Adèle Castillon - @axlpict
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Adèle Castillon en interview ‘sans filtre’ : « J’avais envie de m’assumer en tant qu’artiste en solo »

aficia a eu l’occasion d’aller à la rencontre d’Adèle Castillon à l’occasion de son concert à Nantes le 30 octobre dernier. Elle est revenue avec nous sur la création de son album et sur son projet post-Vidéoclub.

Adèle Castillon a sorti son premier album en tant qu’artiste solo Plaisir Risque Dépendance le 20 Octobre 2023. Un album intime et sincère dans lequel elle se confie sur l’addiction qu’elle a traversée au cours de ces dernières années. Un des autres sujets traités est la rupture amoureuse qu’elle a vécu suite à la séparation avec Mattyeux, son acolyte de Vidéoclub.

Adèle Castillon, l’interview ‘sans filtre’ :

Salut Adèle, comment tu vas en ce moment ?

Ecoutes, ça va très bien en ce moment ! Je suis sur un petit nuage rose… Il y a eu la sortie de l’album, j’ai fêté mon anniversaire, le premier concert à Paris qui s’est superbement bien passé et je joue ce soir à la maison… Franchement tout va très très bien. Je dirais même étonnement bien !

Tu as commencé à en parler mais est-ce que tu peux nous dire un peu comment tu vis et comment tu as vécu la sortie de ton album ?

J’étais hyper stressée, en fait, c’était un peu bizarre parce que c’est l’aboutissement de deux ans de travail et d’une période qui a été compliquée à vivre pour moi. Tout le passage post-Vidéoclub a été un grand challenge. Cet album, c’est aussi le résultat d’une longue quête donc il y avait beaucoup d’excitation, mais aussi l’appréhension de me montrer aussi vulnérable. J’ai été particulièrement surprise des retours très positifs que j’ai pu avoir sur le projet.

J’avais une vrai volonté de faire danser les gens

Adèle Castillon pour aficia

Si on revient sur ton album, est-ce que tu peux nous parler du contexte de sa création ?

J’ai commencé à écrire et composer à peu près en même temps que la fin de la tournée de Vidéoclub. J’avais un vrai désir d’émancipation et de pouvoir m’assumer en tant qu’artiste en solo. C’était tout un travail de trouver une nouvelle identité et des nouvelles sonorités autres que celles de Vidéoclub. J’avais l’envie de faire danser les gens donc je suis partie sur une ambiance électro-pop avec le producteur de l’album. Après, dans les thématiques abordées, inévitablement, il devait y avoir celle de la rupture et plus largement, une rupture avec moi-même… Je me suis un peu perdue dans l’addiction. C’est une thématique qui revient beaucoup dans l’album, cette addiction aux médicaments.

Cette addiction dont tu parles, comment est-elle apparue ? Est ce qu’elle était déjà présente à l’époque de Vidéoclub ou est-elle arrivée après la rupture ?

Je pense que j’ai toujours eu un terrain addictif. Je le sais car ma première addiction quand j’étais petite c’était l’ordinateur. J’y passais des heures, même la nuit il n’y avait plus que ça qui m’importait. Plus tard, il y eu la dépendance affective puis, encore après, la dépendance aux médicaments est arrivée, mais les retombées de cette addiction étaient encore différentes. Il y avait un réel impact physique et mental qui a été dur à gérer.

Moi je suis tombée dans l’addiction en essayant en soirée et très vite je ne pouvais plus m’en passer pour vivre une « journée normale ». C’est sur ce point que l’écriture de l’album m’a vraiment aidée, ça m’a permis de poser des mots sur ce que je vivais mais aussi de me sortir de ce problème-là en quelques sortes.

Y’a-t-il eu une réelle différence entre l’écriture de l’album de Vidéoclub et celle de ton album solo ? Est-ce qu’il y avait une difficulté du fait que ce soit beaucoup plus personnel ?

Pour ne rien te cacher, j’ai eu l’impression d’avoir beaucoup plus de facilité à écrire cet album là car tout m’apparaissait un peu comme une évidence. Puis la différence entre le travail sur Vidéoclub et le travail en solo, c’est que Vidéoclub, c’était un duo. Quand tu es en duo tu dois forcément faire des concessions ou des sacrifices sur des idées que tu as pu avoir.

