, j’aime chanter, et on mélange tout ça avec de la folk, de la pop et voilà y’a pas vraiment de case. Les gens qui veulent me mettre dans une case ils ont le droit et je comprends, les gens qui ne veulent pas m’en mettre ça me va très bien.

Comment s’est passé la création de ton album ? T’as ressenti une pression particulière ?

En fait ça a été laborieux, et sans l’être. Laborieux dans le sens où je me suis cherché, et j’ai fait une grosse pause. À mes risques et périls. J’ai voulu prendre le temps pour me connaitre. Au niveau musical, après l’album Bluesky, j’ai eu beaucoup de promo, beaucoup de choses. Et comme j’étais en développement c’était risqué de se permettre de faire une pause alors qu’on est à peine arrivé. Mais j’en avais besoin, et ça m’a permis de faire un album dont je suis fier, et j’ai fait 17 sons, poussés à l’extrême, on a fait les choses jusqu’au bout. Et ça donne un résultat dont je suis particulièrement fier car même quand j’écoute les sons un an après, je les kiffes toujours autant. Ils sont intemporels, c’est ce que je voulais. Les mélodies sont intemporelles, les instrus elles sont… y’a pas eu de plagiat, on a pas copié, on a pas cherché à faire comme les autres. Et c’est ce qui fait que dans dix ans les titres je les écouterai toujours. Mais pour avoir un truc comme ça il faut oser prendre du temps, et oser se mettre à dos peut-être certaines personnes dans l’industrie à qui on ne s’identifie plus vraiment. C’est des risques qu’ils faut prendre, ça fait partie du jeu mais ça donne un résultat dont je suis très fier, même s’il m’a fallu plus de temps je regrette pas du tout.

Le concept « En stud’ avec » donnait une autre dimension aux morceaux. Tu t’es éclaté à faire ça ?

Ouais carrément. En fait c’est parti de rien, je trouvais que je me mélangeais pas assez à d’autres artistes. Même si j’ai fait beaucoup de collaborations, ça ne venait jamais de moi. Les gens avec qui j’ai travaillé, que ce soit Slimane, Vianney, Joyce Jonathan… C’était très gratifiant mais je voulais faire un pas vers d’autres artistes, connus ou moins connus et je voulais pas le faire bêtement juste pour faire un son. Je voulais proposer autre chose, alors j’ai pensé à ça, se retrouver dans un endroit musical mais dans un cadre un peu différent, acoustique avec un vrai échange. Et ça a beaucoup plus, ça a beaucoup marché, le premier avec Lola… Celui avec Zaho… Et on a continué, il y a d’autres artistes qui voulaient participer.

Il y a en aura d’autres ?

Oui, même les labels encouragent ce genre de choses : « ça sera un bon point pour vous et les artistes » (rires). Mais c’est cool pour des artistes comme moi qui sont en développement, et à d’autres artistes plus confirmés. Ça peut être un vrai point de rendez-vous et je pense qu’« En stud’ avec » je vais vraiment l’exploiter.

Tu procèdes comment pour l’écriture ? T’es du genre à te poser devant une feuille ?

Nan, je prends des notes sans prendre de notes. Y’a des fois je me pose devant une instru, et j’écris en fonction des notes de guitares ou de pianos, c’est toujours très acoustique. Et j’écris les mélodies, j’écris les paroles à partir de ça. Ensuite on construit tout autour. Mais ça part souvent à partir d’une instru. J’écris jamais genre dans le métro, je prends pas le métro de toute façon (rires). Et rarement en voiture. Mais dès que l’instru arrive c’est là que je me concentre vraiment.

C’est sur que depuis que ça marche un peu plus dans la musique ma vie a changé.

Tu traites certains sujets avec toujours cet élan d’espoir. Comme le rapport des jeunes à l’alcool, les ruptures… C’est important pour toi de dédramatiser et d’apporter un peu de soutient à ceux qui sont concernés ?

