Arkange fait partie des 5 artistes que nous avions repérés pour interviewer au Crossroads Festival. Voici son interview en 10 questions !
Après Nord/noir et Anaysa, place à notre troisième coup de coeur, et pas des moindres, Arkange. Elle est une artiste émergente fascinante de la scène lyonnaise, dont l’univers mêle avec audace électro, chanson française et épopée poétique. Entre envolées lyriques, synthés envoûtants et moments techno, elle s’impose comme une voix à la fois fragile et puissante.
Son premier EP In Somnis vient tout juste de sortir, et elle affole les scènes — comme au Crossroads Festival — grâce à une énergie scénique à la fois intime et épique. Déjà sélectionnée par le passé pour les Inouïs du Printemps de Bourges, accompagnée par son producteur Tommy et son batteur Victor, Arkange incarne une nouvelle génération d’artistes hybrides, sensibles et audacieuses, qui explorent leurs états d’âme avec force et sincérité. Nous lui avons posé 10 questions. C’est notre format Dix-moi.
Arkange en interview :
1- D’où vient ton nom d’artiste ?
C’est le prénom de mon arrière-grand-père. Il s’appelait Archange — avec un H — mais il n’a jamais assumé ce prénom. Moi, je l’ai toujours trouvé incroyable. J’y ai mis un K, ça sonnait plus fort, plus stylé, et ça résonnait avec mon prénom d’origine. Rien de fou dans l’histoire, mais c’est la vérité !
2-Tu proposes un univers hybride entre chanson, poésie, électro, techno… C’est facile à manier ?
Ça dépend vraiment des morceaux. Certains titres viennent très vite, d’autres sont beaucoup plus compliqués à lier artistiquement. Il y a deux ans, lors d’un gros tremplin, on m’avait reproché que mon univers “ne tenait pas ensemble”, alors que d’autres y voyaient au contraire quelque chose d’hyper original. Avec le temps, je pense que ça a gagné en cohérence — mais oui, c’est difficile.
Quand je compose, il y a des chansons qui naissent en une journée, en résidence, en pleine campagne, avec une phrase ou une top-line que j’aime bien. Par exemple Ego, qui mélange chanson française, voix saturée, gros mots et un orgue monumental : ça, c’était ultra simple à faire.
En revanche, sur un titre comme “Bouton d’or”, j’ai mis beaucoup de temps à savoir comment la finir car je voulais un truc un peu horrifique, style film d’horreur etc. On a vraiment mis du temps !
3- Qu’est-ce qui t’a poussée vers la musique ?
La musique a été mon moyen d’expression. Je viens d’une histoire familiale compliquée, et chanter, jouer du piano, c’était mon refuge. J’apprenais seule, sans cours. J’ai ensuite fait des études de musicologie, un diplôme au PES de Lyon… un peu pour rassurer ma mère, un peu pour éviter le saut dans le vide. Jusqu’au jour où j’ai décidé de me lancer pour de vrai.
4- Quelle est ta vision de l’industrie musicale aujourd’hui ?
Franchement… par où commencer ? C’est très compliqué. Je risque d’être un peu longue, faut vraiment me couper (rires). Aujourd’hui, c’est difficile de trouver sa place dans la musique. En même temps, c’est pas compliqué… et en même temps, ça l’est vraiment. On peut faire de la musique avec un bout de stylo, on peut tous être sur Ableton, il suffit d’être déterminé et travailleur. Les réseaux sociaux permettent aussi de se montrer, d’exister.
Mais c’est compliqué parce qu’il y a tellement de concurrence.
Et puis, quand tu me parles de confiance… moi, je n’ai pas du tout confiance en moi. C’est hyper dur de trouver ma place sainement dans l’industrie musicale. La musique, j’en fais une obsession. Si je ne fais pas ça de ma vie, honnêtement, je ne sais pas ce que je fais. Je suis très extrême : si je n’arrive pas à gagner ma croûte avec la musique — même juste obtenir l’intermittence — je me dis que je partirai vivre à la campagne, dans une ferme, et que j’ouvrirai plus jamais Instagram.
Parce que j’y suis uniquement pour ma musique. Le reste, j’en ai rien à foutre.
Donc oui, c’est compliqué. Voilà, c’est ça que je veux dire.