Là, la différence, c’est que j’étais complètement maître du jeu, c’était moi qui avais le dernier mot sur tout. C’était assez jouissif pour moi de pouvoir aller jusqu’au bout de mes idées. Maintenant, mes textes sont beaucoup plus personnels que ceux de Vidéoclub. Avant, il y avait beaucoup de textes qui tournaient autour de notre histoire, de ce qu’on vivait et de ce qu’on partageait tous les deux. Dans cet album, j’ai l’impression que ce sont des textes qui sont beaucoup plus personnels et qui me touchent plus encore. Et donc forcément, c’est plus difficile et délicat à assumer seule. Je parlais de cette vulnérabilité, mais je me sens complètement mise à nue quand je chante des morceaux comme « Doliprane » ou « Promis » sur scène. Mais c’est ce que j’aime et ce que je pense que les gens apprécient dans mon travail.

Dans ton album Plaisir Risques Dépendance, est-ce qu’il y a des morceaux qui te tenaient particulièrement à cœur ? Ou d’autres qui ont été plus durs à écrire ?

Je vais re-citer le même morceau, mais je trouve que « Doliprane », c’est un morceau qui est important pour moi. Il y a « Novembre » qui est un morceau qui parle du soir où j’ai fait mon overdose. Cela a été un peu cathartique d’écrire ces deux morceaux qui sont quand même assez crûs dans ma manière de parler de mon addiction. Ça a vraiment été libérateur pour moi de réussir à écrire ces deux morceaux. Après, moi, j’ai un énorme coup de cœur sur le morceau « Gabrielle ». Je pense qu’il s’agit de mon préféré de l’album !

Tiens, tant que tu parles de « Gabrielle », qui est cette Gabrielle que tu évoques dans le morceau éponyme ?

Gabrielle, c’est une fille dont j’étais jalouse et qui est arrivée dans ma vie quand j’étais en couple. J’avais envie que mon amoureux de l’époque me regarde comme il la regardait elle. J’ai l’impression qu’on peut tous avoir un ou une Gabrielle dans notre vie, peu importe qui l’on est. J’ai toujours une Gabrielle un peu en tête et je pense que c’est le cas de beaucoup de gens. *rires*

La sortie de « C’est Drôle » en tant que single de l’album, est ce que c’était une volonté de mettre un terme à l’ère Vidéoclub ? Avec le clip qui se passe dans les mêmes lieux où avait pris place celui de « Amour Plastique » et les paroles de la chanson. Est ce que tu avais vraiment l’envie de tourner définitivement la page ?

Ouais … Il y avait vraiment la volonté de fermer la parenthèse et montrer que malgré le côté un peu drôle et léger du clip, la chanson était triste car ça parle quand même d’une rupture. Mais c’était une façon de revenir sur cette histoire avec un ton un peu plus léger et de se dire « c’est terminé, maintenant j’arrive en solo et mon 1er album sort dans un mois ». Mais oui c’était le message que je voulais faire passer.

Après ton concert de retour à la Gaieté Lyrique qui a eu lieu jeudi dernier, je me suis posé une question en voyant que tu continuais de jouer sur scène des morceaux de Vidéoclub. Est-ce que c’est parce que ce sont des chansons qui te tiennent particulièrement à cœur ? Ou parce que le public les attend ?

Ah oui, c’est évident que ce sont des chansons qui comptent pour moi. Aujourd’hui je ne me verrais pas faire un concert sans chanter au public « Amour Plastique » car la plupart des gens me connaissent depuis Vidéoclub. J’ai aussi envie de donner au public ce qu’ils attendent en quelques sortes, parce que malgré tout, le projet Vidéoclub n’a pas duré hyper longtemps et on n’a pas eu le temps de faire une tournée comme on l’aurait rêvé. Donc il y a en partie ce point mais je prends toujours énormément de plaisir à chanter des titres comme « Amour Plastique », « Roi » ou « SMS » qui sont des chansons très importantes . Je ne peux pas nier que ça fait partie de mon répertoire et je suis trop heureuse de continuer de les faire vivre aujourd’hui !