Quand j’écris, je pense pas forcément aux autres. Je pense à moi, à ce que je vis, et je sais que ça peut soulager d’autres personnes, que ça peut faire sourire d’autres personnes. Je pars pas en me disant : ‘tiens je vais parler de ça parce que ça va toucher telle communauté, tel style de mecs, tel style de filles‘. Je parle d’abord de moi et je me dis que si je l’ai vécu, j’suis sûrement pas le seul. Et effectivement j’ai souvent ce retour comme quoi y’a toujours ce côté plein d’espoir, que ça fait bizarre d’entendre qu’on est pas tout seul à vivre ça. Et c’est pas quelque chose que je me force à faire, ça vient naturellement et c’est plus facile.

Tu as beaucoup de textes ultra-positifs. D’où te vient cette inspiration ?

C’est vrai que l’album Bluesky il était dans l’ultra-positif. J’ai pas forcé, j’ai juste travaillé et effectivement c’est ce qu’on me disait, quand on écoute Bluesky on dirait que ta vie c’est un arc-en-ciel, que t’es toujours de bonne humeur. Alors que c’est pas le cas je suis comme tout le monde. Mais c’est vrai que quand je commence à écrire, j’ai toujours le côté positif qui ressort. Et ce que je trouvais intéressant pour ce deuxième album, c’est de garder cette touche là tout en mettant en avant mon côté un peu plus sombre. Et tout ça sans le vouloir, je représente toujours Bluesky dans le sens où j’ai toujours le regard vers le haut, l’ambition de vouloir faire des choses en positif. Mais il y a ce côté plus sombre, plus triste, plus nostalgique dans M.A.D qu’il n’y avait pas forcément dans le premier album.

Dans « Ma vie d’avant », on sent beaucoup de nostalgie justement. Tu crois que la nostalgie ça peut être positif pour l’esprit ?

Oui, carrément ! Il faut l’assumer, en prendre conscience. Pour moi ça fait partie de la vie, une personne qui n’est jamais nostalgique, qui n’est jamais triste ça n’existe pas. L’écrire, ça fait du bien. Que d’autres personnes l’entende ça fait du bien. J’ai des blessures, j’ai des peines, des remords, des regrets, des envies, des rêves… Et « Ma vie d’avant » c’est justement je ne regrette pas ma vie d’avant, mais parfois j’y repense, et ça fait du bien d’y repenser. C’est sur que depuis que ça marche un peu plus dans la musique ma vie a changé, en positif. Mais il y a des points négatifs aussi, des points de ma vie d’avant qui me manquent. Et j’ai mis ça sur papier, tout en gardant l’aspect : je regrette pas du tout la vie que j’ai, je suis content, j’en suis fier, je l’ai voulu et c’est moi qui ai provoqué ça. J’en suis très heureux mais d’un côté, y’a une part de nostalgie de ma vie d’avant et c’est ce qui permet d’avancer. Avoir de la nostalgie, quand elle est bien prise, c’est hyper positif.

Si un jour Boostee est très très triste, il fera de la musique très triste ?

Ouais, à 100 %. Mais ça n’arrivera jamais. Enfin je me le souhaite. Il y a 1.000 raisons d’être triste, et une raison d’être bien. Et j’essaye juste à chaque fois de prendre la raison d’être bien. J’applique ça dans tout ce que je fais, tout ce que je vis. C’est ce qui me permet de profiter de chaque moment, de respirer et d’être heureux.

Avec mes amis on a un barème de la célébrité : en développement, connu, célèbre et rang des légendes.

Donc au final tu retranscriras toujours ce que tu ressens ?

C’est une chose que je sais faire, parler de mon ressenti, le plus sincèrement possible. Ça a marché avec beaucoup de titres. Et même si là j’ai pris un virage plus assumé dans ma manière de voir les choses et au niveau musical, je refuse d’aller dans les courants de tout ce qui se fait, très rap ou très pop. J’aime bien prendre un peu de tout, je suis bien avec ça et si je continue je sais que je pourrai faire de la musique encore très longtemps.