5- Tes influences principales ?
Immanquablement Zaho de Sagazan — impossible de ne pas la citer. Ensuite Muddy Monk, et en ce moment je suis obsédée par Potochkine, un duo de techno berlinoise. Je les ai découverts en faisant leur première partie en avril : ça m’a retournée. Une meuf qui hurle dans un micro, des grosses réverbes… un choc. Juste en écoutant leurs balances, c’était incroyable ! Et qu’est-ce que ça chante ! Ils tournent partout dans le monde mais ils ne sont pas très connus !

6- Comment gères-tu la comparaison fréquente avec Zaho de Sagazan ?
Elle a tellement influencé la scène que c’est normal qu’on pense à elle. C’est comme Théodore actuellement, ça va faire l’exact sur la même chose. Comme pour Billie Eilish : quand on la cite, personne ne tombe des nues. Ce serait vraiment mentir de dire que Zaho ne m’inspire pas. Je l’adore, mais je veux aussi m’en détacher. J’ai trouvé d’autres influences, d’autres obsessions comme Muddy Monk qui est incroyable. Le mieux, c’est de continuer ma “tambouille” sans me bloquer là-dessus.
7- Comment s’est structurée ton équipe au fil du projet ?
Quand je suis arrivée à Lyon il y a 4 ans, j’avais juste mon sac à dos et des prods catastrophiques. J’ai été accompagnée par une structure d’accompagnement. Je n’avais pas de parents dans la musique. J’arrivais de nulle part, vraiment. Puis j’ai vu Tommy en concert, énorme coup de cœur. On a bossé ensemble un soir autour d’une bouteille de blanc… et ça ne s’est jamais arrêté. Victor nous a rejoints sur scène (à la batterie), alors qu’on faisait nos premiers tremplins. Puis Anatol, un ami de la fac de musicologie, m’a proposé un coup de main en management. Je n’y croyais pas au début, mais aujourd’hui il est mon manager. Et Estelle est arrivée après les Inouïs du Printemps de Bourges (en 2023). On est devenues de meilleures amies, et de très bonnes associées au sein d’Insolent, notre label.
8- Quelle est ta relation avec la scène aujourd’hui, et qu’est-ce que ça donne en live ?
C’est très stressant, mais tellement excitant. Le projet tourne bien, les dates se multiplient, ça se professionnalise. On espère que ça va continuer comme ça pour avoir l’intermittence. Ce ne sont pas des tremplins, ce sont vraiment de vraies dates. J’ai tout le temps de perdre ma voix. Mais à part ça, ça va !
Sur scène, c’est épique, cinématique, intense : je crie, on danse, on pleure parfois. Une énergie très “too much” dans la prod, mais hyper intime dans l’interprétation. Dans ma bio Instagram, je parle de “poème lyrique sur arpégiateur frédérique” (Rires). Mon plus grand défi est de lâcher prise. Monter sur scène sans peur de chanter faux, de dérailler, de décevoir. Ne plus avoir peur qu’il y ait 10 ou 200 personnes à mes concerts. Juste profiter car la vie passe extrêmement vite.
9- Un mot sur ton EP In Somnis, qui est disponible depuis le 14 novembre ?
In Somnis, c’est l’histoire d’une adulte blessée par son enfance. Un disque viscéral, épique, onirique. Ça parle d’anxiété, d’hypersensibilité, de traumatismes, d’inconscient. C’est un EP écrit avec beaucoup de passion, d’où le côté too much. C’est un cri, un exutoire. La cover l’exprime très bien : une esthétique enfantine, mais tordue, sombre, hyper émotionnelle.
10- Pour terminer, qu’est-ce qu’un festival comme le Crossroads Festival représente pour toi ? Qu’est-ce que tu viens y chercher ?
Déjà, jouer dans le Nord, c’est trop cool. Vraiment. Je peux cocher ça sur ma liste ! Et puis j’ai envie de voir comment est le public du Nord, comment il réagit, comment il vit la musique. J’attends aussi de faire de jolies rencontres, et ça a déjà commencé : les artistes ici sont super sympas. Après, si ça peut amener quelques dates dans la région pour la suite… avec plaisir. Moi je suis là !
Découvrez le premier EP d’ Arkange :