Les singles qui sont sortis évoquent majoritairement la rupture que tu as vécu, est-ce que c’était une volonté de faire se concentrer les gens sur ce sujet ?

Ce n’était pas spécialement une volonté de faire se concentrer les gens sur cet aspect. C’était plus pour me protéger des retours du public qui n’écoute que les singles. Ce qui est bien et en même temps non avec un single c’est que tout le monde se focus dessus et donc tout le monde va commenter. Là où quand tu sors un album, les gens choisissent ce qui leur parle et commentent à propos de ce sujet. En plus de ça, la rupture, enfin l’amour, ça reste universel donc je trouvais ça cohérent. Puis pour ne rien cacher, je ne me sentais pas prête à me montrer aussi vulnérable au moment des sorties de singles. J’avais très peur qu’en sortant un morceau comme « Doliprane » en tant que single, on me catégorise comme l’artiste qui a des problèmes de drogues et qu’on ne me voit plus que comme ça.

Je trouve ça cool de pouvoir accompagner cette sortie d’album avec un message plus positif pour prouver que j’ai réussi à m’en sortir.

Adèle Castillon pour aficia

Tu as réalisé il y a quelques mois une interview dans le podcast InPower, comment est ce que tu as vécu ce retour dans la lumière après quelques temps d’absence médiatique ?

J’avais beaucoup d’appréhension… C’est toujours cette idée de se montrer vulnérable, je suis désolée, je redis beaucoup ce terme parce que c’est celui auquel je m’identifie facilement. Il y avait forcément de l’angoisse mais très vite j’ai été rattrapée par des messages d’une bienveillance et d’une gentillesse inouïe. Ça m’a beaucoup rassuré et j’ai aussi reçu des messages de gens qui passaient par les mêmes étapes que moi et pour qui mon témoignage a été important. Donc je suis particulièrement heureuse si j’ai pu avoir cet effet-là sur les gens. Au final ça a été hyper positif ! Puis en y réfléchissant, même si je n’avais pas eu cette conversation, on comprend vite dans l’album que je suis passée par des périodes plus difficiles que d’autres. Je trouve ça cool de pouvoir accompagner cette sortie d’album avec un message plus positif pour prouver que j’ai réussi à m’en sortir.

Adèle Castillon – @axlpict

Après plusieurs écoutes de ton album, je me demandais si le fait qu’on puisse retrouver deux niveaux d’écoute de l’album, l’un tourné autour de la rupture et l’autre autour de l’addiction aux drogues, avait vraiment été réfléchi ?

Rien n’a été fait exprès en tant que tel dans la création de l’album et des chansons. Après c’est aussi pour ça que le terme Dépendance a une place aussi importante au sein du projet jusqu’au titre de l’album. C’est parce que je parle certes de mon addiction mais aussi de la dépendance au sens général, la dépendance affective et tout ce qu’elle peut engendrer comme comportement …

Est-ce que tu vis cet album comme une sorte de libération ? Dans le sens, maintenant que tu t’es livrée, tu laisses le public le faire vivre et ça te fait du bien ?

Ouais bien sûr ! Je pense que maintenant qu’il est sorti, même si c’est un peu inconscient, je me dis que je peux me laisser aller un peu plus.

Ça doit faire du bien après ces deux ans de « silence » ?

Oui clairement, ça fait beaucoup de bien. Mais en même temps ça fait bizarre, je ne vais pas te mentir que je me suis sentie un peu triste au moment de la sortie, un peu une impression d’un genre de baby blues. *rires* Quand ça fait très longtemps que tu as quelque chose en toi et que tu finis par le montrer à tout le monde, ça fait se sentir bizarre. Mais aujourd’hui, je reçois des messages incroyables de gens qui me découvrent avec cet album et j’ai comme l’impression que c’est un pari qui a été gagné.

On va bientôt annoncer la tournée et reprendre les concerts comme avant !