Il y a une vraie dimension d’acharnement dans la vie, notamment dans « Succès »…

Alors cette chanson c’est marrant, c’est plus un constat amer sur la vie. Quand tu réfléchis trente secondes tu te rends compte que la seule chose que les gens veulent dans leur vie professionnelle, amoureuse… c’est d’avoir du succès. Quand tu parles à un ami d’enfance t’as pas envie de lui dire que t’es au chômage, que ça va pas. T’as toujours envie de te mettre un peu en valeur, de dire qu’avec ta copine ça va super bien. On ne cherche pas forcément à savoir si on est bien, on cherche plus à savoir si on est bien par rapport aux autres, donc on recherche toujours du succès. C’est ce que je dis dans la chanson. Je sais que j’ai appris plein de choses au début de ma carrière : ça je l’ai fait, je sais que j’aime pas. Et inversement. Et je me fous de savoir ce que les gens veulent de moi ou pas. Je préfère faire ce que moi je veux. À un moment je faisais beaucoup de lives, et quand il y en a trop c’est pas bon, alors j’ai ralenti et j’ai fait comme je voulais. Je battrai certainement pas le nombre de concerts mais c’est pas ce que je veux faire.

C’est facile de s’habituer à la célébrité ?

Avec mes amis on a un barème : en développement, connu, célèbre et rang des légendes (rires). Et on me reconnaît de plus en plus, un peu partout en France. Ça me dérange pas, les gens sont super gentils, prennent des photos. J’adore, mais à vivre ça je me rend compte que ce n’est pas à quoi j’aspire, et encore moins maintenant. Je fais de la musique pour la musique. À l’époque de « Pop Corn », c’était génial car les gens connaissaient la chanson mais ne connaissaient pas Boostee. C’était cool, les gens écoutaient la musique et j’étais complètement tranquille. C’est magnifique d’avoir le meilleur des deux mondes. Et après tu fais des plateaux, des radios, donc les gens te reconnaissent de plus en plus. Il y a rien de négatif là dedans mais ce n’est pas ce que j’aspire à long terme. C’est juste un aspect qui est lié à ce travail.

C’est vrai qu’on est dans cette génération où il faut balancer un album tous les 6 mois.

Tu peux nous parler de ton amitié avec Joyca ?

Alors tout s’est fait bêtement avec lui, je me suis pas pris la tête. Il m’a envoyé un tweet, comme quoi il aimait bien ce que je faisais. De mon côté je lui ai dit que c’était un des premiers Youtubers que je regarde, ce qui est vrai. Il m’a dit ‘viens chez moi‘, j’ai dit ‘OK‘ et on a fait « Le monde de Disney », qu’on a d’ailleurs hésité à sortir car on s’est dit que ça faisait rire que nous. Le soir même Joyca m’envoie un message du genre ‘je suis vraiment pas sûr‘ et je lui dis ‘moi non plus‘ (rires). Voilà à côté moi je fais de la vraie musique donc c’est délicat. Mais on a eu raison, elle a plu à beaucoup de monde. À la suite de ça on est resté en très bons termes, il m’a montré un peu ce qu’il faisait en prod’. Et on a fait « Heart & Soul », qui m’a beaucoup plu, et sur celle là c’est mon côté folk qui est revenu en force. Après il m’a balancé l’instru de « Haut de gamme », pareil on a travaillé dessus et à chaque fois on se tape des barres. C’est devenu un très bon ami.

D’ailleurs tu t’étais pris un joli vent sur la vidéo de Disney.

(rires). J’ai pris un putain de vent oui, bien vu.

En quelques mots, ton album c’est « Liberté, espoir, détermination ». Comment tu le définis ?

Sincère, optimiste, et je dirais que c’est l’album d’un mec qui a pris des décisions. Il est arrivé à un moment où je me posais plein de questions, j’avais envie de faire plein de choses, j’ai eu envie à un moment d’arrêter, de faire de la musique pour moi, de me concentrer sur mon label. Je trouvais plein d’artistes à côté qui sont très forts, comme YZ avec qui j’ai travaillé. Y’a eu aussi ma petite sœur Sarah, qui est dans l’album et qui a un talent incroyable. J’ai réussi à me recadrer, à finir l’album, je me suis pas laissé déconcentrer. Et je suis content car j’ai réussi à prendre le temps, et peu importe l’impact que ça allait avoir. C’est vrai qu’on est dans cette génération où il faut balancer un album tous les 6 mois. Moi j’étais persuadé que j’étais dans les années 80 et que j’allais balancer un album comme si c’était un truc énorme. Mais je regrette pas car l’album est à la hauteur de mes attentes et à la hauteur de ce que je suis capable de faire. Il colle à la peau et il est sur mesure.