Adèle Castillon pour aficia

« Impala » a été le premier single qui est sorti pour ton retour, pourquoi avoir choisi ce morceau pour ton arrivée en solo ?

« Impala », c’est un titre qu’on a choisi parce qu’il était dansant, il était léger et je trouve que c’était un bon morceau post Vidéoclub. Il y avait un message à faire passer un peu en mode « Je suis seule et je suis bien ». Puis c’était aussi l’été et on avait cette volonté de faire danser les gens. Le clip a été réalisé pour tourner un peu à la dérision les sensations qu’on ressent après une rupture

Dans la chanson « Promis », tu dis la phrase : « J’oublie ma jeunesse mais juste une dernière fois … Je bois », est-ce que tu parles de ton addiction ou plutôt du côté festif que tu essayais de vivre au travers de ta consommation ?

C’est un peu un entre deux, je parle de l’aspect festif au niveau de ce que je vivais. J’essayais en quelques sortes de m’oublier dans la fête, dans l’alcool et dans la drogue. Dans cette chanson, je m’adresse aux gens qui m’ont côtoyé dans cette période durant laquelle je ne faisais pas d’efforts et en même temps j’essayais de me convaincre que ça allait mieux. Et ma manière à moi de me convaincre que ça allait mieux, c’était de faire des promesses aux gens. Et au fur et à mesure, mes proches m’ont fait comprendre que toutes les promesses que je faisais n’avaient plus aucune valeur.

D’ailleurs, tes proches, comment est-ce qu’ils ont vécu cette période de ta vie ?

Honnêtement, je ne saurais pas trop te dire… Forcément, quand j’étais au cœur de l’addiction, je me suis retrouvée à avoir des comportements qui n’étaient pas en accord avec mes valeurs, notamment le mensonge. Je pense que ça dû être très difficile pour eux.

Le morceau « Doliprane » raconte donc les overdoses que tu as pu vivre. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur le contexte de ce morceau ?

« Doliprane » c’est un peu drôle parce que c’est une maquette que j’ai commencé il y a deux ans, quand j’étais en plein dans la consommation. Tout le gimmick « je veux des médicaments », je l’ai trouvé à ce moment là, mais j’ai terminé le morceau il y a un mois et demi. Mais le plus drôle c’est que j’ai fini le morceau en étant clean alors qu’au début de l’écriture je consommais encore.

Est-ce que quand vous jouiez en tournée pour le groupe tu ressentais un manque si tu n’avais pas consommé avant de monter sur scène ? Ou est-ce que la scène te procurait cette sensation que tu essayait de retrouver avec la drogue ?

En quelques sortes ça me manquait, mais je pense que la scène fait partie d’une autre de mes dépendances, ça c’est sur ! *rires* C’est des sensations qui sont beaucoup plus seines mais qui restent tout aussi extrêmes.

Ta chanson « Rêve » semble être écrite pour être à mi-chemin entre l’arrêt de deux choses, de ta consommation et de ta rupture. Tu nous a dit que c’était pas spécialement voulu, mais toi tu l’a écrit en pensant à quoi ?

Pendant l’écriture, j’étais plus dans une thématique de dépendance affective. Comme je l’ai dit tout à l’heure, dans toute dépendance, il y a des schémas qui se répètent. Que ce soit avec la consommation, avec quelqu’un, avec le sport ou encore avec les écrans, il y a toujours des schémas psychologiques qui se répètent. Dans ce cas-là, je parle d’une rupture et du point auquel une relation peut devenir toxique et t’empoisonner. Enfin surtout le stade où tu te retrouves à vouloir le mal de quelqu’un mais à quand même apprécier être avec cette personne, c’est ce que j’entends par dépendance affective.

On va finir en parlant du concert de ce soir, ça fait quoi de revenir en concert chez toi, à Nantes ?

C’est trop cool, je suis super contente. En plus là on est au ferrailleur, c’est chouette et c’est chaleureux. J’ai très hâte !

Maintenant que l’album est sorti, qu’est-ce qu’on peut attendre pour la suite ?

Oh et bien on va bientôt annoncer la tournée et reprendre les concerts comme avant. Ça va être trop bien vraiment j’ai hâte !